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Trois questions aux auteurs du rapport "Pour une intelligence artificielle maîtrisée, utile et démystifiée"

Dernière mise à jour le 30 mars 2017
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Mercredi 29 mars 2017, Claude de GANAY, député, et Dominique GILLOT, sénatrice, ont présenté à la presse leur rapport d'information "Pour une intelligence artificielle maîtrisée, utile et démystifiée", fait au nom de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques.

Retour en trois questions avec les auteurs de ce rapport.

 

 

Conférence de presse (29 mars 2017)

 

Mercredi 29 mars 2017, Claude de GANAY, député, et Dominique GILLOT, sénatrice, ont présenté leur rapport d'information "Pour une intelligence artificielle maîtrisée, utile et démystifiée", fait au nom de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques.

Rencontre en vidéo avec les co-rapporteurs :

Trois questions à Claude de GANAY, député, et Dominique GILLOT, sénatrice, auteurs du rapport d'information "Pour une intelligence artificielle maîtrisée, utile et démystifiée" (29 mars 2017)

 

Qu'est-ce que l’intelligence artificielle ? Ce concept est-il satisfaisant ?


L’intelligence artificielle renvoie à des technologies multiples qui reposent sur l’utilisation d’algorithmes. Le concept d’intelligence artificielle a été inventé en 1956 lors d’une école d’été à l’université américaine de Dartmouth, au terme de laquelle les participants ont affirmé que "chaque aspect de l’apprentissage ou toute autre caractéristique de l’intelligence peut être si précisément décrit qu’une machine peut être conçue pour le simuler". Le choix de ce mot serait largement dû à la quête de visibilité de ce nouveau champ de recherche : parler d’intelligence artificielle a pu apparaître comme plus séduisant que de parler des "sciences et des technologies du traitement de l’information".

Tandis que l’informatique classique traite plutôt de questions résolues par des algorithmes connus, l’intelligence artificielle s’intéresse davantage à des problèmes plus complexes. Le paradoxe résultant de cette définition est le suivant : dès que le problème a été résolu par une technologie dite d’intelligence artificielle, l’activité correspondante n’est plus considérée comme une preuve d’intelligence de la machine. Les cas connus de systèmes dotés de la capacité à jouer à des jeux, par exemple les échecs, illustrent ce phénomène. En outre, le terme d’intelligence artificielle peut évoquer, à tort, une forme d’intelligence concurrençant l’intelligence humaine, pourtant l’intelligence artificielle ne remplace pas l’homme, elle augmente son intelligence : il s’agit d’outils capables d’élargir nos capacités cognitives, il serait donc au fond plus juste de parler d’intelligence augmentée plutôt que d’intelligence artificielle.

 

Quels sont les principaux défis posés par les technologies d’intelligence artificielle ? Faut-il démystifier ces technologies ?

Les applications de l’intelligence artificielle, présentes ou futures, sont d’envergure considérable, que l’on pense par exemple à l’éducation, à l’environnement, à l’énergie, aux transports, à l’aéronautique, à l’agriculture, au commerce, à la finance, à la défense, à la sécurité, à la sécurité informatique, à la communication, aux loisirs, à la santé, à la dépendance ou, encore, au handicap. Ces technologies, dont les combinaisons sont en évolution constante, ouvrent un espace d’opportunités inédit, à même de révolutionner notre cadre de vie et l’aide aux personnes. Leurs enjeux multiples, à la fois éthiques, juridiques, économiques, sociaux et scientifiques, concernent par exemple la place prépondérante de la recherche privée, dominée par les entreprises américaines et, potentiellement, chinoises, l’accélération du passage à une économie globalisée dominée par des « plateformes », les transformations du marché du travail, les régimes de responsabilité, les biais et les problèmes posés par les données et les algorithmes, le phénomène de "boîtes noires" des algorithmes et la question des "bulles d’information"…

Les progrès en intelligence artificielle sont d’abord et avant tout bénéfiques. Ils comportent aussi des risques, qui peuvent et doivent être identifiés, anticipés et maîtrisés. L’avènement d’une super-intelligence ne fait pas partie de ces risques à court et moyen terme. À long terme, la réalité de cette menace n’est pas certaine. Quant à son imminence à court ou moyen terme, elle relève de visions catastrophistes sans fondement. L’essor des technologies d’intelligence reste soumis à une contrainte d’acceptabilité sociale assez forte sous l’effet de représentations souvent alarmistes : l’intelligence artificielle doit être démystifiée et la multiplication de ses usages s'accompagner de la prise en compte de règles éthiques.

 

  Comment maîtriser ces technologies d’intelligence artificielle ? Comment les rendre utiles et au service de l’homme et des valeurs humanistes ?

Maîtriser ces technologies d’intelligence artificielle implique de favoriser des algorithmes et des robots les plus sûrs, les plus transparents et les plus justes possibles. Cependant il faut se garder d’une contrainte juridique trop forte sur la recherche en intelligence artificielle, qui gagnerait à être davantage européenne, voire internationale, que nationale. Il convient de confier à un institut national de l’éthique de l’intelligence artificielle et de la robotique un rôle d’animation du débat public sur les principes éthiques qui doivent encadrer ces technologies et d’assurer une meilleure formation à l’éthique de l’intelligence artificielle et de la robotique dans les cursus spécialisés de l’enseignement supérieur. Par ailleurs, l’élargissement de l’offre de formation à ces technologies dans ce dernier ainsi que la création – en France - d’au moins un pôle d’excellence international interdisciplinaire en intelligence artificielle et en robotique sont souhaitables.

Pour ce qui concerne les transformations du marché du travail sous l’effet de l’intelligence artificielle et de la robotique, il s’agit de les accompagner en menant une politique de formation continue ambitieuse visant à s’adapter aux exigences de requalification et d’amélioration des compétences. Afin de mettre ces technologies au service de l’homme, il serait pertinent de redonner une place essentielle à la recherche fondamentale, de revaloriser la place de la recherche publique par rapport à la recherche privée et, enfin, d’orienter les investissements dans la recherche vers l’utilité sociale des découvertes. La mobilisation de moyens à l’échelle européenne devrait, enfin, viser la constitution de "champions européens" en intelligence artificielle et en robotique, ce qui profiterait avantageusement à la mise en œuvre d’une intelligence artificielle conforme à nos valeurs humanistes.