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La Grande guerre vue des commissions du Sénat : Les début de l'armée indigène

 


Les campagnes d'engagement volontaire de soldats de l'Afrique occidentale française, renforcées à partir de 1910 par le colonel MANGIN, ne suffisent plus à combler les pertes sur le front cinq ans plus tard. Le 28 septembre 1915, Henry BERENGER, sénateur de la Guadeloupe, présente à la commission un rapport sur une proposition de loi tendant à soumettre aux obligations militaires les Sénégalais des communes de plein exercice. Le recrutement permettra de « mettre fin à un état des choses qui mécontentait fort les noirs citoyens français du Sénégal ; ceux-ci ne se voyant pas soumis à la loi militaire française en concluaient que les blancs ne voulaient pas qu'ils fussent soldats avec eux ».

Cette proposition de loi est l'amorce d'une démarche de recrutement à l'échelle des colonies françaises, bien plus ambitieuse, que le gouvernement met en œuvre dès octobre. Si le décret du 9 octobre généralise le principe de l'engagement volontaire, la commission s'émeut de la méthode du recrutement par voie d'appel, qui a cours jusqu'alors.
Fin décembre 1915, une nouvelle audition de Gaston DOUMERGUE, suivie de celle des généraux ARCHINARD et PENNEQUIN le 4 janvier 1916, souligne les difficultés de recrutement, liées principalement à la résistance de la population et à l'inaptitude physique des hommes. Le matériel arrive tard et les maladies pulmonaires affectent les soldats stationnés dans les camps d'instruction.

En parallèle, dès l'automne 1915, la pénurie de main-d'œuvre en métropole engage les sénateurs à organiser le recrutement destiné à l'industrie, essentiellement en Asie et en Afrique du Nord. Lors de la séance du 21 avril 1916, Henry BERENGER déclare que : « par armée indigène, nous n'avions pas seulement entendu le service armé, mais aussi les services auxiliaires de l'armée et les services des usines de guerre : des soldats de choc ; des travailleurs auxiliaires pour le génie, l'intendance, l'aviation et les autres services de l'armée ; des travailleurs pour les usines de guerre avec contrat civil ou militarisé suivant diverses formes qui étaient à envisager. » La commission interministérielle de la main-d'œuvre coordonne l'embauche de ces ouvriers, pour qui « les lois ouvrières françaises seront entièrement applicables ».

Les objectifs de recrutement militaire et de main-d'œuvre sont atteints en avril. 200 000 hommes sont attendus en métropole pour l'été 1916, dont les 2/3 partiront au front.

Le principe de la participation des colonies à l'effort de guerre n'est pas discuté par les sénateurs. Néanmoins, Henry BERENGER est l'un des premiers à nourrir la réflexion sur les conséquences de cette mobilisation, sur « la dette de la métropole vis-à-vis des colonies » et sur les « devoirs sacrés » contractés envers ces hommes et ces femmes.