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MICHEL DEBRÉ (1912-1996)

Trois ans plus tard, au sujet de l'Organisation européenne de l'énergie atomique (Euratom), il s'oppose à ce que la France abandonne ses droits en matière d'armement atomique, craignant de retomber dans les travers de la CED avortée : « Ne recommençons pas, par une nouvelle Communauté européenne de défense, par une nouvelle idéologie impossible à comprendre, le drame national que nous avons vécu ces dernières années ». « L'intérêt de la France , c'est de ne pas faire d'abandons gratuits ; nous avons le droit d'être armés ; nous avons le droit d'avoir une défense nationale moderne ».

Le temps qu'il consacre aux grands thèmes européens n'empêche pas Michel Debré de s'intéresser au fonctionnement des institutions françaises. En 1951, à l'occasion de la discussion d'une résolution décidant la révision de certains articles de la Constitution , il dénonce avec force les institutions de la IVe République. « La faute du constituant de 1946, lance-t-il à la tribune du Sénat, est claire : au lieu de réagir contre les déformations que le temps avait apportées aux lois de 1875, il les accentue, il leur a donné un caractère constitutionnel, il a voulu les rendre définitives ! » Pour mettre un terme à cette « anarchie », il prône une réforme électorale, le rétablissement de l'exécutif et un rééquilibrage des pouvoirs entre l'Assemblée nationale et le Conseil de la République.

Réélu sénateur d'Indre-et-Loire, le 19 juin 1955, il dénonce la politique du Gouvernement en Algérie, au Maroc et en Tunisie. Au sujet de l'Algérie, lorsque le Gouvernement demande les pouvoirs spéciaux, le 15 mars 1956, Michel Debré considère que la priorité devrait être donnée à la définition d'une politique d'ensemble en Afrique du Nord : « Vous demandez les pouvoirs spéciaux - vous avez raison de les demander - mais comment allez-vous faire face au problème militaire dans les semaines qui viennent ? Quelle est l'unité de votre politique ? [...] Ce n'est pas le vote des pouvoirs spéciaux qui nous rassure totalement. On a tant voté de pouvoirs spéciaux depuis tant d'années et les résultats ont toujours été si décevants ! Ce que la France attend, c'est une politique. Seul aura droit au nom de Gouvernement le ministère qui aura le courage de le comprendre, de le dire et de le faire ».

 Trois mois plus tard, il dénonce la perte d'influence de la France en Afrique du Nord. Il perçoit cette situation comme une menace pour la liberté dans cette région du monde et propose trois solutions « pour remonter la pente » : « il faut d'abord - c'est la première condition - retrouver le sens de l'État et de l'honneur français. Il faut, ensuite, définir et appliquer une politique cohérente à toute l'Afrique. Il faut, enfin, préparer avec soin, rigueur et patriotisme, les rapports juridiques à venir entre le Maroc et la Tunisie , d'un côté, et la France , de l'autre ».  

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