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Diabète à la Réunion

     Mme PAYET. – L'observatoire régional de la santé de la Réunion a conduit une enquête sur les amputations chez les diabétiques. Il en résulte que l'incidence du diabète est trois à quatre fois supérieure en Réunion par rapport à la métropole.

     Le pied du diabétique forme une zone particulièrement fragile en raison de complications vasculaires et neurologiques. Leurs aspects cliniques sont variés ; l'amputation en constitue l'aboutissement le plus tragique. Chez les diabétiques, le taux d'amputation, plus fréquent chez les hommes, augmente avec l'âge et la durée du diabète. Ainsi, 5 à 10 % des diabétiques seront un jour amputés d'un doigt, d'un orteil ou d'une jambe. Or, 50 % de ces amputations pourraient être évitées par une prévention efficace !

     L'étude révèle que du 1er mai 2000 au 30 avril 2001, 406 amputations ont été pratiquées dans l'île. Plus de deux tiers des patients concernés – soit 279 personnes – sont des diabétiques, parmi lesquels 179 sont atteints du diabète de type 2, non insulinodépendant. La probabilité d'amputation est stable, mais le nombre de patients augmente avec la prévalence du diabète. Parmi les patients amputés diabétiques, 89 % ont une couverture sociale – dont 62 % bénéficient de la C.M.U. Les plus concernés par le risque podologique sont les diabétiques de type 2 – avec 92 % des cas – après quinze ans de maladie.

     Ces chiffres alarmants prouvent que le diabète constitue un véritable problème de santé publique dans le département. Ils incitent à y conduire un programme de prévention des complications podologiques, d'autant plus que le climat tropical et la culture locale privilégient le port de chaussures ouvertes exposant le pied aux microtraumatismes. Cette indispensable prévention doit intervenir à tous les niveaux : il faut tout d'abord insister sur le dépistage des diabètes méconnus et des patients, à haut risque podologique ; il convient ensuite d'informer sur le traitement et la surveillance des troubles trophiques des pieds et de fournir un appareillage adapté aux patients amputés.

     Le progrès passe par la sensibilisation et la formation de tous les professionnels de santé à ce problème du pied diabétique ainsi qu'à sa prise en charge. Elle nécessite également une meilleure coordination des intervenants.

     Dans le cadre du plan diabète 2002-2005, un groupe de travail composé d'experts, de professionnels et de représentants du ministère et de l'assurance maladie, a travaillé sur l'amélioration de la prévention des lésions du pied chez le diabétique pour les patients porteurs d'un risque de lésion du pied de grade 2 ou de grade 3. Leur travail s'est concrétisé par la définition d'un forfait podologique, qui a fait l'objet d'un protocole d'expérimentation nationale à travers les réseaux diabète. Ce protocole a été adopté le 4 mai par le comité de suivi du programme d'action diabète 2002-2005.

     La prévention des complications du diabète fait partie des objectifs de la loi de santé publique. Ces complications sont fréquentes avec une évolution souvent grave. Leur prévalence est estimée en France entre 4 % et 25 %. À la Réunion, 3 500 patients ont besoin de soins podologiques. Or, ceux-ci ne sont pas remboursés par la sécurité sociale. Le coût d'une amputation avoisine 64 000 euros. Parmi les 400 pratiquées chaque année, la moitié pourraient être évitées si, outre une prévention adéquate, les patients avaient les moyens de se faire soigner.

     J'espère vous avoir convaincu de l'acuité de ce problème à la Réunion.

     Quels moyens envisagez-vous de mettre en œuvre pour remédier à cette situation dont l'aboutissement est trop souvent tragique ?

     M. Xavier BERTRAND, secrétaire d'État à l'assurance maladie. – Le diabète figure parmi les priorités d'actions de la loi du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique. Les objectifs correspondants s'inscrivent dans la continuité du programme d'actions 2002-2005 de prévention et de prise en charge du diabète non insulino-dépendant. Ils visent à réduire la fréquence et la gravité des complications grâce à une surveillance conforme aux recommandations de bonnes pratiques cliniques pour 80 % des diabétiques, alors qu'actuellement les taux varient de 16 à 72 % selon les types d'examen.

     Comme vous le soulignez, plus de 1,8 million de personnes souffrent d'un diabète et leur nombre augmente avec le vieillissement de la population, les habitudes alimentaires et à la sédentarité. Ainsi, le diabète est devenu la principale cause de cécité survenant après 65 ans et la première cause d'amputations non traumatiques en France.

     C'est pourquoi, dès le début 2005, deux actions prioritaires seront conduites par le ministère des Solidarités, de la Santé et de la Famille ; le dépistage de la rétinopathie diabétique dans plusieurs sites pilote ; l'amélioration de la prévention, du dépistage et de la prise en charge des lésions des pieds chez les diabétiques dans les réseaux de santé diabète. Ces actions sont le fruit d'une coopération entre le ministère, les caisses primaires d'assurance maladie, des professionnels de santé et des associations de patients. Elles feront l'objet d'une évaluation qui sera transmise en 2006 à la Haute Autorité en santé.

     Le réseau de santé diabète situé à la Réunion – Reucare – fait partie de l'Association nationale de coordination des réseaux diabète (Ancred). Il sera partie prenante à cette expérimentation nationale.

     De plus, des actions de formation seront réalisées auprès des médecins généralistes sur le dépistage des lésions des membres inférieurs.

     Par ailleurs, l'Association française des diabétiques (A.F.D.) a été sollicitée pour informer et sensibiliser les patients diabétiques à l'éducation thérapeutique.

     À la Réunion, la prévalence de cette pathologie est proche de 10 %, soit plus de 70 000 personnes atteintes, pour la plupart non diagnostiqués. Le diabète y représente une priorité de santé publique depuis plusieurs années afin de réduire les facteurs de risque et les complications.

     Des actions d'éducation à la santé sont conduites portant sur l'hygiène de vie, le dépistage et la prise en charge.

     Nous savons pouvoir compter sur les élus ; vous pouvez compter sur le gouvernement.

     Mme PAYET. – Je vous remercie pour cette réponse, que je transmettrai aux intéressés.

     Aujourd'hui, j'ai parlé du pied diabétique, mais nous devons tous nous mobiliser et à tous les niveaux contre ce fléau qui sévit beaucoup plus sévèrement dans mon département qu'en métropole. Il ne s'agit pas seulement de modifier certaines habitudes alimentaires, mais aussi de sanctionner les industriels locaux qui n'hésitent pas à mettre dans les yaourts et sodas jusqu'à 20 % de sucre en plus de ce qui est pratiqué en métropole, sous prétexte que les consommateurs réunionnais préféreraient les produits très sucrés.
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