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Relations entre l’Union européenne et Israël et les territoires palestiniens

Dernière mise à jour le 17 juillet 2018
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Jeudi 12 juillet 2018, Simon SUTOUR a présenté son rapport d'information sur "Les relations entre l'Union européenne et Israël et les Territoires palestiniens" devant la commission des affaires européennes.

Retour en 3 questions avec l'auteur de ce rapport

 

 

Trois questions à Simon SUTOUR auteur d'un rapport d'information sur "Les relations entre l'Union européenne et Israël et les Territoires palestiniens" (12 juillet 2018)

 

 Quelle est la nature de la relation entre l’Union européenne et Israël ?

 

Les relations entre l’Union européenne et Israël sont à analyser sous plusieurs angles. Le premier, historique et philosophique, nous conduit à considérer ce pays comme un allié naturel au Proche-Orient, incitant l’Union européenne à développer avec lui un partenariat privilégié et avancé.

Le deuxième angle, celui de la coopération économique et scientifique, vient confirmer cette logique de renforcement inéluctable des liens. L’accord d’association signé entre l’Union européenne et Israël en 1995 peut à ce titre s’apparenter à une première étape. Cet accord, sur le modèle de ceux mis en place avec d’autres pays de la rive sud de la Méditerranée illustre l’importance des échanges commerciaux entre l’État hébreu et l’Union européenne. Celle-ci est, devant les États-Unis, le premier partenaire commercial d’Israël. 34 % des exportations israéliennes sont dirigées vers l’Union européenne alors que 43 % des importations israéliennes proviennent de l’Union européenne. La coopération scientifique est, quant à elle, matérialisée par la participation d'Israël au programme Horizon 2020. Le pays pilote aujourd’hui 846 projets, financés par l’Union européenne à hauteur de 592,9 millions d’euros – soit près de 2 % des crédits accordés à l’échelle européenne.

Le troisième prisme pour analyser la relation Union européenne – Israël est, bien évidemment, celui du conflit israélo-palestinien. Il vient troubler une perception jusqu’ici positive. Les valeurs défendues par l’Union européenne, au premier rang desquelles le respect du droit international, et son souhait de s’affirmer comme un acteur politique dans la région se heurtent logiquement à l’intransigeance de l’État hébreu, plus enclin à s’appuyer sur les États-Unis. En découle une relation complexe, paradoxale par moments, où les succès de la coopération sur les terrains économique et scientifique contrastent avec un discours politique plus sévère, gelant toute perspective d’approfondissement.

Une nouvelle étape de la coopération entre l’Union européenne et Israël aurait dû être franchie avec l’octroi à Israël d’un statut privilégié. Une annonce est intervenue en ce sens en 2008. L’opération Plomb durci début 2009 a remis en cause cette option. L’association est aujourd’hui à l’arrêt, le conseil d’association Union européenne-Israël ne s’est en effet plus réuni depuis 2012. L’Union européenne souhaite désormais comme préalable une reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens en vue de la concrétisation de la solution aux deux Etats. Serait alors mis un partenariat spécial privilégié à Israël ainsi qu’au futur État de Palestine.  Le dispositif comprendrait notamment un accès accru aux marchés européens, le resserrement des liens dans les domaines culturel et scientifique, des échanges et des investissements facilités, ainsi qu'une promotion des relations entre entreprises. 

 

Existe-t-il un partenariat similaire avec les Territoires palestiniens ?

 

Un accord intérimaire d’association a été signé avec l’Autorité palestinienne 1997. Ses objectifs correspondent à ceux développés avec les autres pays de la rive Sud de la Méditerranée même si, pour l’heure, la priorité européenne va au soutien financier. L’aide annuelle a ainsi atteint environ 357 millions d’euros en 2017. L’Autorité palestinienne est aujourd’hui le premier bénéficiaire de la politique de voisinage dans la région.

Les financements sont orientés vers l’assistance aux réfugiés palestiniens, la consolidation de l’Autorité palestinienne et le développement du secteur privé. Cette logique de subvention peine cependant à se transformer en un véritable partenariat, autour de priorités préalablement définies.

Pour aller plus loin, l’Union européenne souhaite comme pour Israël que les négociations reprennent.  Nous sommes là aussi face à une situation de blocage. La  logique de conditionnalité à première vue vertueuse s’avère in fine contreproductive. L’État hébreu ne considère plus aujourd’hui l’Union européenne comme un partenaire politique. Cette logique contribue également à générer au sein de l’Autorité palestinienne une sensation d’incompréhension sur les intentions de l’Union européenne au risque de relativiser son aide et fragiliser sa crédibilité.

 

Quelle position doit désormais adopter l’Union européenne ?

 

L’Union européenne a révisé, en décembre 2015, les critères définissant sa politique de voisinage. Cette réorientation doit permettre de mieux diffuser les valeurs européennes tout en défendant les intérêts de l'Union européenne. Cette révision de la stratégie globale implique une nouvelle approche des relations bilatérales entre l'Union européenne et chacun de ses partenaires méditerranéens. L’Union européenne a su ainsi réévaluer ses relations avec la plupart des pays du bassin méditerranéen en élaborant avec eux de nouvelles priorités de partenariat. Il est aujourd’hui regrettable que ce travail n’ait même pas été entamé avec Israël et les Territoires palestiniens.

Il conviendrait d’adopter une position moins incantatoire sur la question du conflit israélo-palestinien. J’ai relevé que la Haute représentante avait publié 238 communiqués depuis 2014 sur ce sujet. C’est presque autant que pour toute l’Afrique sur la même période. Le message porté doit aujourd’hui être réévalué à l’aune de plusieurs éléments : les difficultés à faire émerger une relève politique au sein de l’Autorité palestinienne, la volonté, au sein de celle-ci, de trouver un compromis viable intégrant notamment la démilitarisation du futur État, mais aussi le caractère durable voire structurant des colonies dans certaines parties des territoires palestiniens : 30 000 Palestiniens travaillent au sein d’entre elles. L’action de l’Union européenne pourrait ainsi se concentrer sur quelques points clés, en particulier le statut de Jérusalem et le maintien au sein de cette ville de son caractère palestinien ou le rôle des colonies dans un futur État palestinien.

Cette nouvelle approche permettrait, en outre, de mieux rendre compte de la diversité des points de vue sur le conflit au sein même du Conseil. Israël connaît les divisions et en joue, en se rapprochant notamment du groupe de Višegrad. Le gouvernement palestinien observe d’ailleurs avec inquiétude les divisions au Conseil sur la question du conflit, craignant notamment un alignement des positions de certains Etats membres sur les positions américaines.

Israël et les Territoires palestiniens doivent avoir un traitement séparé au niveau européen. Celui-ci ne remet pas en cause l’objectif initial de trouver une solution au conflit les opposant. L’Union européenne doit à cet effet faire jouer à plein la dimension régionale en resserrant ses partenariats avec les organisations et les pays voisins de façon à faciliter la relance du dialogue et répondre concrètement aux défis posés. C’est aussi le sens de la politique de voisinage.

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Photo ©  Wikipedia - Ssolbergj