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Egalité hommes / femmes dans la culture : et si on passait aux actes ?

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La délégation aux droits des femmes du Sénat a présenté à la presse, mercredi 3 juillet, son rapport sur la place des femmes dans l’art et la culture. Elle y dénonce une inégalité criante entre les hommes et les femmes et un immobilisme persistant.

 

 

"Après le temps de la prise de conscience et du diagnostic, est venu celui des actes et de la décision politique". C’est  en ces termes que la Présidente de la délégation aux droits des femmes du Sénat, Brigitte Gonthier-Maurin (CRC - Hauts-de-Seine), a présenté aux journalistes, mercredi 3 juillet, ses préconisations pour lutter contre les inégalités hommes / femmes dans le domaine de la culture.

La sénatrice des Hauts-de-Seine insiste sur la persistance des inégalités et les mesures envisagées par sa délégation pour renforcer la prise de conscience et réguler la représentation des femmes dans un secteur où le sujet fait souvent débat, en témoigne la récente polémique sur le manque de représentation des femmes au dernier Festival de Cannes.

 Quels chiffres vous permettent de conclure que très peu de progrès ont été faits pour la représentation des femmes dans le domaine de la culture ? 

Symbolisé, par Goethe, par un cygne noir, la figure de l’artiste, reste, en France, masculine.

Preuve en est que, en France, seuls 25 % des films diffusés sont l’œuvre de réalisatrices, seuls 15 % des textes joués sur les scènes de théâtre sont écrits par des femmes, on ne connaît quasiment aucune compositrice de musique avant le XVIIème siècle et elles ne sont que 3 % à figurer aujourd’hui parmi les programmations publiques ; enfin, seules 15 % des œuvres des collections publiques muséographiques sont produites par des femmes.

A titre d’exemple, les artistes femmes représentaient 10 % des achats du Musée national d’art moderne entre 1960 et 1969. Elles comptent pour 23 % des achats aujourd’hui…

On observe même un recul dans certaines disciplines, traditionnellement réservées aux femmes : elles étaient quarante pour cent (40 %) parmi les directeurs de centres chorégraphiques nationaux dans les années 1980, elles ne sont aujourd’hui plus qu’environ 25 %. Or, ces établissements permettent à un/une artiste de disposer d’outils et de moyens suffisants pour développer un travail et une recherche artistique.


 Quelles préconisations pour lutter contre ce type de discrimination ?

La délégation est convaincue que, sans mesure positive, rien n’évoluera.

Il faut aujourd’hui favoriser la production des femmes, sans l’imposer, mais en appelant à une démarche co-responsable des professionnels du secteur.

Ainsi, tous les acteurs publics culturels pourraient adhérer à une "charte pour l’égalité" par laquelle ils s’engageraient à favoriser les œuvres féminines en respectant au moins un tiers d’œuvres (pour le théâtre, les musées), d’articles (pour la presse), d’émissions (pour l’audiovisuel) dans les programmations.

Par ailleurs, il me semble aujourd’hui nécessaire de fixer des objectifs précis aux commissions de sélection du Centre national du cinéma (CNC) afin que les réalisatrices femmes aient les mêmes chances que les réalisateurs de bénéficier du soutien de l’argent public. La recommandation que la délégation a formulé en ce sens précise qu’une attention particulière devra être portée au second film des jeunes réalisatrices afin que la reconnaissance ne soit pas purement symbolique, mais prenne la forme d’un soutien sur la durée.

Les femmes elles-mêmes doivent se mobiliser et affirmer leur volonté de reprendre leur place : si les hommes usent abondamment de leurs réseaux pour se voir programmés, décorés, mis en avant, pourquoi les femmes n’en feraient-elles pas autant ?

