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Forum de réflexion sur l'avenir de la recherche

Photo : recherche

Synthèse des interventions


Le malaise des chercheurs   Les attitudes face au changement   Constats   Critiques   Souhaits et propositions   Conclusions


Nous avons reçu plus de 400 messages à ce jour, émanant, dans une très large proportion, de jeunes chercheurs, souvent universitaires, parfois expatriés, préférant très fréquemment garder l'anonymat.

Peu nombreux sont les responsables d'unités de recherche ou chargés d'enseignement (que d'aucuns qualifient de « mandarins ») à avoir participé à notre forum, certains lui reprochant de faire concurrence à d'autres sites, notamment celui du collectif « Sauvons La Recherche » (SLR).

Le problème de la légitimité et de la représentativité des différentes composantes du « mouvement des chercheurs » a été abordé à l'occasion, la question étant également posée à propos des syndicats et des élus du comité national de la recherche scientifique, voire de l'Académie des sciences.

Mais est-il possible, comme l'a proposé un intervenant, de constituer un échantillon représentatif de la population des chercheurs dans sa diversité qui permette de sonder les intéressés au sujet des réformes envisagées ?

Merci à tous ceux qui se sont exprimés et nous ont permis de mieux connaître les sentiments de la base.

 

Le malaise des chercheurs

Il nous est apparu, tout d'abord, qu'il existe chez les chercheurs un profond malaise qui concerne non seulement le manque de moyens et l'insuffisance des rémunérations, mais aussi, et peut-être surtout, l'absence des débouchés et le déroulement des carrières.

Nous avons reçu beaucoup de témoignages pathétiques de la part de post-docs, à bac plus dix, réduits au chômage ou contraints de prolonger leur expatriation ou de vivre de « petits boulots » variés (attachés temporaires de recherche, etc…). Toute aussi digne de compassion apparaît la situation des chargés de recherche du CNRS, ayant dépassé la cinquantaine, qui n'ont pas bénéficié, au long de leur carrière, des promotions qu'ils estimaient avoir méritées. Beaucoup des internautes qui se sont adressés à nous dénoncent ainsi tout à la fois la précarité de la situation des jeunes chercheurs que le manque d'équité, aussi bien des recrutements (surtout à l'université dont le « localisme » est dénoncé), que des évaluations (insuffisamment objectives) ou des avancements dans les organismes de recherche. Les capacités de gestion, les relations et l'aptitude à diriger des équipes seraient, notamment, privilégiées par rapport à la créativité et à la compétence. Beaucoup utilisent le terme de « mandarinat » pour caractériser la façon (mal vécue) dont ils pensent que la recherche est dirigée.

Les conséquences dramatiques en terme de carrière de la dépréciation du travail des ITA (ingénieurs, techniciens, administratifs, c'est-à-dire les métiers d'accompagnement de la recherche) ont été, enfin, évoquées. Ces derniers voient peu à peu –est-il souligné‑ leur métier se dissoudre dans un ensemble de tâches annexes, les plus nobles étant récupérées par les chercheurs eux-mêmes, faute d'effectifs suffisants.

 

Les attitudes face au changement

Qu'on le veuille ou non, la recherche française évolue, sinon dans ses structures, du moins en ce qui concerne le contexte dans lequel elle exerce ses activités, les disciplines qu'elle étudie et les équipements qu'elle utilise.

Les participations à notre forum témoignent de deux types de réactions face à ce changement : la crainte ou la volonté de réforme.

1) Crainte de certains, tout d'abord, vis-à-vis de la mondialisation de la recherche, d'un rapprochement entre les méthodes des secteurs publics et privés ou d'une remise en cause du statut de chercheur fonctionnaire.

Ainsi, selon le collectif indépendance de la recherche, l'asservissement du travail intellectuel à l'échelle mondiale serait un objectif stratégique des milieux financiers.

La remise à plat de « l'excellent statut dont bénéficient actuellement les personnes de la recherche » serait, en effet, imposée par l'Accord général sur le commerce des services (AGCS) conclu dans le cadre de l'OMC et souhaitée tant par SLR (Sauvons La Recherche) que par les participants aux « états généraux » en cours.

Ces inquiétudes sont partagées par d'autres intervenants qui redoutent une « bananisation » de la recherche française par les multinationales qui décideraient de ses orientations ainsi que de l'évaluation de ses personnels, au profit des plus médiocres. Les délocalisations tendraient à rendre plus précaire la condition de chercheur.

« Privatiser » la recherche (au niveau tant des financements que des méthodes) risque, tout à la fois, de bâillonner les chercheurs en étouffant leur créativité et de faire prévaloir les préoccupations de profit à court terme sur l'avancée des connaissances fondamentales (les résultats n'étant pas publiés) ou la sécurité des innovations (OGM…). D'aucuns affirment que « la notion de ressources humaines (inspirée du privé) est dégradante pour les travailleurs ».

Des personnels, dont l'autonomie scientifique est reconnue par une loi d'orientation (la loi Chevènement du 15 juillet 1982) « ne sont pas –est-il affirmé‑ des qu'on  ».

Concentrer (les moyens des laboratoires) –est-il répondu à la suggestion d'un internaute‑ c'est du libéralisme, mon cher Monsieur ! »

Quand aux « managers » que certains souhaiteraient voir diriger les unités de recherche « on appelle cela des mandarins chez nous », rappelle une universitaire qui ironise sur l'absence supposée de scrupules d'« hommes forts » à la « stature de chef d'entreprise », s'agissant d'exploiter des thésards privés de débouchés.

D'autres, par ailleurs, craignent que de futures réformes pénalisent des secteurs qui fonctionnent bien (par exemple les mathématiques) ou qu'un certain élitisme ne favorise le recrutement des candidats les plus conformistes. Certains, enfin, ne semblent pas attendre grand chose des programmes européens qui se développement –estiment-ils‑ aux dépens de ceux des pays membres, avec des coûts de gestion plus élevés (lobbying, bureaucratie…).

En bref, la recherche publique française, dont l'excellence, qui résulte de son indépendance, ne saurait être mise en doute, se suffit à elle-même. Ses règles de fonctionnement n'ont pas besoin d'être modifiées.

2) Ces craintes du changement (sur lesquelles nous n'émettons pas de jugement de valeur) contrastent avec le souhait de réformes ambitieuses exprimé par des intervenants plus nombreux.

« Participer activement à une remise à plat du système de recherche » semble « hautement souhaitable » à un des rares directeurs de recherche à avoir donné publiquement son point de vue sur notre forum.

Les citations suivantes traduisent cet état d'esprit :

« Avant tout –nous écrit une internaute expatriée à Tokyo‑ il faut que la France fasse une véritable réforme de société en profondeur (vaste programme !), et pas seulement une réforme de la recherche et de l'enseignement supérieur. Sans cela, la fuite des cerveaux continuera… ».

« Je crois en une réforme du secteur de la recherche –convient, par ailleurs, un jeune étudiant‑ mais nous n'avons pas le droit de défendre une recherche au rabais. »

Cette exigence rejoint d'autres points de vue selon lesquels « la recherche se doit d'être élitiste » ou « il serait temps de réformer en profondeur la structure même de la recherche française en créant des pôles de compétence forts et non redondants… ».

« Partout ailleurs dans le monde –est-il observé‑ la recherche scientifique est d'abord l'affaire des universités… la structure du système français est tout à fait singulière… nous pensons que dans ce domaine une réforme est indispensable ».

