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PRÉSIDENCE DE M. CHRISTIAN PONCELET

      La séance est reprise à 16 h 5.

Éloge funèbre de François Abadie, sénateur des Hautes-Pyrénées

      M. LE PRÉSIDENT. – Mes Chers Collègues, (Mmes et MM. les sénateurs se lèvent), notre collègue et ami François Abadie, sénateur des Hautes-Pyrénées, s'est éteint le 2 mars dernier, à l'âge de 70 ans.

      Le mal dont il souffrait et qui le tenait depuis quelque temps éloigné de nos travaux, a eu raison de sa volonté, de son courage et de ses forces.

      Avec lui, disparaît une figure d'homme libre aux convictions fortes. François Abadie faisait de la politique avec passion. De la politique il a connu les joies, les difficultés et les souffrances.

      François Abadie est né le 19 juin 1930 à Lourdes, en terre radicale de Bigorre. Il grandit dans la cité mariale et se dirige vers une formation de mécanicien.

      Mais c'est à la politique que pense François Abadie qui, dès l'âge de 16 ans, milite dans les jeunesses radicales. Il fait son apprentissage politique auprès de notre ancien collègue René Billières, futur président du parti radical, dont il est le secrétaire particulier dès 1947.

      À compter de 1953, François Abadie travaille successivement au sein de plusieurs cabinets ministériels, dont celui de René Billières à l'Éducation nationale, de 1956 à 1958. Il conservera de cette époque un réseau d'amitiés solides et de connaissances précieuses.

      Après l'avènement de la Ve République, François Abadie reprend une activité dans le secteur privé, comme directeur commercial dans une entreprise de machines outils. Il n'en délaisse pas pour autant son engagement dans le radicalisme et revient en politique en 1970, avec un mandat de conseiller général.

      C'est le début d'une trajectoire étonnante.

      Un an plus tard François Abadie conquiert la ville de Lourdes, dont il restera le premier magistrat pendant dix-huit ans.

      Il était extrêmement fier de sa ville et de son mandat dans lequel il est, à chaque échéance électorale, reconduit avec des scores impressionnants. Il impulse à Lourdes un nouvel élan et sait établir un climat de grande convivialité notamment avec les religieux qui administrent le sanctuaire. L'humanisme de ses valeurs, son esprit d'ouverture, sa personnalité reconnue et estimée des gens d'église, lui permettent d'entretenir des relations de confiance et de respect mutuel appréciées par tous au sein de sa ville.

      Dans une cité très particulière, avec plus de quatre millions de visiteurs par an, l'action municipale lourdaise doit faciliter la cohabitation des pèlerins et des résidents. François Abadie sait réaliser cette difficile synthèse à la satisfaction générale. En 1983, c'est avec une grande fierté et avec une réussite non moins grande qu'il accueille dans sa ville, sa sainteté le Pape Jean-Paul II.

      Maire et conseiller général, François Abadie exerçait également une position influente dans les instances locales et nationales du Parti radical.

      Élu député en 1973, réélu en 1978 et 1981, il est membre du groupe radical et socialiste.

      En 1981, sa gestion remarquée de la ville de Lourdes et son influence au sein du Parti radical lui valent d'être appelé dans le gouvernement de Pierre Mauroy comme secrétaire d'État au tourisme auprès du ministre du temps libre. Dans cette fonction ministérielle, il s'emploie notamment à promouvoir la décentralisation de la gestion du tourisme.

      En 1983, François Abadie rejoint les bancs de notre Assemblée, en succédant, sans surprise, à René Billières, son parrain en politique. Il est nommé à la commission des Affaires économiques, puis à la commission des Affaires étrangères, dont il est élu vice- président. C'est dans ce cadre qu'il observe, au cours de missions successives, les bouleversements qui affectent notamment l'Allemagne et l'Europe de l'Est.

      Sa compréhension du contexte internationl le conforte dans sa recherche d'une nouvelle synthèse politique au centre. Il aspire au renouveau d'une démocratie parlementaire dont le Parti radical pourrait être le pivot.

