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Les musées du Luxembourg depuis 1750


 

En entrant dans l’Annexe, le visiteur remarque, sur le meuble central, un buste d’Anatole France (par Jo Davidson, 1883-1952), qui témoigne du passage de l’écrivain à la Bibliothèque du Sénat. Il y a été fonctionnaire de 1876 à 1890. Auteur d’une œuvre considérable –notamment Les poèmes dorés (1873), Les noces corinthiennes (1876), Le crime de Sylvestre Bonnard (1881), Thaïs (1890), La rôtisserie de la reine Pédauque (1893), Le lys rouge (1894), Crainquebille (1902), Les dieux ont soif (1912), La révolte des anges (1914)- il entra à l’Académie française en 1896 et reçut le prix Nobel de littérature en 1921.

 La Bibliothèque du Sénat a compté plusieurs personnalités éminentes parmi les membres de son personnel, en particulier sous le Second Empire et le début de la IIIème République. Comme l’a dit un vice-président du Sénat dans un discours prononcé en 1934 : " Le Sénat est fier d’avoir ouvert un asile tutélaire à des débutants chargés de promesses ou à des vétérans chargés de lauriers. Il s’enorgueillit d’avoir abrité la claire érudition d’Albert Sorel et le cœur sensible de François Coppée, l’ironie nuancée d’Anatole France et la haute pensée de Leconte de Lisle. ".

Dans un amusant petit ouvrage, " Les poètes assis ", Claude-Louis a brossé un portrait de ces écrivains-bibliothécaires. Parlant d’Anatole France, il dit : " L’immense érudition de France, son amour des livres, la douceur de son commerce en eussent fait un bibliothécaire idéal, si le milieu s’y fût prêté. Mais il s’aperçut immédiatement que ses collègues entendaient
 
rejeter sur lui toute la besogne effective et le traiter avec condescendance car sa naissante réputation ne leur semblait pas balancer leur renommée. France, conscient de son mérite, voulait bien travailler s’ils travaillaient ; mais il voulait, avec plus d’énergie encore, ne pas travailler s’ils se reposaient sur leurs lauriers […] ".
 A ce propos, Claude-Louis note avec quelque ironie : " Lacaussade et Ratisbonne avaient des titres de bibliothécaires, Leconte de Lisle celui de sous-bibliothécaire, et Anatole France celui, plus inférieur encore, de commis-surveillant. C’est à peu près le rang inverse de celui qu’ils occupent dans la hiérarchie littéraire, de là, une source intarissable de conflits ".