Vous êtes ici : Travaux parlementaires > Comptes rendus > Compte rendu analytique   Retour
Retour Sommaire Suite

Politique de la Franceenvers Cuba

      M. RICHERT. – Je souhaite attirer l'attention de M. le ministre des Affaires étrangères sur le sort des prisonniers politiques cubains actuellement détenus dans les prisons cubaines, dans des conditions épouvantables. Soixante-quinze d'entre eux ont été condamnés à des peines exorbitantes, jusqu'à vingt-huit ans, en mars 2003. De nombreux autres croupissent dans des prisons sordides, depuis parfois des années, sans avoir été jugés. Tous appartiennent à la dissidence et luttent pacifiquement pour la restauration d'un État de droit, dans ce qui reste le dernier pays totalitaire occidental. Quelles sont les démarches faites par le gouvernement français pour obtenir la libération des prisonniers politiques et favoriser la transition de Cuba vers la démocratie ? Quels sont les moyens de pression dont dispose à cet égard la France au sein de l'Europe ?

      Le sort du poète Manuel Vasquez Portal, condamné en 2003 à dix-huit ans de prison, m'inquiète particulièrement. Il a été récemment transféré dans un hôpital de Santiago de Cuba ; son épouse, qui s'y est rendue le 13 janvier dernier, n'a pas été autorisée à le voir, la police politique qui ayant refusé l'accès.

      Je souhaiterais également savoir comment est définie la politique économique de la France envers Cuba, en particulier la gestion de la dette cubaine et l'aide aux investissements d'un pays qui viole honteusement la plupart des normes de l'Organisation internationale du travail.

      M. WILTZER, ministre délégué. – La situation cubaine préoccupe tous les démocrates.

      S'agissant des droits et libertés, il est exact que soixante-quinze opposants ont été arrêtés en mars 2003 et condamnés à de lourdes peines ; on déplore également la reprise des exécutions capitales.

      Je m'étais rendu à Cuba peu avant, en février 2003, à l'occasion de la douzième commission mixte franco-cubaine pour la coopération culturelle, scientifique et technique. Les autorités cubaines cherchaient encore à l'époque à se rapprocher de l'Union européenne et sollicitaient à cette fin les conseils de la France.

      J'avais tenu à annoncer que je rencontrerais lors de mon séjour des personnalités indépendantes et des représentants de mouvements d'opposition – et c'est ce que j'ai fait. Deux de mes interlocuteurs ont ensuite été emprisonnés, en mars 2003, et ces événements m'ont touché et choqué, et je l'ai fait savoir, en particulier au ministre des Affaires étrangères cubain.

      Le 5 juin dernier, les Quinze ont rendu publiques leurs décisions en réaction à la nouvelle attitude des autorités cubaines : ils ont résolu de limiter strictement leurs relations avec La Havane.

      La France, sachez-le, se soucie grandement du sort des prisonniers, soumis à des conditions très rudes de détention, voire à l'isolement total. Des démarches ont été entreprises, par la France et par l'Union européenne, auprès des autorités de Cuba.

      Quant aux relations économiques, Cuba a accumulé 19 milliards de dollars d'arriérés sur le remboursement de sa dette ; ce pays ne paye plus les trois- quarts de sa dette depuis 1989. La France détient une créance impayée de 150 millions d'euros. Dans le cadre du groupe des pays créanciers de Cuba, nous avons fait des propositions, que Cuba a refusées. Le blocage est aujourd'hui total et aucun crédit nouveau n'a donc été accordé.

      Nous nous méfions en revanche des mesures d'embargo, dont l'efficacité est loin d'être démontrée mais qui pénalisent les populations et offrent aux gouvernements en cause la possibilité de se poser en victimes. Du reste, les États- Unis eux-mêmes ont assoupli leur position au point de devenir le deuxième fournisseur de Cuba !

      Le respect des droits des travailleurs relève d'instances internationales. Quand à l'aide au développement, le durcissement de la politique des autorités cubaines en matière de libertés publiques nous a incités à réexaminer notre coopération, que nous avions réduite, en particulier dans ses volets police et justice. En revanche, nous maintenons la coopération non-gouvernementale, car elle bénéficie à la population. Bref, nous sommes sans complaisance à l'égard des autorités mais soucieux d'éviter de pénaliser la population cubaine.

      M. RICHERT. – Je vous remercie, en particulier parce que votre sensibilité personnelle sur cette question est identique à la mienne. En particulier, je suis d'accord que l'embargo punit le peuple cubain.

      Cependant, nous n'avons pas affaire seulement à un chef d'État avec sa garde rapprochée, mais à un système organisé, à un régime qui opprime l'ensemble du peuple cubain.

      Qu'il ne faille pas porter préjudice au peuple par nos décisions, oui, mais ne faisons rien qui soit susceptible de fournir un appui au dictateur et au régime qu'il a instauré.

      Il convient d'aider ce pays à préparer la transition vers la démocratie. Trop de personnes souffrent encore dans les prisons cubaines.

Retour Sommaire Suite
Haut de page