La constitution de "viviers" de femmes est aujourd’hui devenue une absolue nécessité, viviers d’expertes, d’auteures, de metteuses en scène, de scénaristes, d’artistes plasticiennes, de réalisatrices…

Enfin, nous nous sommes beaucoup interrogés sur l’opportunité de "dédier" un lieu de création aux femmes, qui servirait de "lieu ressource" aux programmateurs de chaque discipline.  Sans en sous-estimer les risques - notamment de "ghettoïsation" -, je crois que ce projet, proposé notamment par Muriel Couton, vaut la peine d’être examiné.  C’est en ce sens que notre 16ème recommandation propose de confier au ministère de la culture une mission d’étude sur la question.

 Quelles mesures pour réguler la féminisation de ces postes ? Comment contrôler l’effectivité de ces mesures ?

Recommandation n° 1. La délégation souhaite que l'Observatoire de l'égalité hommes-femmes dans la culture et la communication, publié pour la première fois en mars 2012 par le ministère de la culture, soit rendu plus collaboratif, par la démultiplication des sources d'information et l'association de l'ensemble des acteurs publics et privés au recensement des inégalités.

Recommandation n° 2. La délégation demande que soit systématisée annuellement la brochure "Où sont les femmes ?" publiée par la SACD et qu'elle soit élargie aux autres secteurs culturels : ainsi, sa production pourrait-elle être confiée au CNC pour le cinéma, à la Réunion des musées nationaux (RMN) pour les musées, à la Commission pour l'image des femmes dans les médias pour les principaux médias.

Recommandation n° 3. La délégation demande la généralisation dans tous les conservatoires, toutes les écoles d'art et les écoles de journalisme, de modules d'enseignement permettant aux élèves de :

  • s'initier à une critique littéraire leur permettant de détecter les stéréotypes sexués dans les textes, les oeuvres et les images produits ;
  • disposer d'éléments de sociologie sur leur futur milieu professionnel (part des hommes et des femmes aux postes à responsabilité) ;
  • les alerter sur les pratiques de harcèlement sexuel et sur leur spécificité dans l'enseignement artistique.

Recommandation n° 4. La délégation souhaite que soit institutionnalisé un devoir de mémoire dans toutes les écoles de formation à l'expression artistique, qui prendrait la forme d'un répertoire des films de réalisatrices oubliées à la FEMIS, un répertoire des pièces d'auteures oubliées dans les écoles de la formation d'interprètes, un répertoire des grandes oeuvres des journalistes et photoreporters féminines dans les écoles de journalisme, un répertoire des oeuvres des grandes plasticiennes dans les écoles d'art.

Recommandation n° 5. La délégation recommande au ministère de la culture de lancer une réflexion nationale sur la question du harcèlement sexuel, associant l'ensemble des professionnels du secteur - directeurs des écoles, enseignants et représentants des étudiants - et coordonnée par le corps d'inspection du ministère de la culture et de la communication, dont dépendent les écoles d'art, qui débouchera sur la rédaction d'une charte déontologique, distribuée à tous les étudiants dès leur inscription.

Recommandation n° 6. La délégation souhaite que soit développée dans les établissements d'enseignement supérieur une politique de prévention et d'information précisant les peines auxquelles s'exposent les agresseurs et indiquant aux victimes potentielles leurs droits et les procédures à suivre pour les faire respecter.

Recommandation n° 7. La délégation juge nécessaire de remédier au caractère asymétrique et inégal de la procédure disciplinaire qui lui paraît devoir être profondément réformée s'agissant du jugement des agissements de harcèlement sexuel :

  • en veillant à la composition paritaire de la section disciplinaire ;
  • en élargissant ses possibilités de saisine à une autorité autre que le président de l'université ou de l'établissement, et notamment au ou à la responsable de la mission égalité ;
  • en procédant à la distinction des instances d'instruction et des instances de jugement.

Recommandation n° 8. La délégation recommande que les faits de harcèlement sexuel soient jugés par la section disciplinaire d'un établissement autre que celui dont relèvent la victime et l'auteur présumés de ces agissements.

Recommandation n° 9. La délégation souhaite l'inscription dans tous les cahiers des charges - des structures conventionnées, labellisées et des grandes chaînes de télévision publique - d'une obligation de vigilance sur les stéréotypes véhiculés dans les contenus. Une personne désignée dans l'organigramme pourrait être chargée de cette mission.