« Il reste à construire en France de grandes universités modernes –conclut un autre participant‑ selon le standard internationalement reconnu ! »

« Mais –ironise un internaute sous le pseudonyme d'Einstein‑ comme il serait affreux de se retrouver avec une université privée et concurrentielle »… à laquelle on oppose « les valeurs républicaines d'égalité pour tous qui nivellent par le bas et entretiennent la médiocrité… ».

D'autres, enfin, dénoncent « une conception (française) féodale de la recherche » ou l'organisation actuelle « bancale et complexe » de la recherche en France qui « a besoin d'être simplifiée » (pourquoi une telle multiplicité d'organismes et d'instituts dans notre pays ?).

Concernant le statut de fonctionnaires des chercheurs, il fait d'eux –selon un internaute‑ de « véritables aristos qui, même lorsqu'ils sont incompétents, ne peuvent être mis en accusation ni en doute » (d'autres souhaiteraient une évaluation plus rigoureuse et des sanctions en cas d'insuffisance de travail et de résultats).

Plus sobrement, un internaute rappelle les propos des prix Nobel français selon lesquels « des contrats à durée déterminée de 5 ans sont le préalable habituel à l'accession à un poste stable », lequel « doit être normalement attribué lorsqu'un individu a fait ses preuves d'une façon quasi irréfutable qui rende sa probabilité de succès dans un système compétitif visant à l'excellence suffisamment élevée ».

« Personnellement –nous a écrit à ce sujet un jeune chercheur‑ je prends sans problème un CDD de 5 ans si j'ai l'assurance que celui-ci sera reconduit à son terme avec un salaire conséquent » (comme aux Etats-Unis).

Ce désir de réformes a débouché sur la formulation par les participants à notre forum d'analyses (notamment d'exemples étrangers), de critiques et de propositions.

 

Constats

Certaines interventions se limitent à, ou s'appuient au départ, sur des constats (qui justifient ensuite, par ailleurs, des critiques et des propositions…).

Des singularités du système français de recherche sont ainsi, tout d'abord, soulignées : morcellement des structures et faiblesses des universités, déjà mentionnés, mais aussi indigence, par rapport à d'autres pays, des relations entre secteur public et industrie, ce phénomène étant lié à l'importance, en France, des grandes écoles dont les diplômes sont plus prisés par les entreprises que les doctorats.

Pourtant, l'excellence de notre système éducatif constitue, selon de nombreux messages, un atout majeur pour la recherche française.

Cet avantage n'est pas exploité par la France comme il conviendrait. Bien souvent, il profite, en fait, à nos concurrents qui bénéficient de l'expatriation de nos étudiants et de nos docteurs auxquels nous n'offrons pas suffisamment de débouchés (voir plus loin).

 » nous fait observer un chercheur de l'INRA qui note que le nombre de thésards employés dans les labos est supérieur à celui de chercheurs des EPST.

– s'exclame un internaute anonyme –

Beaucoup d'interventions dénoncent la faiblesse des rémunérations des contractuels de la recherche. Un chercheur expatrié en Suisse, estime pourtant que .

L'insuffisance des débouchés fait en revanche l'unanimité contre elle.

Les diplômes de l'enseignement supérieur universitaire sont peu reconnus dans le privé (aux Etats-Unis ils sont respectés et permettent d'accéder, dans les entreprises, à des postes d'experts, de conseillers, etc…).

Dans les pays anglo-saxons, un CDD a de fortes chances d'être renouvelé ou de permettre de trouver un emploi.

Or, nombreux sont les témoignages, reçus sur notre forum, de diplômés, très brillants, de notre enseignement supérieur se retrouvant, à trente ans, douze ans après le baccalauréat, attachés temporaires d'enseignement et recherche (ATER) avec une rémunération nette inférieure à 1.500 euros par mois, parfois même chômeur !

Certains soulignent cependant que le système américain, souvent cité en exemple, n'est pas aussi idyllique qu'on pourrait le croire : l'immigration massive de main d'œuvre intellectuelle étrangère dissimule les carences du système éducatif des Etats-Unis et permet d'infliger aux chercheurs des conditions de travail très dures. Les meilleurs étudiants, de souche américaine, préfèrent étudier le droit ou le commerce.

 

Critiques

Les critiques exprimées sur notre forum ne sont, pour la plupart, pas dirigées contre le gouvernement. Elles concernent le système lui-même de recherche française, ses structures, son fonctionnement et ses ressources humaines.

1) Le morcellement des structures de la recherche française est –on l'a vu– bien souvent déploré. Il s'accompagne de rigidités et de cloisonnements. « Il y a beaucoup trop d'institutions ! » s'exclame un internaute. « Pourquoi compliquer ce qui devrait être simple ? » s'interroge un autre intervenant qui travaille au CNRS ; aujourd'hui –regrette-t-il– il existe des unités mixtes dont les personnels ont des statuts et des salaires divers et qui doivent gérer de façon différente, selon leurs multiples origines, les crédits qui leur sont attribués.

D'autres dénoncent différents cloisonnements entre :

- chercheurs de différentes spécialités (la recherche pluridisciplinaire est négligée)

- recherche fondamentale et appliquée (qui témoigne d'une vision qualifiée de « dichotomique et idiote » du monde de la recherche)

- grandes écoles et universités (un mal bien français !)

- ou, plus généralement, les mondes professionnels et de la recherche.

« Chaque fois qu'un gouvernement a souhaité obtenir des résultats en recherche –ironise un participant à notre forum– il a créé des organismes concurrents du CNRS » (comparé par l'auteur du même message à l'académie des sciences soviétique).

Beaucoup d'internautes souhaiteraient que la recherche française soit plus flexible. Un jeune chercheur fait figurer parmi les principaux maux dont souffre la recherche française « la quasi impossibilité de changer ou de moduler les fonctions exercées (enseignement, recherche, administration, communication scientifique…) en cours de carrière selon les opportunités ou les souhaits individuels. »

Pour certains, « small is beautiful » : « On tue à petit feu la recherche en essayant de grouper les labos en grosses structures à thème unique », constate l'un d'eux. « Des équipes pas très grandes dans des universités de taille moyenne participent avec succès (aux Etats-Unis) à de très grands projets », témoigne un second.

Mais d'autres réclament, on l'a vu, la création de « pôles de compétences forts » et d'universités de pointe « qui auraient tous les moyens de faire de la recherche ». « Des crédits qui auraient pu servir efficacement à développer un grand projet clair et porteur –déplore une internaute– se retrouvent dispatchés sur une multitude de petits projets » et chaque petite équipe, défendant sa propre thématique, en dépit du bon sens et de l'intérêt général, se plaint ensuite « du peu de moyens dont le gouvernement la gratifie ».

2) Cette complexité des structures explique, pour une part importante, les difficultés de fonctionnement de la recherche française.

« Le poids excessif et grandissant de l'administration » (avec le développement d'une caste de directeurs, coordinateur et autres cadres de la recherche répartie en de multiples strates de responsabilité) est vigoureusement dénoncé.

« La gestion bureaucratique tatillonne ‑s'indigne l'un de nos intervenants– inhibe toute initiative et fait du moindre achat d'équipement et de fonctionnement une épreuve kafkaïenne ».

« C'est vrai –reconnaît un chercheur du CNRS‑. La recherche française croule sous le poids de la paperasserie », alourdi –ajoute un autre intervenant– par la mixité des unités de recherche.

Cette tendance est particulièrement déplorée en ce qui concerne les universités dont « il faut constater l'échec administratif », selon les termes d'une participante assidue à notre forum, de l'université du Maine, qui estime, dans une autre intervention que « les pires lourdeurs administratives découlent de la budgétisation  annuelle, un système totalement inadapté au monde de la recherche ».

