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Bienvenue au Sénat
Par Christian Poncelet, Président du Sénat
La quatrième Journée du Livre d'Economie marque sans conteste la maturité d'un rendez-vous annuel dont l'ambition reste de donner au plus grand nombre les clés d'une discipline de prime abord ardue.

Co-organisée par le Sénat et l'Association " Lire la Politique ", la caravane de la Journée du Livre d'Economie fait cette fois-ci escale dans l'oasis de la confrontation de l'Homme aux nouvelles technologies.

De la lampe à huile à l'électricité nucléaire, que d'étapes franchies, toujours synonymes d'émancipation et de progrès, mais aussi d'interrogations voire de préoccupations.
Alors que s'est dissipé le mirage de la nouvelle économie, il n'est dès lors pas inutile de se poser la question de la maîtrise par et au service de l'humanité d'un potentiel technologique sans précédent.

Avec l'irruption des nouvelles technologies dites de l'information et de la communication, la bataille de l'abolition de l'espace a par exemple été remportée, entraînant aussi son lot de fractures numériques, intra comme inter-communautaires. L'excellent rapport du Club.Sénat.fr consacré aux " Physionomies de la fracture numérique " - mis en ligne sur le site www.club.senat.fr - est de ce point de vue explicite.

On n'a jamais autant communiqué, et l'Homme n'a paradoxalement jamais été aussi seul !

Des élites extraterritorialisées surfent sur les bienfaits de la révolution technologique et de la mondialisation - forme de fin de la géographie - pendant que le reste de la population, plus localisé, peine à s'approprier cette nouvelle donne et pâtit de l'affaiblissement des repères et de l'affadissement des valeurs !

Autant dire que cette Journée du Livre d'Economie s'annonce passionnante et passionnée.

A tout le moins permettra-t'elle, à nouveau, de rompre avec l'instantanéité du rythme imprimé par les médias à nos existences, et de proposer à un public chaque année plus large de réfléchir avec les intellectuels, les économistes et les décideurs publics.

Bienvenue donc au Sénat, et merci à tous ceux qui concourent à l'organisation et au succès d'une manifestation que je souhaite riche de rencontres et de réflexions.
Nouvelles technologies :
quelle place pour l'homme ?

Par Luce Perrot
Présidente fondatrice de "Lire la Politique"

Nos Temps modernes : "révolution" technologique ?
Par Daniel Cohen, économiste

Sommaire
 
Rendez-vous :

Tout savoir sur la Journée du Livre d'Économie

Ateliers - débat :

Présentation générale

«Le nouvel homme technologique»

«Nouvelles Technologies : un eldorado économique ?»

«Vers l'e-société ?»

Grand débat de clôture :

«La fracture numérique»

Librairie :

A la rencontre des auteurs

Le Prix du Livre d'Économie :

Le Jury 2002

Les lauréats des années précédentes

Le Prix Européen du Livre d'Économie :

Le Jury 2002

Les lauréats des années précédentes






 



Nouvelles technologies :
quelle place pour l'homme ?

Par Luce Perrot, Présidente fondatrice de " Lire la Politique "

L'homme a déjà connu par le passé des révolutions technologiques aux fortes répercussions politiques et sociales. La révolution technologique actuelle, si "révolution" il y a, se différencie à la fois par sa vitesse de pénétration dans la société et par son caractère massif et global. En quelques années, les TIC se sont imposées dans la vie quotidienne des citoyens, de leurs foyers à leurs lieux de travail, dans des domaines aussi variés que l'éducation, la culture, les loisirs, l'entreprise, la médecine ou encore la participation à la vie de la cité et de la nation. Parce qu'elles façonneront nos sociétés de demain, les nouvelles technologies ouvrent un terrain privilégié de réflexion et d'action. Nous ne devons pas pour autant négliger les problèmes posés par ces innovations technologiques : "Nous pouvons utiliser les objets techniques et nous en servir normalement, mais en même temps, nous en libérer, de sorte qu'à tout moment nous conservions nos distances à leur égard", disait Heidegger (Essais et Conférences); "nous pouvons dire "oui" à l'emploi indispensable des objets techniques et nous pouvons en même temps lui dire "non", en ce sens que nous les empêchions de nous accaparer et aussi de fausser, brouiller et finalement de vider notre "être". Aussi, les techniques nouvelles ne peuvent-elles qu'être placées sous un contrôle éthique et juridique; d'où la nécessité de l'affirmation d'une volonté politique forte. Comme le souligne Habermas "Il faut de nos jours faire un effort énergique pour prendre en main de façon consciente une médiation du progrès technique et de la pratique vécue des grandes sociétés industrielles".

