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Direction de la séance

Projet de loi

de finances rectificative pour 2021

(1ère lecture)

(n° 682 , 705 )

N° 175

27 juin 2021


 

AMENDEMENT

présenté par

C Défavorable
G Défavorable
Rejeté

Mme TAILLÉ-POLIAN, M. PARIGI

et les membres du groupe Écologiste - Solidarité et Territoires


ARTICLE ADDITIONNEL APRÈS ARTICLE 1ER


Après l’article 1er

Insérer un article additionnel ainsi rédigé :

L’article 209 du code général des impôts est complété par un paragraphe ainsi rédigé :

« …. – 1° Toute personne morale ayant une activité en France est imposable à hauteur du ratio de son chiffre d’affaires réalisé sur le territoire national ramené à son chiffre d’affaires mondial, le calcul de ces chiffres d’affaires national et mondial incluant également le chiffre d’affaires des entités juridiques dont elle détient plus de 50 % des actions, parts, droits financiers ou droits de vote.

« L’administration en charge de la procédure de recouvrement de l’impôt sur les sociétés doit utiliser les éléments suivants pour calculer le montant de l’impôt sur les sociétés redevables au titre des articles 206 et suivants du présent code :

« a) Le ratio du chiffre d’affaires réalisé en France par rapport au chiffre d’affaires mondial, le calcul de ces chiffres d’affaires national et mondial incluant également le chiffre d’affaires des entités juridiques dont elle détient plus de 50 % des actions, parts, droits financiers ou droits de vote ;

« b) Le ratio du bénéfice réalisé en France par rapport au bénéfice mondial, le calcul de ces bénéfices national et mondial incluant également le bénéfice des entités juridiques dont elle détient plus de 50 % des actions, parts, droits financiers ou droits de vote.

« Si le ratio calculé en a du présent 1° s’avère inférieur, avec un écart d’au moins 0,05, au ratio calculé en b, l’administration fiscale corrige le montant des bénéfices déclarés par la personne morale en France, de façon à ce que le ratio calculé en b devienne égal au ratio calculé en a.

« 2° Les dispositions du 1° ne sont pas applicables si la différence entre les ratios mentionnés aux a et b du 1° résulte de transactions qui ne peuvent être regardées comme constitutives d’un montage artificiel dont le but serait de contourner la législation fiscale française. »

Objet

Cet amendement vise à taxer les multinationales à hauteur de leur bénéfice réellement réalisé en France, comme le propose l'association Attac.

On estime que le détournement des recettes publiques se situe entre 80 et 118 milliards d’euros par an, et ce rien que pour la France. La lutte contre cette évasion fiscale est une nécessité, non seulement parce qu’elle représente une manne de financement immense mais aussi parce qu’elle est une injustice profonde, décuplée au regard des conséquences économiques et sociales de la crise sanitaire. 

L’inefficacité de l’Etat à appliquer l’égalité et la cohésion sociale résulte de nombreux facteurs mais on peut déplorer une certaine complaisance vis-à-vis des plus grands responsables de l’évasion fiscale. L’injustice est criante entre d’une part, cette complaisance et la multiplication de cadeaux fiscaux et autres mesures d’accompagnement et d’aides, et à la stricte sévérité, voire à la culpabilisation pour les plus précaires d’autre part.  

Il est urgent de mettre en place des solutions à ces enjeux, afin de rétablir la légitimité de l’impôt. Cet amendement permettrait ainsi de prendre pour cible les transferts artificiels de bénéfices dans les paradis fiscaux, en recalculant les bénéfices réels des entreprises en France lorsque le ratio bénéfice français/bénéfice mondial est décorrélé du ratio chiffre d’affaires français/chiffre d’affaires mondial.

Cet amendement est d’autant plus d’actualité que la communauté internationale vient de s’accorder, sur l’initiative des Etats-Unis et malgré la timidité de la France, sur un taux d’imposition sur les sociétés minimum. Il s’agit d’une importante avancée, même si le taux de 15% est bien trop faible, qu’il faudrait accompagner par le vote de cet amendement.