      1994 sera une année d'épreuves : il démissionne du conseil municipal de Lourdes et il n'est pas réélu au conseil général. Sur le plan personnel, il subit une attaque cérébrale d'une exceptionnelle gravité.

      La perte de la ville de Lourdes en 1989 l'avait déjà fortement affecté. Lui qui n'avait jamais connu la défaite en politique et qui voue à sa ville une passion exclusive supporte douloureusement ce désamour soudain, qu'il considère comme injuste, comme quoi le bien peut parfois avoir pour tombeau l'ingratitude humaine.

      Ayant annoncé son intention de ne pas briguer un nouveau mandat sénatorial, François Abadie savourait depuis lors une totale liberté. Volontiers provocateur, son refus de la langue de bois se traduisait parfois par des écarts de langage retentissants. Il avait en partage avec les radicaux de sa génération une très grande indépendance d'esprit et de ton ainsi qu'un humour parfois féroce.

      Personnage haut en couleurs et amoureux de la vie, François Abadie était un ami sincère, loyal et fidèle. Il était un homme profondément attaché aux valeurs qui fondaient son action.

      C'est un collègue estimé qui disparaît de nos rangs.

      Au nom du Sénat tout entier, j'apporte à son épouse et à ses deux filles, le témoignage de notre profonde sympathie.

      Je voudrais dire notre grande tristesse à ses collègues de la commission des Affaires culturelles et à ses amis du groupe R.D.S.E ainsi qu'à ses amis de la ville de Lourdes. (Mmes et MM. les sénateurs respectent une minute de silence.)

      M. GLAVANY, ministre de l'Agriculture et de la Pêche. – Le gouvernement s'associe à l'hommage solennel que le Sénat rend aujourd'hui à François Abadie, décédé le 2 mars dernier. Un journal de notre département qualifiait cette personnalité atypique, haute en couleurs, de « Marius intraitable de la politique ». Affectif, très attaché aux relations humaines il était fidèle en amitié au-delà du raisonnable. Aimant les contacts humains, parfois excessif, il était un fervent défenseur de son département et de la ville où il était né le 19 juin 1930.

      Il avait commencé sa carrière à dix-sept ans, aux côtés de René Billières, ministre de l'Éducation nationale et député, un parrain, son tuteur, un grand frère, qui l'a accompagné jusqu'au bout de sa vie.

      Élu maire de Lourdes en 1971, il l'est resté dix-huit ans, jusqu'en 1989. La ville lui doit beaucoup : il fut un très grand maire.

      Attaché aux valeurs de progrès et de démocratie, il mena aussi une carrière nationale. Cofondateur du Mouvement des radicaux de gauche, député en 1973, il soutint François Mitterrand dès le premier tour de 1981, préfigurant ainsi la gauche plurielle. Il devint secrétaire d'État au tourisme en mai 1981 mais la chose gouvernementale n'était pas la sienne : sa chose, ce furent les Hautes-Pyrénées et c'était surtout Lourdes. Il décida donc en 1983 de quitter le gouvernement pour succéder à René Billières dans votre Assemblée où il siège d'abord à la commission des Affaires économiques puis à celle des Affaires étrangères dont il devint vice-président en octobre 1989.

      Ses dernières années furent difficiles, marquées par des défaites électorales, vécues comme des injustices en 1989 puis en 1994, année sombre où après une défaite dans le canton de Lourdes-est, il subit une attaque cérébrale.

      Je l'ai accompagné à son domicile parisien et lors de ses dernières visites dans les Hautes- Pyrénées ; nous étions quelques-uns à soutenir de notre amitié cet homme qui souffrait de ne plus pouvoir servir sa ville.

      À Mme Abadie, à ses filles et à ses proches, je présente les condoléances du gouvernement et mes pensées personnelles très chaleureuses.

      En signe de deuil, la séance est suspendue à 16 h 20.


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