Le thème de cette quatrième édition de la Journée du Livre d'Économie sera l'occasion de débattre des enjeux de cette "nouvelle économie", qui sont autant d'ordre économique et social que culturel et sociétal. Cette journée nous permettra également de commenter des expériences réussies démontrant que les nouvelles technologies peuvent, lorsqu'elles sont intelligemment utilisées, considérablement rapprocher citoyens et élus, recréer des circonstances favorables à un débat démocratique permanent et à la mise en place de processus de co-décisions performants (comme l'illustrent les systèmes locaux d'Issy-les-Moulineaux et de Partenay). Autant d'initiatives citoyennes qui répondent aux objectifs de Lire la Politique ainsi qu'à une véritable volonté, déployée par Christian Poncelet depuis son arrivée à la Présidence du Sénat, de favoriser l'accès des citoyens aux enjeux essentiels liés à l'économie.

Reconstruire un espace public, dessiner les contours du débat démocratique, via les nouvelles technologies, voilà le défi majeur de la décennie à venir. Et comme l'a montré le scrutin du 21 avril dernier... il y a urgence !



Nos Temps modernes : "révolution" technologique ?
par Daniel Cohen, Économiste, lauréat du Prix du Livre d'Économie 2000

" Si chaque outil pouvait exécuter sur sommation, ou de lui-même, la tâche qui lui est propre, l'architecte n'aurait plus besoin de manœuvre, ni le maître d'esclaves. Si la navette courait d'elle-même sur la trame, l'industrie n'aurait plus d'ouvriers ". Cette phrase célèbre d'Aristote marque l'espoir de toute société technique : celui de libérer l'humanité, comme disait Hannah Arendt, " de son fardeau le plus ancien et le plus naturel : le fardeau du travail, l'asservissement de la nécessité ". De la figure de Prométhée hier à celle du " hacker" aujourd'hui, l'espoir porté par les révolutions techniques est toujours le même : qu'elles rapprochent les hommes des dieux, les esclaves des maîtres. S'interroger sur la place de l'homme dans le nouvel ordre technologique, ce n'est pas pousser la plainte répétée de ceux qui ont la nostalgie d'un monde pastoral qui a surtout souri aux maîtres. Ce n'est pas non plus s'alarmer outre mesure que les techniques créent comme le redoutait Hannah Arendt " la perspective d'une société de travailleurs sans travail ". C'est chercher à comprendre plus simplement comment les techniques nouvelles transformeront le cadre de la vie humaine.

Face à l'électricité qui a fait avancer le jour sur la nuit, au chemin de fer ou au moteur à explosion qui a fait reculer la campagne sur la ville, à l'eau courante et le tout à l'égout qui, avec l'électricité, ont révolutionné la vie quotidienne, au télégraphe qui a réduit de dix jours à cinq minutes la transmission d'une lettre d'un bout du pays à l'autre, comment penser l'enjeu du nouveau monde technique qui s'ouvre à nous ? Difficile d'en juger sans précautions. Une technologie ne livre jamais seule sa propre vérité. On pensait que le chemin de fer rendrait plus facile la vie à la campagne : il a créé une immense concentration urbaine. On pensait que l'ascenseur rendrait plus agréable la vie des pauvres gens qui logent aux étages élevés : en augmentant les loyers, il les a chassés vers les banlieues. Lorsque l'électricité a été inventée, on a d'abord pensé qu'elle sauverait la masse de petits ateliers qui irriguaient encore la production industrielle. Il les a détruit en favorisant les très grands établissements. On attend aujourd'hui d'Internet qu'il réduise le poids des hiérarchies... Favorisera-t-il plutôt les établissements planétaires? On attend des progrès de la génétique qu'elle recule l'âge de la mort, mais comment ignorer le risque de créer dès la naissance un déterminisme biologique ? On attend des OGM qu'ils accroissent la productivité des paysans dont les terres sont arides : on les expose peut-être au risque de ne plus maîtriser leurs semences. Affronter ces questions, réfléchir aux moyens de conjurer les effets pervers des nouvelles technologies, sans sacrifier à l'obscurantisme et pour en conserver le meilleur : telle est la tâche qui incombe à son tour à notre génération.