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Questions à Antoine KARAM, rapporteur du groupe de travail sur l'enseignement agricole

Dernière mise à jour le 9 juin 2020
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Afin de suivre la gestion de la crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19, la commission de la culture, de l'éducation et de la communication a mis en place plusieurs groupes de travail. L'un d'eux s'est intéressé aux conséquences de la crise sur le secteur de l'enseignement agricole.

Retour en trois questions avec Antoine KARAM, rapporteur du groupe de travail sur l'enseignement agricole

       

 

 

 Trois questions à Antoine KARAM, rapporteur du groupe de travail "Enseignement agricole" (9 juin 2020)

 

En quoi l'enseignement agricole est-il un atout ?

 

Véritable  pépite, l’enseignement agricole constitue pour les jeunes une filière de formation aux taux d’insertion professionnelle particulièrement enviables : le taux net d’emploi à trois ans après la fin de la formation initiale atteint 76 % chez les titulaires d’un CAP agricole, 82 % pour les titulaires d’un bac pro agricole et 90 % pour ceux titulaires d’un BTS agricole.

Surtout, les établissements de formation agricole sont des laboratoires d’innovation, ancrés dans les territoires et acteurs de la proximité. En effet, au titre des missions qui leur ont été confiées par la loi, ils participent à l’animation et aux développements des territoires, ainsi qu’aux activités de développement, d’expérimentation et d’innovation agricoles et agroalimentaires. Ainsi, un certain nombre d’établissements d’enseignement agricole proposent des activités annexes : crèches annexées aux établissements de formation, exploitations agricoles, magasins permettant la vente des productions locales en circuit court, structures et plateaux techniques mis à dispositions des producteurs locaux,…

L’enseignement agricole est à la croisée de grands enjeux : l’environnement, l’alimentation ou encore le bien-être animal. A ce titre, il a vocation à devenir un vecteur de développement endogène pour les territoires.

 

 Quels sont les principaux constats du groupe de travail ?

 

Malgré la très forte mobilisation de la communauté éducative des « trois familles de l’enseignement agricole » (lycées agricoles publics, lycées agricoles privés sous contrat, maisons familiales rurales) pour maintenir la continuité pédagogique pendant la période de confinement, les apprentissages ont été fortement touchés. En effet, certaines matières techniques, d’atelier ou sur machine, se prêtent mal à des cours en ligne. Par ailleurs, le projet pédagogique de l’enseignement agricole accorde aux stages et formations en milieu professionnel un poids particulièrement important. Ainsi, les élèves en bac professionnel agricole doivent passer entre 18 et 22 semaines en formation en entreprise. Certes, le ministère a indiqué qu’aucun élève ne serait pénalisé dans la validation de son cursus parce qu’il n’aurait pas pu effectuer les périodes obligatoires de formation en entreprise. Mais ces périodes représentent également un moment privilégié dans la formation de l’apprenant afin de mettre en pratique ses apprentissages et de renforcer son employabilité. Le confinement a donc généré de nombreuses inquiétudes chez les élèves et leurs familles.

Par ailleurs, les conséquences sont aussi financières. Le ministère de l’agriculture estime à une centaine de millions d’euros les pertes financières pour les établissements de formation agricole. Or, avant même le début de la crise de Covid-19, 46 % des EPLEFPA étaient en 2017 dans une situation financière d’alerte ou de vigilance forte
Enfin, après plus de 10 années consécutives de baisse des effectifs, la rentrée 2019 avait été marquée par un rebond, avec 3 000 inscriptions supplémentaires. Or, cette dynamique risque d’être stoppée nette. Alors que cet enseignement reste mal connu, de nombreuses journées portes ouvertes n’ont pas pu se tenir, et le travail d’information qui a souvent lieu au moment des conseils de classe de deuxième et troisième trimestres s’est fait dans des conditions dégradées.

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 Quelles sont les principales propositions du groupe de travail ?

 

Il s’agit tout d’abord de préparer la réouverture des établissements d’enseignement en concertation avec tous les acteurs locaux, notamment les collectivités territoriales. En effet, près de 50 % des apprenants de l’enseignement agricole sont internes, contre 10 % dans l’éducation nationale. Reprendre les cours sans internat, transport et restauration scolaires n’aurait aucun sens ! En outre, il faut dès à présent préparer la rentrée 2020 : proposer aux élèves un soutien scolaire, en leur permettant par exemple de pouvoir bénéficier d’un dispositif "école ouverte" mutualisé avec l’éducation nationale, ou encore en revoyant le schéma prévisionnel d’emploi pluriannuel qui prévoit entre 2019 et 2022 la suppression de 300 ETP.

Enfin, nous préconisons un développement du statut de scolaire apprenant et alternant. En effet, un certain nombre de jeunes risquent d’être confrontés à des difficultés pour trouver un apprentissage ou un stage en alternance, en raison de la crise économique qui va toucher les TPE et les PME. Or, en tant que le contrat n’est pas signé, l’élève ne peut pas commencer sa formation, y compris la partie scolaire. Le statut de scolaire alternant permet à l’élève de commencer sa formation dans un établissement d’enseignement, en attendant de trouver une entreprise prête à l’accueillir. Il ne s’agit là que de quelques-unes des 10 préconisations du groupe de travail transpartisan mis en place au sein de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication.

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