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ALAIN POHER (1909-1996)

En 1968, dans un contexte de tension entre le Gouvernement et la Haute Assemblée , le Sénat se cherche un président et porte son choix sur un homme connu pour son esprit de conciliation. Bien que non candidat initialement, Alain Poher, élu selon ses propres termes à la suite d'une bataille qu'il n'a ni voulue ni cherchée, occupera ce fauteuil pendant 24 années qu'il va consacrer à revaloriser le Sénat et lui faire retrouver toute sa place de seconde chambre du Parlement au sein des institutions de la Ve République. Face au général de Gaulle résolu à réduire le Sénat à un rôle purement consultatif par le biais d'un référendum portant également sur la régionalisation, Alain Poher devient le chef de file de l'opposition et les Français découvrent sur leurs écrans télévisés un homme fermement décidé à défendre l'assemblée qu'il préside. Le 2 avril 1969, sous les applaudissements des sénateurs, il conteste la légitimité de la procédure référendaire ainsi que l'information partiale des émissions de l'ORTF et annonce son intention d'aller dans différentes villes de France « exposer ce que le président du Sénat pense des textes qui nous seront présentés » tout en invitant ses collègues à faire de même : «  Je souhaite vivement, mes chers collègues, que vous le fassiez vous-mêmes dans vos départements et que vous vous sentiez comme mobilisés au service de la France car c'est d'elle qu'il s'agit en définitive et de rien d'autre ». 

De retour au Palais du Luxembourg après l'intérim présidentiel qui a suivi l'échec du référendum et la démission du général de Gaulle, le 27 avril 1969, Alain Poher s'emploie avec succès à renouer des rapports harmonieux avec le pouvoir exécutif. Il reçoit le Président Pompidou au Petit-Luxembourg, et les ministres, qui avaient déserté l'hémicycle, reprennent leur place sur les bancs du Gouvernement. Alain Poher définit ainsi sa vision du rôle du Sénat : « Pour moi, le rôle du Sénat n'est pas d'applaudir par principe ce qui lui est proposé par le Gouvernement, quel que soit celui-ci d'ailleurs, ni de pratiquer non plus une opposition systématique. Le Sénat doit être un censeur vigilant, indépendant et objectif, et poser en quelque sorte au pouvoir exécutif une interrogation permanente ». C'est dans cet esprit qu'à l'occasion de la loi complétant la loi sur les associations de 1901 il use pour la première fois dans l'histoire de la Ve République de son droit personnel de saisine. Le 16 juillet 1971 le Conseil constitutionnel lui donne raison en s'appuyant sur le préambule de la Constitution qui réaffirme « les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République  ». Cette décision revêt un caractère historique car elle va favoriser le développement d'une importante jurisprudence constitutionnelle protectrice des libertés. 

Sous sa présidence, les commissions d'enquête et de contrôle ainsi que les missions d'information se développent et le contrôle de l'application des lois est organisé. Le nombre de projets déposés en première lecture sur le bureau de la Haute Assemblée augmente. Face à l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, Alain Poher préfère au combat une attitude d'opposition constructive, notamment par l'instauration des questions au Gouvernement. En 1984 le parti pris d'Alain Poher de dialoguer avec le Gouvernement sans rien renier de ses convictions et de ses valeurs se manifeste à l'occasion du projet de loi relatif à l'enseignement privé, la « loi Savary », qui soulève de vives protestations dans l'opinion.
Sous l'impulsion d'Alain Poher, le Sénat se modernise et se développe tout en s'ouvrant sur le monde extérieur. Cette volonté de transparence se traduit, entre autres, par la création d'une division de l'information, devenue service de la communication en 1991, chargée de «  situer à l'attention du pays l'importance et l'utilité des travaux du Sénat ». Conscient de l'enjeu essentiel de l'utilisation des techniques les plus évoluées dans le domaine de l'information pour l'accomplissement des missions du Sénat, Alain Poher développe l'informatique documentaire. Une politique de grands travaux menée à partir de 1975 permet au Sénat de doubler la surface totale de ses locaux et à chaque sénateur de disposer d'un bureau. Pour répondre aux besoins des sénateurs, une division des renseignements ayant vocation à accueillir les questions posées par les parlementaires dans le cadre de leur mandat est mise en place. Une division des collectivités locales est également créée, illustrant ainsi l'intérêt que le Sénat porte aux problèmes spécifiques de celles dont il est le représentant constitutionnel.


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