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MUSIQUES, IMAGES ET PEINTURE


Les concerts du Musée du Luxembourg

C'est à l'occasion de l'exposition Raphaël, Grâce et Beauté que le Sénat a souhaité profiter du rassemblement exceptionnel d'oeuvres au Musée pour donner des concerts se rattachant directement au contexte musical des oeuvres exposées et d'en tirer des enregistrements de très grande qualité, disponibles dans le commerce.


Concert d'inauguration de l'exposition Botticelli :

Le Sénat aura l'unique opportunité, grâce au concours de l'ensemble « Les cours européennes » et aux recherches de M. Gaël de Kerret, qui dirigera un choeur de cinq interprètes accompagnés au luth, de faire entendre la musique au temps de Botticelli, dont il n'existe à ce jour aucun enregistrement. Les morceaux choisis présentent un très vif intérêt musicologique : ils sont à l'origine de la musique italienne et très proches de la musique populaire (cf. texte de M. de Kerret) et de la littérature (Pétrarque, Politien...) 

Le concert sera enregistré sous forme de CD en partenariat avec les productions Saphir, et repris dans le DVD de l'exposition en vente à la librairie.

« La musique italienne cherche sa voix »
Passionnante période qui voit en ce début du quinzième siècle l'école bourguignonne, autrement dit la musique franco-flamande toute puissante en Europe et donc en Italie, les compositeurs voyagent et l'Ars Nova de Guillaume Dufay et les fabuleuses constructions intellectuelles et sévères des pièces religieuses d'Ockeghem s'imposent à tous. Quelques temps avant la naissance de Botticelli, Dufay écrira un motet fameux sur les proportions du Duomo de Florence.

Mais la puissance économique de cette ville (le florin est monnaie internationale) ne pouvait s'accorder d'une musique qui n'était pas la sienne. 

La suprématie linguistique d'un Dante Alighieri, d'un Boccace et du florentin Pétrarque non plus.

C'est dans cette "absence" musicale cruelle que les compositeurs cherchèrent en eux-mêmes la musique de leur culture. Ils perfectionnèrent alors des formes musicales déjà existantes au plus profond du peuple italien: ce sont les Frottole, Strombotte, Villotte et autres canti carnascialeschi. Certes elles sont musiques simples, populaires, et sans contrepoint. Mais si l'on ajoute que c'est à partir d'elles que l'on a créé le madrigal, puis les airs "a voce sola", puis les airs d'opéra, on comprendra alors pourquoi les Italiens aiment les ouvrages lyriques et pourquoi les chœurs de Verdi ont soutenu les combats en faveur de l'unité de l'Italie. Les compositeurs ont trouvé la musique de leur peuple. Le programme de notre concert fera donc revivre cette naissance de la musique italienne.

Les caractéristiques de ces œuvres sont claires. Comme l'écrit un éditeur de musique en 1526, "incredibile sarà la iocundità del animo e la voluptà de li sensi". Les savantes constructions musicales laissent la place à l'émotion créée par le texte. Tous les grands poètes écrivent pour les Frottole et expriment enfin la sensualité italienne et les sentiments humains. Bien sûr Pétrarque, mais aussi Poliziano qui commenta par ailleurs Le Printemps de Botticelli. Ce "printemps" dont le langage visuel est si peu latin mais reflète l'italianité des sonnets de Pétrarque. 

C'est cette musique qu'a connue Botticelli et principalement celle de Heinrich Isaac, composant et chantant pour "la gloire de Florence", dont le mariage avec une florentine fut arrangé par Laurent le Magnifique. C'est le temps de La naissance de Vénus de Botticelli.

Laurent de Médicis lui-même écrit en dialecte florentin comme pour appuyer de manière redondante la force de la ville. Il réhabilite les genres populaires comme les chants de carnaval qui annoncent le futur madrigal. Ce carnaval qui a lieu en mai de chaque année donne lieu à d'autres genres musicaux tels que les improvisations "sul libro" ou les quolibets dont on a des traces jusqu'en 1525 quand ils parodieront le mauvais italien des français et des allemands envahisseurs. 

Mais on ne peut passer sous silence que cette ville, saturée de religion, d'ordres ecclésiastiques, monastiques et de prédicateurs itinérants, vivait de fortes tensions entre les valeurs chrétiennes et économiques du moment. Avec la mort en 1492 de Laurent de Médicis, l'espérance de l'établissement d'une théocratie durant l'épisode Savonarole a radicalement changé la donne. La disparition provisoire des chants de carnaval a laissé place à une musique religieuse plus importante (notamment celle du florentin Cuppini). Ce climat oppressant trouve sans doute son miroir dans La lamentation du Christ mort de Botticelli. Couvrir la musique de l'époque de ce peintre ne peut faire l'économie d'une évocation religieuse. 

En cette fin de Quattrocento, Florence est une ville d'art incontestée où la musique italienne a trouvé sa source. Pour Botticelli et ses contemporains musiciens, c'est... le sacre du Printemps.

Gaël de KERRET