Le discours d'Antonin Dubost, Président du Sénat Le discours d'Antonin Dubost, Président du Sénat (en anglais) Le discours de Woodrow Wilson, Président des Etats-Unis d'Amérique Le menu du banquet Le programme musical | L'hommage du Sénat AU PRESIDENT WILSON Ce grand palais si fier d'un passé glorieux Qui depuis plus d'un siècle entendit nos aïeux Illustres dans les arts, les sciences, les lettres, Puissants hommes d'Etat, nos aînés et nos maîtres, Et qui s'enorgueillit d'historiques splendeurs ; Qui dans les jours troublés vit nos grands orateurs Sur la foule par eux entraînée et guidée Répandre la semence auguste de l'Idée, Et d'un verbe éloquent de grandeur revêtu Tracer le droit chemin et prêcher la vertu, Ce palais vénérable où l'on écoute encore Vibrer leur noble voix comme un écho sonore ; Qui vit de grands tribuns faire leur grand devoir, Ce fier Sénat français s'émeut pour recevoir L'illusre président de la libre Amérique. - Soyez le bienvenu dans notre République ! - Ici, tous en entrant, ont laissé sur le seuil Leur esprit de parti pour mieux vous faire accueil, Et la Haute Assemblée en un accord suprême O noble Citoyen, vous reçoit et vous aime Car dans ce temps tragique en vous s'est incarné L'idéal qui semblait à l'abîme entraîné, Vous paraissez avec la majesté d'un Juste, Et le front couronné d'une auréole auguste. Ce qui fait si grand et si noble à nos yeux ; Qui vous revêt de cet éclat prestigieux C'est votre esprit jugeant froidement et sans haine Dans votre conscience implacable et sereine. Et c'est que nous voyons, par delà l'Océan Dressé derrière vous tout un peuple géant Dont vous représentez l'ardeur si généreuse, - Et tous, nous l'acclamons d'une âme chaleureuse. Vers l'Europe penché, vous avez entendu L'appel désespéré du vieillard éperdu, Les sanglots étouffés, la prière plaintive, Les supplications de la mère captive ; Les pleurs inconsolés et navrants de l'enfant Innocent et sacré, que son âge défend, Et les cris déchirants des vierges outragées ... Ces victimes, hélas, ne seront pas vengées, - Mais votre noble voix dès longtemps a flétri Les infâmes bourreaux, et sur le pilori Que vous avez dressé, solennel, dans l'Histoire, Vous les avez traînés pour clouer leur mémoire Vous l'avez bien senti, - les crimes du Germain C'étaient des attentats contre le Droit humain, C'était l'écrasement par la soldatesque ivre Des peuples qui voulaient avoir le droit de vivre, Les traités devenus des chiffons de papier, Et sans pudeur, la loyauté foulée au pied Et la Force faisant la loi. - La violence De la Justice en pleurs renversant la balance, Le Hun reparaissait ; et c'était le retour Des féroces instincts de l'hyène et du vautour, La "Kultur" au bandit, hélas, prostituée ... - C'était la conscience étouffée et tuée ! ... Vous qui, respectueux de la tradition, Servez dans son esprit la Révolution, Démocrate nourri par la Grèce et par Rome, Vous avez de nouveau crié les Droits de l'homme, Et par tous les forfaits du Barbare, irrité, Luttant pour le Progrès et pour la Liberté, Armé d'un fer vengeur votre noble Patrie ! - Sublime dévouement ! - superbe idolâtrie De l'équité, de la droiture et de l'honneur ! Qu'il est beau d'immoler au Devoir son bonheur ! Vous n'avez point offert à notre France en armes De platoniques voeux, des regrets ou des larmes, Mais voulant pour toujours donner au genre humain Un avenir meilleur, un plus sûr lendemain, Vous avez envoyé vos milices guerrières Près de nos grands soldats lutter comme des frères, Et nous vîmes flotter sous nos yeux consolés Auprès de nos drapeaux les drapeaux étoilés !... - Et les Yanks valeureux, fiers de leur sacrifice, A côté des Français, mourir pour la justice ! Et maintenant qu'enfin a triomphé le Droit Que le monde respire et s'assure ; et qu'il croit Au ciel rasséréné voir en cette tourmente Apparaître ton doigt, ô justice immanente, Vous êtes à nos yeux comme un fier chevalier Grand redresseur des torts, - et qui sait allier Les châtiments vengeurs et la pitié sublime Le mépris des bourreaux, l'amour pour la victime Aussi, par l'univers vous êtes respecté Pour vos sages conseils, et votre volonté ; Comme un justicier la France vous acclame, Elle vous suit avec sa pensée et son âme, Avec tout ce qu'elle a de noble dans l'esprit, Et l'idéal que des grands aïeux elle apprit, - Et digne du Pays dont elle fut l'élue, Notre Assemblée, ô grand Citoyen, vous salue ! Auguste RIVET Sénateur de l'Isère (1903-1924)
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