Le système comptable des universités et du CNRS lui paraît « la première plaie à soigner ». Chaque année, signale-t-elle, les tarifs d'inscription qu'elle affiche sur internet, pour l'enseignement à distance dont elle est chargée, sont modifiés à son insu puis déclarés non conformes par le chef comptable de l'Université, ce qui conduit à l'annulation des opérations déjà effectuées électroniquement.

« Les maîtres de conférence et chercheurs sont noyés dans la lourdeur de l'administration bureaucratique » constate un autre internaute. « Le budget d'une université est un budget croupion » ‑est-il affirmé par ailleurs– dès lors que ces établissements ne sont pas, comme ils devraient l'être, « au centre du dispositif de recherche », concurrencés par les grandes écoles et les organismes nationaux et que l'accueil des étudiants et la gestion de la masse salariale des personnels et des locaux a été retirée de leurs compétences.

« Il n'y a pas à l'université d'enseignants-chercheurs –proclame un autre intervenant– il s'agit d'administrateurs-enseignants-chercheurs. Tout ce système entraîne le maintien d'une université de la médiocrité ».

Pourtant « un jeune chercheur contractuel (qui cherche et trouve ses propres contrats, comme quoi c'est possible…) » se déclare « fatigué d'entendre ses aînés geindre à tout va au lieu de se prendre en main ».

« Comment se fait-il – s'interroge-t-elle – qu'en Angleterre ou aux USA un chercheur (contractuel dans la très grande majorité des cas) réussisse à enseigner, gérer les questions administratives, chercher des crédits et faire de la recherche de haut niveau ? »

3) La question de l'autonomie des chercheurs se situe aux confins de celles relatives, respectivement au fonctionnement de la recherche et à la politique de l'emploi scientifique (recrutement, évaluation, carrières…).

Les défenseurs du statut français actuel de chercheur-fonctionnaire estime qu'une de ses principales qualités réside dans l'indépendance qu'il assure au personnel scientifique (le collectif « indépendance des chercheurs » soutient même qu'un chercheur est d'autant plus productif qu'il est libre).

Ce point de vue ne fait pas l'unanimité. Une jeune chercheuse nous déclare ainsi que « les thématiques de recherche sont définies plus ou moins arbitrairement et parfois de manière dictatoriale par le directeur du laboratoire fort de sa position, mais dont les capacités de manager laissent parfois à désirer ».

Au départ, note un industriel ex-chercheur, les chercheurs sont recrutés sur des projets ou des sujets qui leur sont plus ou moins imposés.  C'est ensuite qu'ils parviennent éventuellement (le pourcentage des jeunes docteurs titularisés étant très faibles) à gagner la liberté du choix des sujets de recherche, à condition de faire preuve de caractère face à leur hiérarchie.

Mais nombre de post-docs expatriés vantent la liberté qui prévaut à l'étranger.

L'un d'eux constate qu'aux Etats-Unis, les chercheurs encore relativement inconnus et ne travaillant pas dans des centres prestigieux ne sont pas « censurés », même s'il n'apparaît pas certain qu'ils explorent des pistes prometteuses.

L'allégement (par rapport à la France) des contraintes administratives laisse aux unités de recherche nord-américaines beaucoup plus de liberté et de temps à consacrer aux activités scientifiques (avec un budget global accordé pour 5 ans et une évaluation à mi-parcours).

Un jeune docteur explique qu'il a préféré partir à l'étranger plutôt que de conclure en France un contrat d'un an avec une faible rémunération (niveau SMIC) en contrepartie d'une charge d'enseignement sur une thématique imposée.

Il a trouvé au Japon la liberté du choix de son sujet de recherche et un contrat bien mieux rétribué (3.500 euros par mois).

Pour la suite, on lui propose des contrats d'une durée (extensible) d'au moins deux ans, en Allemagne et au Royaume-Uni, sans l'obliger à réorienter ses travaux. Ce ne serait pas le cas s'il revenait en France où une thématique lui serait imposée, soit dans le cadre d'un contrat d'une année seulement, soit en cas (probabilité statistiquement très faible) d'admission au CNRS.

4) - Parmi les principaux problèmes de ressources humaines qui se posent à la recherche française, figure celui, déjà évoqué, de l' offerts à nos jeunes diplômés.

« Le manque catastrophique d'attractivité des carrières de chercheurs ou d'enseignants chercheurs » ‑selon les termes d'un participant à notre forum‑ explique que les filières universitaires scientifiques soient désertées, comme le rappelle un ingénieur au CNRS qui avoue dissuader les jeunes étudiants de faire de la recherche.

Dès le secondaire, peu est fait –estime un autre intervenant‑ pour « l'éveil de la curiosité et de la soif de connaître et d'entreprendre des jeunes esprits ». Les travaux pratiques encadrés (TPE) de terminale, en particulier, « débouchent –poursuit-il‑ sur très peu de visites ou d'interventions des secteurs de recherche ».

Dans le supérieur, beaucoup trop peu d'élèves des grandes écoles –souligne un participant du CNRS‑ choisissent une carrière scientifique.

D'autres dénoncent les « dysfonctionnements » de l'encadrement des thésards qui obéit à « une logique de captation des étudiants ». « Le principal objectif de mes collègues –note une universitaire‑ n'est pas d'avoir les meilleurs étudiants dans leur université mais le plus d'étudiants possible ! Ils veulent du chiffre !... ».

On ne calcule pas le quota d'entrants en thèse en fonction des moyens disponibles. « Le problème –poursuit-elle‑ c'est qu'après, débrouillez-vous ! ».

Comme il a été rappelé, nos correspondants ont souligné dans notre forum que les thésards et les jeunes chercheurs constituent le vivier et le moteur de la recherche et en assurent le renouvellement (ce qui permet –selon certains‑ aux encadrants de se comporter en « manager » ou en commercial, bien que ce ne soit pas leur principale mission, comme les y obligent les contraintes administratives auxquelles ils sont soumis).

Une intervenante dénonce « un système obsolète dirigé par des mandarins » dans lequel, selon elle, « les chercheurs en poste demandent aux jeunes chercheurs ce que certains d'entre eux ne parviennent même pas à exiger d'eux-mêmes ».

Pourtant, beaucoup de personnes rappellent que les chercheurs français sont très appréciés à l'étranger, ce qui semble témoigner de la valeur de la formation qui leur est offerte.

« Le système de formation français forme d'excellents chercheurs –nous dit un normalien expatrié‑, encore faut-il les retenir ».

« La France a un système de formation des élites de très haut niveau –renchérit un jeune chercheur du CNRS‑ mais qui aboutit à un énorme gâchis de compétences ».

« Elle n'utilise pas de manière efficiente les docteurs qu'elle a formés », acquiesce une jeune chercheuse travaillant à Tokyo depuis 8 ans (pour des raisons qu'elle impute, en grande partie, à la dualité universités-grandes écoles).

Outre son statut particulier d'emplois permanentes précoces, qu'il juge avantageux, un autre chercheur expatrié estime lui aussi que « les atouts de la recherche française sont principalement son système éducatif », mais que les inconvénients en sont « le peu de postes offerts par rapport aux postulants dont beaucoup, parmi les meilleurs, ne pourront être recrutés ».

Ce problème d'insuffisance de débouchés est maintes fois évoqué.

« Je pense que le malaise actuel ne provient pas des salaires des titulaires –estime un intervenant‑, c'est plutôt la précarité des contrats à durée déterminée (CDD) qui fait partir les jeunes ». Les CDD font réagir « avec véhémence » les chercheurs car « ils seront comme des emplois jeunes, sans avenir » se désole un autre participant.