Recommandation n° 10. La délégation souhaite confier au ministère de la culture la rédaction d'une "charte pour l'égalité", déjà demandée par Reine Prat en 2009, par laquelle les acteurs culturels signataires s'engageraient à :

  • exercer une vigilance sur les stéréotypes véhiculés dans leurs productions ;
  • favoriser la production des femmes, en respectant au moins un tiers d'oeuvres, d'articles, d'émissions, etc. réalisés par des femmes ;
  • veiller à une représentativité équilibrée des femmes dans leurs organigrammes.

Recommandation n° 11. La délégation souhaite encourager la constitution de "viviers" d'expertes - pour les médias - d'auteures et de metteuses en scène - pour le théâtre - de scénaristes et de réalisatrices - pour le cinéma - et de plasticiennes :

  • en soutenant les initiatives des intéressées organisées en réseau ;
  • en imposant aux institutions de recourir à leurs fichiers pour leur programmation.

Recommandation n° 12. La délégation recommande que soit fixé l'objectif d'une représentation équilibrée des femmes dans toutes les administrations culturelles, avec pour objectif une proportion d'au moins un tiers, selon des modalités à fixer en fonction des modes de nomination et de recrutement de chaque établissement.

Recommandation n° 13. La délégation juge nécessaire de systématiser l'obligation d'établir des "short-lists" paritaires et d'encourager les co-candidatures, dans les procédures d'appels à candidatures pour les postes de direction des structures labellisées du Spectacle vivant.

Recommandation n° 14. La délégation recommande que les "commissions", "jurys" et comités existant dans toutes les disciplines (théâtre, danse, musique, cinéma, beaux-arts, etc.) soient systématiquement paritaires.

Recommandation n° 15. La délégation souhaite qu'au moins un tiers de films de femmes soient retenus parmi les oeuvres sélectionnées par les commissions de soutien du Centre national du Cinéma (CNC) et que les membres de ces commissions portent une attention particulière aux "seconds films" des jeunes réalisatrices.

Recommandation n° 16. La délégation demande que le haut-commissaire pour l'égalité au sein du ministère de la culture soit missionné, pour réfléchir à la création ou désignation d'un "lieu ressource", dédié à la création féminine, pour les programmateurs de toutes les disciplines.

Recommandation n° 17. La délégation souhaite que soit spécifiquement identifiée la question des inégalités entre les femmes et les hommes dans l'organisation et le contenu des travaux du CSA, en créant une mission qui aurait pour compétence :

  • de réfléchir aux modalités d'une action de vigilance vis-à-vis des chaînes, qui passera soit par la rédaction d'une délibération sur cette question - expression d'un pouvoir unilatéral du CSA -, soit par l'élaboration d'une charte de l'antenne, en partenariat avec les diffuseurs ;
  • de faire un bilan annuel sur cette question, à l'instar du bilan sur la diversité ;
  • d'étudier les moyens d'introduire la clause de responsabilité sociétale envers les femmes lors de tout accord d'autorisation délivré aux chaînes privées.

Recommandation n° 18. La délégation demande au ministère de réfléchir à la création d'un "prix" au féminin qui serait décerné chaque année à une chaîne de télévision, un établissement public de production et de diffusion ou de presse - magazine national - qui se serait illustré par la place donnée à la création féminine.

Recommandation n° 19. La délégation souhaite associer la société civile au contrôle des stéréotypes, et, à cette fin, recommande de :

  • créer un site officiel de remontée des réactions de la société civile sur l'image des femmes dans les médias et les spectacles pour faire émerger la vigilance citoyenne décentralisée ;
  • soutenir et valoriser les actions des associations en charge de ces questions, en donnant de la visibilité aux prix qu'elles décernent et en soutenant financièrement leurs efforts ;
  • faciliter la procédure de saisine du CSA pour les associations de défense des droits des femmes

 En savoir plus :

(c) : Photos Sénat /                         Mise en ligne : 08/7/2013