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Individu, politique et médias dans l'Histoire
Les Rendez-Vous Citoyens du Sénat - Histoire Le programme complet de la journée Samedi 10 juin 2006 de 10h00 à 18h30
Animée par Michelle PERROT
" Vie privée et vie publique dans l'Histoire"
Entrée libre et gratuite

10h30 - 12h00 - Salle des Conférences

« La vie privée doit être murée. Il n’est pas permis de chercher à savoir ce qui se passe dans la maison d’un particulier ».
Telle est la définition que le Dictionnaire Littré donne de la vie privée au milieu du XIXe siècle. Plusieurs traits frappent : le secret, l’interdit, l’extérieur ressenti comme une menace, les références spatiales. La maison est consubstantielle à la vie privée ; le mur clôt le jardin fermé. Un demi-siècle plus tard, André Gide s’insurge contre l’excès : « Familles, je vous hais. Volets clos, portes refermées sur la possession jalouse du bonheur ». Cette cristallisation du privé autour de la trilogie « famille / maison / bonheur » dessine le modèle classique de la vie privée contemporaine. Elle est le résultat d’une longue histoire, où interfèrent l’individu, la famille, l’Etat.

Quels sont les traits principaux de ce modèle classique des rapports vie privée / vie publique ? La force du holisme familial auquel les individus ont parfois du mal à se soumettre ; la division des rôles sexuels, presque équivalents aux sphères, opposant hommes publics et femmes privées, avec des interférences complexes ; la ritualisation de la vie privée ; sa spatialisation, autour de la maison, microcosme où sinue la frontière du public et du privé (deux pôles : le salon et la chambre) et où s’affirme le désir d’intimité des individus (le rêve de la chambre à soi de Virginia Woolf, par exemple).

La vie publique est multiforme : mondaine, relationnelle, politique, économique. Elle a ses lieux (théâtre, cafés, la ville...), très sexués, ses codes (la mode) et ses vecteurs. L’opinion publique s’y déploie, notamment par la presse, moyen d’expression autant que de contrôle, enjeu d’un façonnement des émotions des foules.

L’évolution de ce modèle a été paradoxale : la vie privée est à la fois renforcée et menacée. Renforcée par l’affirmation progressive de l’individu, avide d’intimité, et conscient de ses droits, désireux de secret (ex. le secret médical). Mais aussi menacée par l’intervention croissante de l’Etat, au nom de l’intérêt général (aussi bien dans sa politique scolaire que dans sa politique nataliste) ; menacée aussi par le développement des enquêtes de toute nature, des contrôles policiers, par la « volonté de savoir », y compris scientifique et médicale, qui s’insinue partout et rend le « mur de la vie privée » illusoire ; menacée enfin par l’essor des médias qui, partie intégrante du fonctionnement démocratique, dissipe les protections et les secrets.

Il y a un paradoxe de la vie privée contemporaine. Elle est à la fois de plus en plus protégée et de plus en plus pénétrée, surveillance et précaution se nourrissant l’une et l’autre.

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