« Le problème des CDD dans la recherche, c'est qu'après, il n'y a plus rien pour les jeunes chercheurs… d'où la fuite des cerveaux » ‑analyse un internaute‑ vers des pays où de tels contrats sont mieux rémunérés, plus facilement renouvelés et offrent davantage de débouchés.

« Le statut d'intermittent de la recherche n'est pas satisfaisant », affirme une intervenante qui estime que le statut de fonctionnaire n'en pose, pas moins, par ailleurs, d'autres problèmes. Selon elle, c'est parce que « les rémunérations sont absolument ridicules » (s'agissant des contractuels), alors qu'elles devraient compenser la précarité.

« Le doctorat en tant que diplôme n'est pas valorisé », explique une autre personne. « A quoi sert une thèse en France, à rien ! » s'exclame un docteur travaillant dans une société informatique, après avoir été attaché temporaire de recherche (ATR) et vacataire.

Le PhD, l'équivalent anglo-saxon du doctorat, a une très grande valeur dans les pays concernés, nous fait-on observer, alors qu'on peut sortir d'une grande école française sans avoir jamais fait de recherche.

« Les industriels sont très rares (en France) à valoriser le doctorat », constate un élève de l'INSA de Lyon.

En conséquence, les universités risquent de « fonctionner en cycle fermé –nous fait valoir un intervenant‑ pour produire les futurs enseignants chercheurs ».

De fait, poursuit-il, c'est à juste titre que les employeurs, dans l'industrie, peuvent se plaindre que les étudiants « ne savent rien faire », à cause du caractère inadapté de la formation universitaire qu'ils ont reçue.

Mais le manque de reconnaissance du monde industriel, qu'il soit fondé ou non, est mal vécu par les jeunes docteurs.

« C'est l'industrie qui m'intéresse mais… trop diplômé, trop spécialisé, pas ingénieur, pas d'expérience… je suis depuis 15 mois au chômage », nous dit un jeune diplômé.

« Les responsables de la recherche dénoncent la précarisation des jeunes chercheurs comme si cela était un fait nouveau –remarque une intervenante‑, alors qu'elle existe depuis plusieurs années et qu'ils en sont les premiers responsables, en exigeant des jeunes docteurs une expérience post-doctorale ou en préférant recourir à des postes d'attachés temporaires ou de moniteurs plutôt que de maîtres de conférence ».

« Les stages post-doctoraux à répétition mettent, en outre, à chaque fois, le jeune chercheurs aux ordres d'un nouveau directeur », nous fait observer une universitaire. Celui-ci sauf titularisation, ne pourra acquérir de vraie autonomie –poursuit-elle‑ qu'en cas de recrutement sous contrat à durée indéterminée (CDI).

Beaucoup de jeunes chercheurs exilés souhaiteraient rentrer en France mais craignent, même s'ils trouvent une situation, d'y trouver de moins bonnes conditions de travail qu'à l'étranger.

L'insuffisance des débouchés demeure cependant le principal obstacle au retour.

Le message d'un de nos correspondants s'intitule « cherche retour en France désespérément ». L'auteur, physicien de renom international, âgé de quarante ans, travaille actuellement en Suisse. Il ressent –dit-il‑ de l'abandon et même de la trahison. « Pour certaines instances, on est trop jeunes –nous écrit-il‑, pour d'autres trop vieux ». Il fait partie, dit-il, « des nombreux chercheurs français exilés sans espoir de retour et face à un mur ! ».

« Si une entreprise me permet de faire de la recherche dans mon domaine en France –nous déclare un normalien post-doctorant en informatique à l'étranger‑, j'y cours tout de suite… Mais je cherche toujours ».

- Non seulement les débouchés offerts aux jeunes diplômés ou chercheurs français expatriés sont insuffisants, mais les de ceux qui ont de la chance de trouver un emploi stable paraissent insatisfaisantes à beaucoup.

S'agissant de la titularisation dans les organismes publics, les avis divergent. Certains n'hésitent pas à évoquer une trilogie « corporatisme/copinage/réseaux » qui –selon eux‑ présiderait à la sélection des contractuels aussi bien que des titulaires (contrairement à la concurrence qualitative qui prévaut aux Etats-Unis). Un participant utilise le terme de « consanguinité » à propos tant des recrutements que des mutations, à l'INRA comme dans les universités.

Un autre (universitaire, mais qui semble généraliser ses critiques à l'ensemble de la recherche française) parle de « médiocrité et de clientélisme répugnants » et estime qu'un ou deux syndicats « contrôlent totalement et absolument non seulement l'ensemble des commissions de recrutement dans pratiquement toutes les disciplines, mais également l'essentiel des procédures d'évaluation ».

D'autres, en revanche, rappellent que « la sélection est rude » (parfois plus de 90 candidats, docteurs, ayant effectué des stages à l'étranger pour un seul poste) et que « seuls les meilleurs (ou les moins démotivés) sont retenus ». Le point de vue d'un jeune chercheur est plus nuancé. Se référant au CNRS, il reconnaît que « les candidats pris sont tous excellents » après une sélection impitoyable (essentiellement sur dossier). Mais « le problème –selon lui‑ est que le nombre de candidats brillants est largement supérieur à celui des postes offerts ». Dès lors, « le choix ne peut pas se faire sur les seuls critères d'excellence scientifique ». Mais, au total : « ce n'est pas aussi maffieux qu'on veut bien le présenter ».

« Sélection à quoi ? » -s'interroge un internaute anonyme – « la création ? l'inventivité ? non ! » -estime-t-il – « sélection à rentrer dans un moule. »

Quelqu'un rappelle que les directeurs de recherche, dans la perspective d'embaucher un chercheur statutaire pour 42 ans (tout stagiaire, syndicat oblige, étant titularisé) ne veulent pas « prendre de risque avec un inconnu », même un peu plus brillant que les autres, et privilégient donc les candidats locaux pourvu qu'ils soient « corrects ».

Un autre cite des cas (dont certains ont été sanctionnés par le Conseil d'Etat) où des membres du jury (national) d'admissibilité participent, irrégulièrement, aux décisions relatives à l'admission des chercheurs dans des laboratoires.

En outre, selon un message qui nous a été adressé, des « CNRS  locaux » sont considérés, par un artifice toléré, comme « membres extérieurs » des commissions de spécialistes intervenant dans les décisions de recrutement, ce qui en accroît encore le caractère « consanguin ».

Un internaute anonyme soutient que les jurys d'admissibilité et les sections du comité national de la recherche scientifique, qui participent au recrutement et à l'évaluation des chercheurs du CNRS, sont « contrôlés par les hiérarchies et les notables ».

« Il n'y a pas de réel concours confirme un autre intervenant. Le directeur du laboratoire décide de donner un poste permanent à tel ou tel des doctorants travaillant pour lui ou pour un de ses copains et le jury entérine ».

Lorsqu'il s'agit des seules universités, les critiques sont encore plus virulentes.

Certains intervenants ne mâchent pas leurs mots ! « L'université française (qualifiée d'université des médiocres) est –selon l'un deux- un vaste système de copinage, une sorte de mafia intellectuelle »… cela commence ‑écrit-il- dès le recrutement, avec le favoritisme éhonté dont bénéficie le fameux candidat local, caractérisé par son esprit de soumission à de vieux professeur qui n'ont de chercheurs que le nom, n'ayant rien publié depuis longtemps… et n'ont pour seul objectif que de maintenir leurs privilèges et leurs pouvoirs ».

« Les candidats qui ont une vraie valeur scientifique restent sur la touche », conclut-il.

