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LA LIBERTÉ RETROUVÉE, LA SOUVERAINETÉ RESTAURÉE



 

2) Les débats

Malgré ces deux nominations, le débat sur le droit de vote des femmes reste vif. En cette fin d'année 1943, la commission de la législation et de la réforme de l'Etat de l'Assemblée consultative provisoire est chargée d'examiner les propositions d'organisation des élections à la future Assemblée constituante. L'économiste François de Menthon vient présenter les propositions du Comité français de libération nationale, parmi lesquelles figure le vote des femmes.

Le président de la commission, Paul Giacobbi, intervient aussitôt : « Pensez-vous qu'il soit très sage dans une période aussi troublée que celle que nous allons traverser de nous lancer ex abrupto dans l'aventure que constitue le suffrage des femmes ? »

Les arguments sont identiques à ceux invoqués en 1922 et 1932. Selon eux, l'immense majorité des femmes ne serait pas intéressée par la politique, préférant parler mode et ménage. Leur dangereuse intrusion dans la vie publique risquerait de faire grandir la place de l'Eglise. 

Paul Giaccobi

De plus, la descente dans l'arène politique engendrerait une perte de valeur morale. Non seulement les femmes se dévaloriseraient dans cet exercice, mais elles pourraient ensuite réclamer d'autres droits qui mettraient en cause la famille et le mariage. Malgré ces objections virulentes, la commission retient à l'unanimité, moins une voix, le principe du vote des femmes, en différant son application au retour des prisonniers dans leurs foyers. Pour les élections locales, la commission admet l'éligibilité des femmes en la différant également, mais leur refuse le droit de vote.  

En mars 1944, le texte issu des travaux de la commission est discuté en assemblée plénière. Trois hommes vont défendre la cause des femmes : Robert Prigent, Fernand Grenier et Louis Vallon.

Robert Prigent, syndicaliste chrétien, membre du parti démocrate populaire, dépose un amendement pour modifier l'article 1er qui retarde l'extension du droit de vote aux femmes et réserve aux seuls hommes l'élection de l'Assemblée constituante :

« Quand il s'agit de jeter les femmes dans le creuset de la guerre, est-ce que nous attendons ? Sera-t-il dit toujours que l'on exigera de nos compagnes l'égalité devant l'effort de la peine, devant le sacrifice et le courage, jusque devant la mort sur le champ de bataille et que nous mettrons des réticences au moment d'affirmer cette égalité ? »

Son amendement est adopté : les femmes pourront participer à l'élection de l'Assemblée constituante.

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