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Projet de loi de finances pour 2009 : Articles de la première partie

 



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VI. DÉBATS SÉNAT PREMIÈRE LECTURE DU 26 NOVEMBRE 2008

Article 28

I. - Les droits et obligations afférents aux contrats d'emprunts figurant au passif du bilan de l'établissement public dénommé « ERAP » sont transférés à l'État en contrepartie d'une livraison à ce dernier de titres de participations détenus par cet établissement, pour une valeur identique à ces droits et obligations. Les intérêts afférents à cette dette ou au refinancement de celle-ci seront retracés au sein du compte de commerce « Gestion de la dette et de la trésorerie de l'État », en qualité d'intérêts de la dette négociable.

II. - Ce transfert n'ouvre droit ni à remboursement anticipé ni à la modification des conditions auxquelles les contrats d'emprunts ont été conclus.

III. - Ce transfert ne donne lieu à la perception d'aucun droit, taxe ou versement.

IV. - Les modalités d'application du présent article sont, en tant que de besoin, fixées par voie réglementaire.

M. le président. L'amendement n° I-21, présenté par M. Marini, au nom de la commission des finances, est ainsi libellé :

Supprimer cet article.

La parole est à M. le rapporteur général.

M. Philippe Marini, rapporteur général. Cet amendement vise à supprimer un article qui, lui-même, autorise l'État à procéder à la reprise de la dette de l'établissement public dénommé ERAP.

Nous souhaitons faire quelques remarques et interroger le Gouvernement.

L'inscription directe de la dette de l'ERAP au sein de la dette de l'État conduit à l'inscription du service d'intérêts sur le budget général à hauteur de 90 millions d'euros en 2009. Le motif que vous avancez, madame le ministre, pour cette opération est le risque que le compte d'affection spéciale « Participations financières de l'État » ne dispose pas de ressources suffisantes pour recapitaliser l'ERAP en 2010 et lui permettre d'amortir cette dette à la date d'échéance.

Nous ne comprenons pas bien pourquoi vous nous présentez cette disposition dans le cadre de la loi de finances pour 2009, sans attendre 2010. Si tel est l'argument, il y a assez d'argent pour financer les intérêts de 2009 sans avoir besoin de procéder à ce changement de portage.

Il me semble donc que la raison donnée n'est pas la bonne et nous aimerions bien connaître la bonne raison. Nous sommes d'ailleurs assez désireux de recueillir un certain nombre d'informations et d'explications sur la manière dont le Gouvernement compte s'y prendre pour créer le fonds stratégique, car nous tournons un peu autour du même sujet.

Il faudrait donc nous dire, madame la ministre, si l'ERAP, en tant que structure intermédiaire destinée à prendre, à la demande de l'État, des participations, est utile ou inutile.

Dites-nous quelles sont votre vision et votre stratégie pour cet établissement public.

Au passage, dites-nous également ce qui demeurerait éventuellement de la responsabilité de l'ERAP, en particulier au regard des activités minières et des enjeux en Nouvelle-Calédonie. Le sujet est tout de même substantiel, et l'on ne saurait aborder, au détour d'un article de loi de finances, une conséquence technique comptable sans être, au minimum, informé sur le fond des choses, d'où cette interrogation supplémentaire de ma part.

Enfin, l'ERAP porte une fraction du capital de France Télécom, puisqu'il avait été choisi d'y faire appel lors de la restructuration financière de cette société - il a d'ailleurs, à cette occasion, joué un rôle utile -, et il serait peut-être bon que nous sachions quel est le devenir de cette participation.

Au total, madame la ministre, la commission des finances n'a évidemment aucune amitié particulière pour l'ERAP, non plus d'ailleurs qu'un sentiment négatif à son encontre, car ce n'est qu'un outil, un instrument n'ayant aucune valeur en soi, mais elle aimerait connaître votre volonté, votre stratégie, la place de cet outil dans votre panoplie.

C'est bien parce que nous avons eu le sentiment de n'être informés que sur les détails et de ne pas l'être sur l'essentiel que la commission m'a prié de présenter cet amendement de suppression.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

Mme Christine Lagarde, ministre. Monsieur le rapporteur général, si cet amendement a essentiellement pour objet l'obtention de plus d'informations, je vais tenter de répondre à votre appel et de vous convaincre que, tel qu'il est libellé, l'article 28 ne présente en définitive que des avantages pour les finances publiques.

D'abord, cet article permet d'éviter d'avoir à consacrer 2,4 milliards d'euros de recettes de privatisation, que la conjoncture financière actuelle rend moins facilement prévisibles, au remboursement de la dette de l'ERAP.

Ensuite, s'il n'était pas forcément nécessaire, je vous le concède, d'inscrire le transfert prévu à cet article dans le projet de loi de finances pour 2009 puisque, en effet, nous pouvions attendre un peu, rien ne s'oppose à ce que nous le fassions dès maintenant.

En effet, même si le Gouvernement n'a pas l'intention de supprimer l'ERAP, ce type de société « coquille » étant souvent utile, la remontée des titres que prévoit l'article 28 permettra d'éviter un certain nombre de dépenses de fonctionnement qui, certes, correspondent aujourd'hui à l'emploi de cinq personnes, mais pour un coût annuel de 2,5 millions d'euros...

M. Jean Arthuis, président de la commission des finances. Pour cinq personnes ?

Mme Christine Lagarde, ministre. Absolument !

L'opération a donc au moins l'avantage de rationaliser les coûts. La somme concernée paraît peut-être peu de chose comparée au budget de l'État, mais il n'y a pas de petites économies !

L'ERAP appartient à la sphère des administrations publiques. La reprise de dette est donc neutre au regard du solde maastrichtien et de la norme de dépenses, ce qui me permet de dire qu'il n'y a que des avantages sur le plan des dépenses publiques.

Vous m'interrogez par ailleurs, monsieur le rapporteur général, quant à l'existence d'autres propositions ou décisions de nature stratégique que cacherait cette remontée de dette accompagnée d'une remontée de titres.

Bien entendu, dans le cadre de la constitution du fonds stratégique d'investissement et des apports qui seront consentis, d'une part, par la Caisse des dépôts et consignations, de participations qu'elle détient, d'autre part, par l'État, et à concurrence de sommes équivalentes, de participations qu'il détient, la possibilité d'apporter tout ou partie de titres détenus par l'État dans une société dont les titres sont actuellement détenus par l'ERAP ne serait envisagée qu'à titre d'alternative : c'est l'une des options, mais elle n'est pas nécessairement retenue en l'état.

Le Président de la République a fait référence à deux autres entreprises, en l'espèce Renault SA et Air France.

Rien n'est exclu, et il est évident qu'il faudra arriver à des parités : parité moins une pour l'État, plus une pour la Caisse des dépôts et consignations.

Très clairement, cela aurait pour effet de faciliter toute opération de ce type si elle devait être décidée et non plus seulement envisagée comme l'une des multiples options.

J'espère, monsieur le rapporteur général, avoir répondu à votre demande.

M. le président. La parole est à M. le président de la commission des finances.

M. Jean Arthuis, président de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la nation. Madame la ministre, cet amendement vous invitait à nous préciser votre vision du sort qui attend cette institution que vous allez vider de son contenu et conserver comme réceptacle potentiel pour des opérations plus stratégiques.

Il me semble que votre explication est tout à fait recevable et que, dans ces conditions, la commission des finances peut renoncer à son amendement.

M. Philippe Marini, rapporteur général. Je le retire !

M. le président. L'amendement n° I-21 est retiré.

Je mets aux voix l'article 28.

(L'article 28 est adopté.)

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