Plus laconiquement, un internaute anonyme ironise sur les critères de sélection qui prévalent : « untel est le meilleur candidat parce qu'il a fait, depuis le DEUG, toute sa carrière dans l'université » ;

« Voilà déjà deux postes de maître de conférence auxquels je postule, -témoigne un jeune chercheur au palmarès impressionnant (normalien, agrégé, docteur)- les directeurs de laboratoire affichent clairement leur volonté de soutenir un candidat ayant effectué toutes ses études dans la ville et même le laboratoire où sera affecté le poste… je vais partir aux Etats-Unis ! » .

« Dans 95 % des cas -confirme un autre participant, à propos aussi du recrutement des maîtres de conférence – seuls les candidats issus du laboratoire où est créé le poste sont recrutés. De surcroît –ajoute-t-il- les trois quarts d'entre eux sont titularisés sans avoir fait de stage post-doctoral à l'étranger ou dans un autre laboratoire français. »

Quelqu'un qui se qualifie d'ex-futur-chercheur affirme avoir été témoin de « recrutements plus que douteux de maîtres de conférences » (pas de prise en compte des publications, auditions sans classement, etc.).

« Les mutations étant prioritaires – nous fait valoir par ailleurs un internaute – peu de postes ouverts au concours sont réellement disponibles » (5 sur 32 dans sa section, nous précise-t-il). Comparant la situation française à celle des Etats-Unis, un autre intervenant note que le dossier de recherche sur lequel se fonde le recrutement des maîtres de conférence stagiaires n'est pas réévalué par le CNU (Conseil National des Universités) à l'occasion de leur titularisation, quasi automatique à l'issue d'une durée maximum de deux ans. « la carrière pourrait ensuite se dérouler entièrement - souligne-t-il – sans qu'il y ait obligation de produire de nouvelles publications ». Quant à l'agrégation, elle exige certes, au stade initial, une très bonne qualité de recherche mais qui peut être remise en cause ensuite par le caractère aléatoire des sujets de leçon. Par ailleurs, la qualité du niveau d'enseignement requis n'est pas totalement garantie, fait valoir notre correspondant, dès lors qu'« aucune mesure ne sanctionne de mauvaises performances pédagogiques révélées pendant les auditions du concours. »

- Des critiques souvent en partie similaires sont formulées en ce qui concerne l' et le des chercheurs.

Mais, l'une de nos correspondantes va plus loin, puisqu'elle estime que « contrairement à d'autres pays, il n'existe pas en France d'évaluation ni de sanction des chercheurs et certains en profitent donc pour faire de la recherche une activité dilettante… ». « Le CNRS conserve des chercheurs qui ont renoncé à toute recherche » convient un autre participant.

Plus nuancé, un troisième parle de « faiblesse » (et non pas d'inexistence) de l'évaluation des chercheurs et des enseignants- chercheurs et de « quasi-absence de sanctions » pour ceux (peu nombreux heureusement) qui n'effectuent pas un certain minimum de travail. Il note, en même temps, que les plus dévoués ne sont pas récompensés.

Sinon, resurgissent les mêmes récriminations qu'au sujet des recrutements relatives au poids des groupes de pression (lobbies, syndicats) ou des hiérarchies qui entraîne un manque d'indépendance des élus et d'impartialité des instances extérieures.

« Le notable se substitue au chercheur créatif ». Les « personnes influentes » sont préférées à des chercheurs individuels plus talentueux.

Certains candidats brillants et bien cotés au niveau international ne deviendront ainsi jamais directeurs de recherche (il est vrai qu'un bon scientifique ne fait pas toujours, et peut-être même rarement, un bon manager !).

La direction d'équipes n'est plus considérée comme un service rendu à la communauté mais comme un outil de promotion personnelle.

Les jurys d'admissibilité vont au-delà de leurs prérogatives pour s'immiscer dans les nominations de directeurs.

Au CNRS, en particulier, l'évaluation des chercheurs – notent les Prix Nobel Français- dépend du « Comité National » composé en grande partie d'élus sous influence syndicale.

Au total, selon certains, les carrières des concurrents « hors norme » sont brisées. On assiste à « une prise d'assaut des postes de responsabilité par des lobbies qui en font leur domaine réservé ».

La crise de la recherche française serait due ainsi, pour l'essentiel à l'hypertrophie d'une « caste de notables » devenus « intouchables » une fois parvenus au pouvoir.

Par ailleurs, concernant l'HDR (Habilitation à Diriger des Recherches), diplôme universitaire français accessible aux enseignants‑chercheurs et chercheurs titulaires, un internaute estime que la difficulté des épreuves est inégale selon les universités et que des candidatures extérieures brillantes sont refusées par certaines universités pour des motifs du genre « doit faire ses preuves à Rennes… » (encore le localisme !).

D'autres remarques plus ponctuelles nous ont été présentées : « Il ne faudrait pas que l'évaluation ne soit qu'une sanction », « elle valorise trop la recherche fondamentale au détriment de la recherche appliquées ». La qualité et pas seulement le nombre de publications devrait être prise en considération et une formation à l'anglais scientifique dispensée à tous les futurs chercheurs.

Les concours internes réservés aux ITA sont organisés selon des branches d'activités auxquelles ces personnels ne consacrent en fait que le tiers de leur temps. Comment peuvent-ils réussir ces épreuves ?

Enfin, le recul de l'âge de la retraite dans la Fonction publique va réduire encore les débouchés des jeunes chercheurs regrette « un chercheur à blouse et à barbe blanche ».

Les plus âgés, restés simples chargés de recherche, en éprouvent naturellement un certain ressentiment déjà évoqué à propos du « malaise des chercheurs » en première partie de la présente synthèse ;

 

SOUHAITS ET PROPOSITIONS

Des critiques émises, qui viennent d'être résumées, découlent, assez naturellement, diverses propositions, certaines très générales, d'autres beaucoup plus précises.

Les propositions les plus larges témoignent des priorités de leurs auteurs et expriment leurs souhaits de :

- procéder à de profondes réformes de structures (simplifications, regroupements, autonomie de décision mais appréciation plus rigoureuse des résultats…) ;

- placer l'université au centre du dispositif de recherche en mettant en place de grands établissements « modernes », « de haut niveau » ;

- promouvoir l'excellence à tous les échelons (ce qui implique davantage de sélectivité, une concentration de moyens, une évaluation plus indépendante…) : « La recherche se doit d'être élitiste… et de financer convenablement les meilleurs » nous déclare l'un de nos correspondants. « Elle ne tolère pas de parasites… assainissez ses rangs ! » exige un autre intervenant ;

- donner plus de flexibilité à l'ensemble de notre recherche que ce soit dans le déroulement des carrières, avec « la possibilité – selon les termes d'un internaute – de bifurquer vers d'autres métiers d'animation et d'encadrement… », ou en développant les liens entre les secteurs public et privé. « L'argent de l'appliqué peut aider le fondamental » et les partenariats entreprise/laboratoire « être très fructueux », est-il observé dans un message provenant du collège de France. « Si les chercheurs passaient à l'application industrielle de leurs idées – observe un autre intervenant – il y aurait davantage de place pour les jeunes ».

Le même correspondant, revenant sur le thème déjà évoqué du cloisonnement entre les grandes écoles et l'université, estime qu' « il faudrait beaucoup plus insister dans les grandes écoles de commerce, à science po et à l'ENA sur l'impact et l'importance de la recherche… ». Un autre, plus catégorique encore, affirme que « la faible culture scientifique de la société et de ses décideurs… est peut-être le problème le plus grave ».

