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28 octobre 1859 : L'HEMICYCLE S'ENFLAMME

 




M. Daveluy, conservateur du mobilier et régisseur du Palais, est le plus prolixe. Il dépeint son rôle modeste durant la nuit, « n'ayant, par la nature de mes attributions, rien de particulier à faire ou ordonner ». Il ignore comment est nettoyé le lustre, décline toute responsabilité dans les négligences relevées par le marquis d'Hautpoul

Demande : Que savez-vous de l'incendie qui, dans la nuit du 27 au 28, a détruit la salle des séances ?
Réponse : Eveillé vers 1 heure Ÿ par les cris au feu ! au feu ! je me suis dirigé vers le foyer de l'incendie. J'ai été témoin des diverses phases, mais sans prendre aucune part spéciale dans l'organisation des secours, aidant au même titre que les autres personnes présentes, et n'ayant, par la nature de mes attributions, rien de particulier à faire ou ordonner. Il faut noter toutefois la part que j'ai dû prendre, dans les pièces et galeries du rez-de-chaussée du Palais. Spécialement à la distribution du vin, liqueurs, pain aux hommes fatigués et épuisés.

Demande : Le service des lampistes est dans vos attributions. Le nettoyage du grand lustre leur est départi. Comment cette opération se fait-elle ?
Réponse : J'ignore le détail de l'opération de nettoyage du grand lustre, confié aux deux lampistes. Je m'occupais du lustre seulement trois ou quatre jours avant l'ouverture du Sénat. J'allais alors, assisté de l'inspecteur des bâtiments, ou de l'architecte adjoint, faire allumer le lustre, afin de surveiller surtout la manœuvre, et de voir si tout était en bon état et fonctionnait bien. Briet et les deux lampistes étaient en haut au-dessus du lustre, avec les deux hommes de service désignés pour aider à la manœuvre.

Demande : Une autre opération avait de l'importance : celle de changer les vieilles huiles restées dans les récipients contre des huiles nouvelles. C'était enfin le nettoyage du lustre. Comment cela se faisait-il ?
Réponse : Une fois la session terminée, les huiles ont été enlevées (dépotées) et elles ont été livrées plus tard au fournisseur pour être épurée. J'ignore comment se faisait le nettoyage. Les détails de cette opération me sont étrangers.

Demande : Puisque vous ne vous occupez pas de cette opération, qui cependant avait son importance, qui aviez-vous désigné pour la surveiller ?
Réponse : J'avais confié cette surveillance au Sieur Briet.

Demande : Remarquez que cette surveillance a pour objet deux points bien distincts, l'un consistant dans la manipulation de l'huile et des mèches, objets de consommation, l'autre en une surveillance incessante au point de vue de la sécurité, pour empêcher surtout que les hommes puissent fumer ou porter du feu dans la salle dite du lustre. Savez-vous si cette surveillance a été exercée à ce double point de vue ?
Réponse : Cette première partie du service, consistant à recevoir les matières à surveiller, la consommation des huiles, des mèches, et même à connaître le nombre des becs, regardait plus particulièrement le sieur Séguin, qui tenait un état de cette consommation, comme faisait autrefois le né Chabrier. Quant à la surveillance proprement dite du service et du travail des lampistes, le Sieur Briet en était exclusivement chargé et s'en acquittait avec zèle et activité.


Demande :
Lorsque le grand lustre devait être nettoyé, il était nécessaire de donner un supplément de linge aux lampistes. Comment cette opération se faisait-elle ?
Réponse : Les lampistes avaient toujours une certaine quantité de linge, suffisant à leur besogne roulante. Briet la leur faisait distribuer. Ils n'avaient pas souvent besoin d'un supplément de linge, si tant est que la quantité moyenne fût jamais insuffisante.

Demande : Est-il à votre connaissance qu'il existât dans la salle du lustre un dépôt de vieux linge ?
Réponse : J'ai appris accidentellement du Sieur Briet qu'un amas de chiffons gras recouverts d'un vieux tapis graisseux se trouvait dans une armoire avoisinant le lustre.

Demande : Il résulte de la déposition de la demoiselle Frezet, lingère, ainsi que de celle des lampistes, que le linge nécessaire soit pour le nettoyage des lampes, soit pour celui des lanternes et du lustre était fourni chaque semaine, que chaque lampiste avait en main, pour son service, 6 torchons, 3 serviettes et 2 tabliers, et que ces objets, lorsqu'ils étaient sales, étaient rendus à la lingère, qui en donnait des blancs. Les uns et les autres attestent qu'ils n'ont aucune connaissance de vieux linge qui aurait été déposé dans une armoire, près du grand lustre, et qu'ils ne s'en servaient jamais. Comment, dans votre pensée, pouvez-vous accorder ce fait avec l'assertion du Sieur Briet, qui atteste la présence de vieux chiffons dans une armoire ?
Réponse : Dans ces dépositions contradictoires, j'attache plus d'importance à l'assertion du Sieur Briet.

Demande : Comment se fait-il alors que le Sieur Briet, qui montre un zèle soutenu dans l'exercice de ses fonctions, ait pu porter une pareille négligence dans la surveillance de chiffons à l'état d'ordures, amassés, entassés pendant de longues années dans une armoire de la salle du lustre, lorsque surtout ils ne pouvaient être d'aucune utilité, les lampistes ayant déclaré ne s'en être jamais servi.
Réponse : Je l'explique par une omission du Sieur Briet, omission à laquelle il n'attachait aucune importance, j'en ai la conviction, n'en prévoyant pas les conséquences dangereuses.

Demande : A quelle époque les derniers travaux du lustre ont-ils été terminés ?
Réponse : J'ai su par Briet qu'ils ont été terminés le lundi avant l'incendie.

Demande : Avez-vous connaissance que le Sieur Alexandre ait transporté dans la salle du lustre un réchaud devant servir à l'opération du nettoyage du lustre ?
Réponse : J'ai su que Briet avait donné un nouveau réchaud à cette occasion, l'ancien était en trop mauvais état pour servir désormais.

Demande : Deux escaliers conduisent de la galerie inférieure à la salle du lustre ; l'autre aboutissant à l'atelier du Sieur Simon, chauffeur du calorifère, est constamment ouvert, de sorte que toutes les personnes qui connaissent les êtres pouvaient, à leurs volontés, monter à la salle du lustre. C'est là une négligence grave. Pourquoi en était-il ainsi ?
Réponse : J'ignorais qu'il en fût ainsi et que l'escalier aboutissant à l'atelier du chauffeur fût toujours ouvert.

Lecture faite, le comparant a signé.

Signé : L. Daveluy