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DISCOURS PRONONCE PAR M. WOODROW WILSON

Président des Etats-Unis d'Amérique

en la Salle des Conférences du Sénat le 20 janvier 1919

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Monsieur le Président,

Vous avez fait sentir par la générosité de vos paroles le prix de votre bienvenue. C'est pour moi un honneur unique que de vous entendre m'appeler votre ami. Ne me permettrez-vous pas d'appeler tous ceux qui sont ici réunis autour de vous "mes amis". (Vifs applaudissements).

Partout dans ce grand pays la bienvenue qui a été réservée à moi-même et à ceux qui m'ont entouré m'a touché comme si je sentais, comme si je voyais devant moi se rencontrer l'âme de nos deux pays. (Nouveaux applaudissements).

Nous savons les longs périls au travers desquels la France a passé. La France a pu penser quelquefois, que, pour nous, ces périls étaient lointains et que nous n'en comprenions pas toute la gravité. Nous les avons toujours connus, nous les avons suivis. Il est vrai qu'il nous était impossible de comprendre à certains moments combien ces périls étaient terriblement proches. Pendant ces années d'angoisse, angoisse que nous avons tous partagée, il n'est pas douteux que l'anxiété de la France a été suprême. C'était elle qui se tenait debout comme une sentinelle à la frontière de la liberté. (Très bien ! Très bien !).

Elle avait fait dans le passé, elle avait fait dans son histoire récente de grandes choses pour construire le monde nouveau, de grandes choses pour construire la France elle-même sur des bases de liberté et de progrès. Tandis qu'elle était toute entière à ce travail à côté d'elle, séparé par la ligne imperceptible d'une frontière et par un petit pays que sa neutralité ne devait pas protéger, il y avait là un grand territoire couvert d'un nuage sombre, le nuage des ambitions malsaines, le nuage des desseins criminels, et ce nuage s'étendant jusque sur la frontière de la France. (Applaudissements).

Pour la France il n'y avait pas là seulement un danger, mais un défi permanent. La France cependant attendait dans le calme, la France se préparait à faire face à ce qui pouvait tomber sur elle, mais c'était une belle chose, tandis qu'elle préparait ses fils à combattre s'il le fallait, de la voir s'abstenir de faire jamais quoi que ce fût qui eût l'apparence d'une agression ou d'une provocation. (Applaudissements prolongés). Elle se préparait pour sa défense, elle ne se préparait pas pour imposer sa volonté à un autre peuple, mais pour empêcher d'autres de violer sa propre volonté et de lui imposer la leur. (Très bien ! Très bien !).

Lorsque je vous rencontre, lorsque je vois vos charmants compatriotes, ce que je lis dans leurs yeux, ce que j'entends dans leurs paroles, c'est ceci : l'Amérique a toujours été notre amie. Maintenant elle est quelque chose de plus : elle nous a pleinement compris, elle sera toujours notre amie. (Applaudissements).

Si le danger qui a menacé la France dans le passé pouvait être permanent, la France, comme vous l'avez dit Monsieur le Président, resterait la première exposée au péril. Mais beaucoup d'éléments nouveaux doivent l'aider à se rassurer. Nous voyons devant nous naître un monde nouveau. Ce monde s'est éveillé à la communauté de ses intérêts. Il sait que son avenir même en dépend, l'avenir des institutions libres est celui de la civilisation. Il sait que si le péril dans lequel la France a vécu devait se continuer, la menace serait pour le monde entier. Contre elle, ce n'est pas seulement la France, c'est le monde entier qui doit s'organiser.

Dans l'hospitalité que je reçois, dans les paroles qui m'accueillent, je ne vois pas seulement votre aimable bienveillance et votre cordialité fraternelle. J'y vois aussi un dessein, j'y vois une pensée dirigeante. Cette pensée c'est que nous devons nous tenir fortement les uns aux autres, c'est que nous devons nous aider les uns les autres, ceux qui ont combattu pour la liberté, ceux qui l'ont défendue et sauvée sont liés par un serment de ne jamais se séparer. (Vifs applaudissements). C'est l'esprit que je sens dans cette réunion qui nous entoure.

Je suis venu ici représentant d'un peuple qui sent profondément et qui veut profondément ce qu'il veut. Mes paroles ne valent qu'en tant qu'elles sont l'expression de la volonté du peuple américain. Je vous remercie comme si c'était le peuple des Etats-Unis qui fut ici pour voir de ses yeux dans vos yeux tout ce que j'y vois de bienvenue et d'affection. (Applaudissements).

La France par ses efforts et ses sacrifices a mérité et a gagné l'amitié fraternelle du monde entier. La France pourrait presque être regardée comme privilégiée d'avoir souffert et d'avoir trouvé par là-même de quoi elle était capable et de quelle substance elle était faite. Elle est devenue plus chère que jamais à tous ceux qui aiment la liberté et à tous ceux qui comptent sur l'union des amis de la liberté pour assurer le progrès et l'avenir du monde. (Applaudissements vifs et prolongés et répétés. L'assemblée debout acclame longuement le Président WILSON).

Transcription prof. MANTOUX.
 

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