1) Concernant la question, particulièrement délicate, des réformes de structures souhaitables, peu de propositions réellement concrètes - on peut le comprendre - sont avancées. « Donnons de l'autonomie aux structures (y compris en matière de recrutements), le moyen de fonctionner et jugeons les ensuite » suggère un participant. « Donnons un rôle central à l'université dans ces politiques », conclut-il. Cette préoccupation rejoint celle, déjà évoquée, du professeur Chapuisat, tendant à « mettre l'université au centre du dispositif de recherche », dans la mesure où celle-ci constitue un milieu naturellement favorable à la fois au renouvellement, à la valorisation et au transfert des connaissances. Le professeur souhaite que, par ailleurs, les organismes nationaux de recherche deviennent des agences indépendantes chargées de la stratégie, de la répartition des ressources financières et humaines entre les campus, et de l'évaluation des résultats.  Cette suggestion rejoint une proposition émise par ailleurs par un autre participant tendant à transformer le CNRS en une agence de moyens. L'Etat ne jouerait plus qu'un rôle de régulateur et de tutelle de l'ensemble du dispositif public de recherche (avec l'élimination des actuels doublons en la matière), sans que ses services en soient les opérateurs. Il resterait – reconnaît M. Chapuisat – à reconfigurer les établissements d'enseignement supérieur et de recherche actuels pour faire émerger un nombre plus limité de grandes universités » (ce qui nécessite, à court terme, une loi d'orientation, traitant notamment du problème patrimonial des universités, et une politique de sites).

Ce projet semble impliquer un démantèlement des structures actuelles de la recherche française, observe un intervenant, tandis qu'un autre réagit en estimant « préférable de prendre en considération les mesures capables de fonctionner au sein du système de recherche actuel ». Un troisième fait valoir qu' « une évolution du fonctionnement des universités n'a de sens que si celles-ci sont dotées, au préalable, d'un budget convenable ». Leur « besoin d'autonomie » - fait-il valoir - ne saurait être satisfait « avant une réelle clarification des moyens ».

« Nous sommes bien tous persuadés – avance un chercheur de l'INRA – que l'unité de base du fonctionnement de la recherche est l'équipe de la recherche appuyé sur un dispositif logistique (unité, bâtiment, campus, institut) ».

2) Sont abordées ensuite les questions d'orientation, de financement, de gestion et des conditions de fonctionnement de la recherche.

Quelle importance accorder respectivement, dans l'allocation des moyens globaux disponibles, à la recherche fondamentale et à la recherche appliquée ?

Pour certains, l'une ou l'autre doit être prioritaire, l'une et l'autre méritent d'être distinguées, sinon opposées.

Pour d'autres, on ne doit utiliser que les termes de « recherche », d'un côté, et de « développement » de l'autre.

« Ce sont les seuls mots –selon un intervenant du CNRS – qui conviennent à la description de la démarche scientifique et de l'utilisation des découvertes »… et permettent d'échapper à une « vision dichotomique et idiote du monde de la recherche ».

De son côté, le professeur Chapuisat estime qu'« il n'y a aucune rupture conceptuelle entre recherche fondamentale et recherche appliquée ».

Un participant rend hommage à la Direction des Sciences de la Matière (DSM) du CEA, associée au CNRS et aux universités, dont les champs d'intervention vont de la théorie aux développements technologiques, en passant par l'expérience et la modélisation.

« La DSM est la preuve vivante –selon cet intervenant – qu'une recherche fondamentale de qualité (qui s'intéresse au développement) peut être menée sur le plan européen, voire international, de manière sélective et efficace ». Il ne faudrait pas – s'inquiète notre correspondant – finaliser à l'excès les activités de ce service.

« Des postes et des moyens d'abord ! » réclame un autre participant, mais les points de vue sont, dans l'ensemble, plus nuancés à ce sujet.

« Je sais que la science n'a pas de limite, mais les finances publiques en ont », réplique un internaute.

Il conviendrait – selon un autre intervenant – de « restreindre le champ des domaines de recherche » car « la France ne peut pas prétendre en couvrir autant que les Etats-Unis » (l'Europe peut-être).

« L'implication des pouvoirs publics doit porter sur la surveillance de l'efficacité de l'effort entrepris », déclare un participant. A cette fin, certains réclament une aide à la publication, à la diffusion et à la promotion, à l'étranger, des résultats de la recherche française. D'autres souhaitent le développement d'une veille permettant de s'assurer du caractère réellement novateur de certaines investigations (par le recours à des bases de données spécialisées) ou de laisser mûrir certaines idées en observant ce qui se fait ailleurs. Une autre intervention insiste sur la nécessité de mieux évaluer le coût global de certaines activités de recherche fondamentale.

Un intervenant de l'INRA souhaite l'affectation de 10 % environ des moyens consacrés à la recherche au financement de nouvelles initiatives (compte tenu de la durée de vie, limitée à 12 ans, des équipes, des mobilités et des départs à la retraite).

Il estime qu'un chercheur passe son temps à trouver… les 5 % de ressources qui lui manquent, en moyenne, pour financer de façon satisfaisante ses activités.

L'allègement des contraintes administratives, unanimement souhaité, faciliterait, à l'évidence, le fonctionnement des organismes et des unités de recherche. Cette évolution pourrait résulter d'une simplification non seulement des structures de la recherche française, mais encore des règles relatives aux marchés publics et au recrutement des chercheurs qui lui sont applicables.

En attendant, « il faut une instance nationale chargée de l'évaluation et de la coordination des organismes » estime un participant de l'INRA.

Certains souhaitent plus de professionnalisme dans la gestion de la recherche.

« A chacun son métier – nous déclare un administratif -. Même si les structures de la recherche sont simplifiées, il y aura toujours des ITA, des comptables et des gens pour gérer… qu'il faut rémunérer décemment. »

Un intervenant de l'INRA après avoir déploré les carences administratives qui affectent le fonctionnement des unités « plaide pour que la recherche soit le prototype d'une nouvelle fonction publique qui met le projet et ses porteurs au centre du dispositif ».

Un autre participant suggère d' « obliger les directeurs de labos à suivre des formations en gestion de projet et en management » (et, par ailleurs, de réformer les marchés universitaires et de mettre en place des commissions indépendantes de surveillance des comptes et des dépenses).

Une jeune chercheuse ironise sur le fait que le recrutement de purs administratifs, à la place des hauts responsables de l'université qui ont délaissé la recherche au profit des tâches de pure gestion « ne serait sans doute pas pire. » « Au moins, nous aurions des professionnels », conclut-elle.

Cela n'empêche pas –selon un autre intervenant- « de réduire, en outre, la bureaucratie en réduisant au maximum les intermédiaires entre le financeur et le chercheur ».

3) Les contributions les plus nombreuses ont trait aux problèmes de recrutement, de statuts, d'évaluation, et de déroulement des carrières des chercheurs.

Il conviendrait, tout d'abord,selon un participant, « d'établir des prévisions de recrutements d'enseignants chercheurs et de chercheurs à l'horizon de dix ans, sur la base des données démographiques ».

En amont du recrutement même des chercheurs, un intervenant de l'INSERM n'hésite pas à proclamer que « la première mesure qui permettrait à l'Université de respirer serait d'instaurer une sélection précoce des étudiants sur épreuves anonymes. »

Certains s'inquiètent de la réforme du projet tendant à réorganiser les études universitaires sur le modèle licence-master-doctorat (LMD). Ils pensent qu'il devrait en résulter un allongement d'un an de la durée moyenne des cursus (qui passerait de quatre à cinq années), donc une augmentation des besoins d'encadrement auxquels il faudrait songer à pourvoir dès maintenant par des recrutements de chargés et de directeurs de recherche. Par ailleurs, toute distinction entre master recherche et master professionnel devrait être rejetée selon un internaute anonyme qui souhaite un seul master, à la fois pour des raisons d'harmonisation européenne et par souci d'éviter d'aggraver les clivages regrettables qui existent déjà entre le monde de la recherche et celui de l'entreprise.

