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Trois questions à Colette MÉLOT et Patricia SCHILLINGER, auteures de l'avis politique sur l'Erasmus des apprentis

Dernière mise à jour le 7 mars 2017
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Jeudi 23 février 2017, Colette MÉLOT et Patricia SCHILLINGER ont présenté  leur avis politique sur l'Erasmus des apprentis.

Retour en trois questions avec les auteures de l'avis.

 

 

Présentation de l'avis politique sur l'Erasmus des Apprentis (23 février 2017)

 

Jeudi 23 février 2017, Colette MÉLOT et Patricia SCHILLINGER ont présenté à la commission des affaires européennes leur avis politique sur l'Erasmus des Apprentis.

 

Trois questions à Colette MELOT et Patricia SCHILLINGER, auteures de l’avis politique sur l’Erasmus des Apprentis (23 février 2017)

 

Pourquoi avoir fait le choix de mener une réflexion sur l’Erasmus des apprentis, un projet pour le moins récent ?

Patricia SCHILLINGER : Dans le cadre du dialogue politique direct des parlements nationaux avec la Commission européenne, la Commission des affaires européennes a souhaité réagir aux annonces récentes de cette dernière. Le 9 décembre dernier la Commission européenne a en effet choisi d’envoyer un signal fort en faveur des apprentis en annonçant le lancement d’un nouveau programme Erasmus : Erasmus Pro. Elle a aussi fait de ce sujet l’une de ses priorités pour l’année 2017. Elle affiche ainsi l’ambition de 50 000 apprentis en mobilité longue d’ici à 2020 et envisage de doter ce programme de 400 millions d’euros. Nous souhaitions dès à présent affirmer notre soutien à ce projet, ainsi que notre volonté d’aller encore plus loin.

Colette MÉLOT : L’apprentissage faisait effectivement depuis septembre dernier l’objet d’un projet expérimental à l’initiative du député européen Jean Artuis. Cette annonce lui donne une nouvelle dimension que nous souhaitons aujourd’hui soutenir et encourager. La formation professionnelle a en effet longtemps été le parent pauvre des programmes Erasmus. Aujourd’hui les étudiants en formation professionnelle, dont les apprentis, ne représentent qu’à peine 1% du total des bénéficiaires d’Erasmus plus. Il est temps d’amorcer un virage stratégique en la matière.

À quels enjeux renvoie un tel projet ?

 

Colette MÉLOT : Un Erasmus des apprentis est la réponse à deux problématiques centrales pour l’Union européenne : d’une part, le sentiment d’appartenance à l’Europe - plus de 83 % des étudiants Erasmus se sentent plus Européens après leur séjour à l'étranger ; d’autre part le chômage des jeunes. Ce dernier atteint des proportions particulièrement inquiétantes un peu partout dans l’Union européenne. En octobre 2016, 4,169 millions de jeunes Européens, hors étudiants, n’avaient pas d’emploi en Europe.

Or, l’apprentissage permet d’améliorer l’employabilité des jeunes : près de 80% des apprentis trouvent un emploi directement après leur formation. L’Allemagne, pays où la formation en alternance est particulièrement développée, affiche d’ailleurs l’un des taux de chômage des 15-24 ans parmi les plus bas de l’Union Européenne : 6,9%, contre 18,4% en moyenne en Europe. A l’inverse, la Grèce (55,3% en mai selon le dernier chiffre disponible), l’Espagne et l’Italie (35,3%), où l’apprentissage est peu répandu, ont des taux de chômage très élevés.

Patricia SCHILLINGER : Par ailleurs, les étudiants qui ont séjourné un an à l’étranger sont également mieux protégés du chômage. La mobilité internationale divise ainsi par deux les risques de chômage. Combiner ces deux atouts, apprentissage et séjour à l’étranger, contribue à l’insertion des jeunes.

  Quel message adressez-vous aujourd’hui  à la Commission européenne ?

Patricia SCHILLINGER: Il est important de soutenir l’initiative de la Commission européenne, tout en l’encourageant à aller plus loin et à lever les obstacles juridiques qui demeurent très nombreux. Le statut de l’apprenti et la structuration de la formation varient en effet énormément d’un pays à l’autre, toutes les formations en Europe ne préconisent pas de contrats d'apprentissage et n'ont pas les mêmes conditions de formation. Il a même été envisagé d’appliquer le régime des travailleurs détachés aux étudiants. En attendant la mise en place d’un véritable contrat d’apprenti européen, les départs doivent ainsi s’organiser en effet au cas par cas.

Un travail de communication doit aussi être activement mené. Il s’agit désormais d’inclure des populations aujourd’hui peu concernées par Erasmus. Ce nouveau public, qu’il s’agisse des apprentis ou de leur maître d’apprentissage, n’a pas toujours conscience de l’opportunité d’une mobilité, a fortiori d’une mobilité longue.

Enfin, l’objectif de 50 000 apprentis en mobilité longue d’ici à 2020 doit être compléter d’une dimension qualitative La durée moyenne de séjours des apprentis actuels ne s’élève qu’à 28 jours. Il faudrait porter ce chiffre à une moyenne entre 6 mois et un an.

Colette MÉLOT : Plus globalement, eu égard au chômage actuel des jeunes, il faudrait intégrer totalement ce projet expérimental au programme Erasmus plus. C’est même tout le dispositif qu’il faudrait recentrer autour de l’apprentissage. L’objectif de 50 000 apprentis est une belle ambition mais ce n’est qu’un premier pas. Il faut dès à présent aller plus loin et mettre en place les conditions nécessaires afin que le dispositif puisse toucher un nombre de jeunes significatif. Il est d’autant plus nécessaire de marquer notre fort engagement en faveur de ce dispositif  que le contexte spécifique du Brexit rend incertains les financements futurs.
 

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Illustration © Sénat