Un autre participant, appartenant au CIRAD, espère que la réforme LMD permettra de placer la valeur d'un DESS universitaire en science au même niveau que celle du diplôme d'une école d'ingénieur.

Un jeune chercheur, d'une université montpellierenne, rappelle qu'il est, en effet, essentiel d'améliorer l'attractivité des professions de recherche, ce qui passe, selon lui, d'abord par une revalorisation des salaires, ayant pour contrepartie une évaluation plus rigoureuse, assortie de mécanismes tendant à récompenser les efforts et à sanctionner les insuffisances.

Un post-doctorant émigré aux Etats-Unis considère comme primordial de « revaloriser le diplôme de thèse et d'avoir une vraie politique d'embauche des jeunes chercheurs après dix ans de formation …combien de personnes au gouvernement –s'interroge-t-il, suggérant de créer une structure ad hoc- se préoccupent du problème des post-doctorants et de l'évaluation des potentiels français partis à l'étranger ? »

Ce même correspondant souhaiterait que les chercheurs expatriés « aient le courage de démissionner », à l'issue d'une période laissant présager qu'ils ont choisi de faire carrière dans d'autres pays, afin de libérer des postes de statutaires que pourraient occuper de vrais candidats au retour en France.

Un chercheur expatrié lui aussi, mais au Canada, soulève l'importante question « du bon équilibre entre le nombre de postes en formation doctorale (contractuels) et celui de postes statutaires ».

Pourquoi ne pas assouplir le système actuel –suggère-t-il- en y faisant coexister des postes statutaires, pourvus par concours, et des contrats à durée déterminée (CDI) ? Le même intervenant plaide pour l'attribution, par appel d'offres aux unités de recherche, de budgets globaux répartis en crédits plafonnés selon l'objet des dépenses (matériel, bureautique…), pour une durée de six années, avec une évaluation au bout de deux ans.

Un internaute nous rappelle que des personnalités scientifiques françaises, dont deux prix Nobel, ont fait valoir dans un ensemble de propositions regroupées sous le titre « Du Nerf, donner un nouvel essor à la recherche française » que « des contrats à durée déterminée (CDD) de cinq ans sont le préalable habituel (dans d'autres pays) à l'accession à un poste stable ». Ils ont souhaité que les chercheurs n'accèdent pas « trop tôt » au statut de fonctionnaire et que, de façon générale, un emploi scientifique stable ne soit attribué que « lorsqu'un individu a fait ses preuves de façon irréfutable et qui rende sa probabilité de succès dans un système compétitif visant à l'excellence suffisamment élevée ».

Ce point de vue rejoint celui d'un intervenant de l'INRA qui imagine « un CDI fonctionnarisable (éventuellement par concours national) après huit ans, par exemple ». Il y aurait, selon le même correspondant, deux niveaux de recrutement des chercheurs, le niveau de base pour quelqu'un qui participe à un projet, et le niveau supérieur, pour les post-doctorants. Par ailleurs, cette personne vante les mérites du statut d'« assistant scientifique contractuel pendant la thèse » (ASC) mis en place dans son établissement.

Un autre participant souhaite un système de « tenure track » qui fasse « prendre des risques » aux chercheurs avec de « vrais contrats » (CDD) d'une durée de cinq à sept ans, comme aux Etats-Unis, et « un vrai poste de titulaire au bout », pour ceux qui n'ont pas démérité.

On est là au cœur de la problématique d'une éventuelle évolution du statut actuel du chercheur : selon un point de vue exprimé, les CDD sont « nécessaires » mais ne constituent qu'un « appui ponctuel ». A l'inverse, une jeune chercheuse estime qu' « être fonctionnaire ne peut que nuire à l'efficacité des chercheurs ».

Un intervenant de l'INRA estime que « la discussion porte trop souvent sur le statut et la carrière des chercheurs et pas assez sur ceux des ITA ». L'équilibre entre les deux catégories de personnels devrait être « rétabli », selon un autre participant.

Beaucoup de messages formulent des propositions tendant à rendre plus indépendantes et équitables les instances de recrutement et d'évaluation des personnels de recherche (chercheurs des organismes publics et enseignants chercheurs des universités), afin de remédier aux graves et nombreuses déficiences dénoncées sur notre forum (cf. critiques).

« Il est impossible –estiment les auteurs du document précité de ne pas se poser la question du rôle des élus dans les dispositifs d'évaluation. Un système électif n'offre aucune garantie dans la recherche de l'excellence… Il faudrait –concluent-t-ils- internationaliser beaucoup plus les instances compétentes ».

« Une possibilité serait qu'une partie du jury soit externe » propose un jeune chercheur.

Plus précisément, d'autres correspondants souhaitent

- interdire la nomination de CNRS locaux comme « membres extérieurs » des commissions de spécialistes ;

- prohiber les élections par listes ;

- ne plus autoriser que 35 % de candidats locaux (sauf dans certaines spécialités qui n'éveillent que trop peu de vocations) ;

- introduire dans la constitution du jury d'admission 50 % de membres extérieurs à l'université ;

- recruter les maîtres de conférence par un concours préservant l'anonymat des candidats.

Peut-être serait-il envisageable, dans ces conditions, comme le préconisent certains messages de laisser les recrutements s'effectuer « au plus près du terrain » - « laissons les régions ou les villes décider » suggère un chercheur qui a travaillé au Canada où c'est la règle - le CNU (Conseil National des Universités) se portant garant de la qualité des candidatures et les mauvais choix étant sanctionnés par les autorités de tutelle.

Pour une intervenante, la priorité est de mettre fin aux pratiques selon lesquelles l'admission légale, vidée de son contenu, est décidée dès l'admissibilité, s'agissant du concours d'accès aux EPST.

Un professeur de droit propose de « créer une agrégation du supérieur pour tous », en supprimant la maîtrise de conférence, selon lui « opaque et injuste ». Il souhaiterait, en même temps, qu'il soit mis fin aux avancements à l'ancienneté et à la présence de membres nommés au sein du CNU (ce qui est en contradiction avec le souci de diminuer l'influence des élus en matière de recrutements et d'avancement).

Il lui est rétorqué que le système de l'agrégation ne permet pas d'établir de stratégies cohérentes de recherche, la spécialité des candidats retenus n'étant pas connue à l'avance. Un autre intervenant « estime anormal de recruter des professeurs agrégés (PRAG), dont les postes sont voués uniquement à l'enseignement, dans les universités qui doivent se consacrer, en priorité, au développement des liens entre recherche et formation ». Mais, selon un point de vue divergent, « les PRAG sont parfaitement adaptés à l'enseignement supérieur et aptes à coopérer à des travaux de recherche » et leur titularisation sans période probatoire est justifiée, de même que leur intégration, dans la hiérarchie universitaire, au sein du corps des ingénieurs de recherche (assimilation au doctorat), à un niveau supérieur à celui des ingénieurs  d'études (niveau DEA et DESS).

La fusion, proposée par un internaute, des corps des PRAG et des maîtres de conférence (MDC) en un nouveau corps unique d' « enseignants du supérieur » (avec un concours national par spécialité) serait évidemment une façon radicale de clore cette polémique ! Le même intervenant propose également de faciliter tant le recrutement sur des postes d'enseignants‑chercheurs de cadres du privé que l'accomplissement d'activités de recherche par les enseignants du supérieur (temps partiel contractualisé dans les laboratoires, crédits d'heures pour passer une thèse…). Un autre participant suggère également la mise en place d'un seul corps d'enseignants‑chercheurs qui – selon lui – « permettrait d'éviter l'existence du mandarinat ». Il lui est répondu que « tous les maîtres de conférence n'ont pas la capacité requise pour devenir professeur ».

Mais un troisième intervenant se déclare partisan, lui aussi, d'un statut unique pour les chercheurs et enseignants qui lui semble « la meilleure façon de transmettre la connaissance aux étudiants et d'alléger les charges des enseignants-chercheurs. Le professeur Chapuisat, pour sa part, est favorable à un statut unique – preuve qu'il s'agit décidément d'une idée partagée – mais « à curseur enseignant/recherche variable ».

La fusion ne concernerait-elle que l'université (professeurs et maîtres de conférence) ou aussi les chercheurs des EPST, de façon à faire chercher les enseignants et enseigner les chercheurs ? rappelle à ce propos qu' « il est de règle à l'étranger qu'un enseignement limité soit exigé des chercheurs ».

Les charges d'enseignement des universitaires sont jugées trop lourdes par beaucoup d'entre eux pour leur permettre de se consacrer davantage à la recherche. Pour certains, ce problème est lié à celui de l'absence de sélection à l'entrée de l'université (« parking social » selon les termes d'une correspondante de l'INRA) ainsi qu'à la pénurie d'ITA (pour décharger les enseignants-chercheurs de leurs tâches de gestion). Les heures d'enseignement, en outre, sont rémunérées, en grande partie, sous forme d'heures supplémentaires, ce qui grève les budgets.

Des propositions concrètes sont avancées :

- prendre en compte les travaux pratiques (TP) dans la même proportion que les travaux dirigés (TD) dans l'évaluation des charges d'enseignement ;

- résorber les heures supplémentaires ;

- accorder à tout universitaire une allocation de recherche spécifique (sauf à ceux qui excluraient de pratiquer de telles activités), des moyens supplémentaires étant en outre consacrés à la réalisation de projets s'inscrivant dans la politique des établissements d'enseignement supérieur et des organismes de recherche.

Mais, bien que cette condition ne soit que rarement évoquée, on voit mal comment ces solutions pourraient être mises en œuvre sans une amélioration du taux d'encadrement des étudiants de nos universités (par sélection à l'entrée ou augmentation, quantitative sinon qualitative, des recrutements d'enseignants).

L'HDR (Habilitation à Diriger des Recherches), diplôme accessible aux enseignants-chercheurs et chercheurs titulaires, est très critiquée, notamment parce qu'il faut avoir encadré des étudiants pour l'obtenir, alors qu'elle est requise, précisément, pour avoir l'autorisation d'effectuer cette mission. D'aucuns prétendent, en outre, que cette exigence bénéficie en fait à des chercheurs peu autonomes scientifiquement (donc peu aptes à diriger des recherches) dans la mesure où c'est parce que leur supérieur hiérarchique était au contact des étudiants qu'ils peuvent justifier de l'expérience d'encadrement demandée. Enfin, les épreuves seraient inégales selon les universités.

Dès lors, il est proposé :

- soit de supprimer purement et simplement cette habilitation

- soit de la simplifier (homologation et allègement des conditions, avec éventuellement un envoi des candidatures au fur et à mesure de leurs dépôts)

- soit, enfin, de centraliser la procédure afin de la rendre plus équitable.

Concernant le déroulement des carrières, ce qui a été avancé pour le recrutement vaut souvent pour l'évaluation dont les mêmes instances sont chargées (comités nationaux des universités et de la recherche scientifique).

Certains voudraient, en outre :

- sanctionner les chercheurs ou enseignants-chercheurs qui ne donnent pas satisfaction (au besoin en les licenciant) ;

- faire évaluer les professeurs par leurs étudiants, comme aux Etats‑Unis ;

- s'assurer que l'évaluateur possède un niveau de compétence supérieur à celui dont il doit apprécier l'activité ;

- écarter de toute responsabilité en la matière les universitaires qui ne font plus ou pas de recherche.

Un intervenant aborde également le problème des mutations universitaires en suggérant que celles-ci priment sur les nominations, les offres d'emploi étant communiquées d'abord aux titulaires, mais donnent lieu à des décisions prises non plus à l'échelon local mais au niveau national (d'après le CV et sans modification du profil publié).

4) Enfin, pour rendre compte de façon vraiment complète des contributions à ce forum, il convient de mentionner diverses propositions ponctuelles, telles celles tendant à :

- comme aux Etats-Unis, ne pas autoriser les chercheurs rémunérés sur fonds gouvernementaux à céder les droits de copyright aux éditeurs des revues scientifiques ;

- considérer les bourses de recherche comme des salaires ouvrant droit aux allocations chômage ;

- compter pour le calcul des droits à la retraite les années d'ATER et celles consacrées à la recherche par les universitaires avant la titularisation comme maître de conférence.

 

CONCLUSIONS

 

« Oui, il est nécessaire d'augmenter les budgets de la recherche publique et le nombre de postes à pourvoir !» ‑ proclame un jeune chercheur – mais « une réforme plus profonde (qui ne soit pas « au rabais » selon les termes d'un de ses congénères) reste aussi à accomplir ».

De fait, les revendications exprimées sur notre forum touchent bien davantage à l'organisation de la recherche et aux conditions d'utilisation de ses ressources humaines qu'au niveau quantitatif de ses moyens.

L'intérêt essentiel de ce forum a été de donner la parole à la base qui l'a prise d'une façon parfois quelque peu iconoclaste ou irrévérencieuse, avec l'avantage toutefois de ne pas laisser le lecteur indifférent !

Mais, par delà la diversité des points de vue, l'ensemble des contributions révèle, sur le fond, de la part des jeunes chercheurs qui se sont exprimés en majorité :

- un niveau élevé d'exigence quant à l'excellence souhaitable du niveau de notre recherche (une jeune chercheuse estime que la signification de ce mot semble actuellement avoir été « oubliée ») et à la profondeur des réformes nécessaires pour la promouvoir ;

- le sentiment d'immense gâchis que suscite l'insuffisance des débouchés offerts à nos jeunes diplômés pourtant très appréciés à l'étranger.

Avec l'iniquité des recrutements et de l'évaluation, et les entraves structurelles à l'efficacité des activités de recherche (morcellement, cloisonnements, rigidités), cette carence est la plus communément déplorée.

Beaucoup de participants, dans leurs déclarations ou leurs témoignages, font preuve d'un état d'esprit qui montre qu'ils possèdent le goût du risque indispensable au chercheur : ils sont prêts à travailler sous contrats (cependant convenablement rémunérés et intéressants) et en entreprise, ne craignent pas d'être évalués (objectivement) et n'hésitent pas à s'expatrier.

Pour d'autres, déjà titulaires, « touche pas à mon statut ! » semble, en revanche, le mot d'ordre essentiel.

La revendication d'une plus grande autonomie des structures de recherche doit être conciliée avec celle d'une garantie de qualité qui requiert une intervention de l'Etat, différente de ce qu'elle est actuellement (contrôle a posteriori, coordination des activités, évaluation rigoureuse des résultats conditionnant l'octroi des aides, régulation de la concurrence instaurée entre les établissements, etc.).

Au total, ce forum a donc été, pour nous, une expérience positive.

Il est à espérer que la soif de réformes dont il a témoigné soit étanchée.

Merci à tous.



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