| e Sénat présente au Musée du Luxembourg une exposition exceptionnelle des oeuvres de Tiziano Vecellio, dit Titien, le plus grand portraitiste de la Renaissance. Avec plus de 60 oeuvres venues de 14 pays, réunissant un ensemble extraordinaire de 35 portraits peints par Titien, cette exposition présente les principaux hommes de pouvoir de son temps, (Charles Quint, Philippe II, François Ier, doges, pape, cardinaux, …) Ces puissants l’avaient choisi comme le plus grand des peintres, le peintre du pouvoir, et ces magnifiques portraits sont ici entourés d’oeuvres de comparaison réalisées par des artistes tels que Rubens, Lorenzo Lotto, Parmigianino, Tintoret, Benvenutto Cellini, Giulio Romano, Paris Bordone. ’exposition se concentre avant tout sur l’inépuisable thème du portrait chez Titien, en cherchant à découvrir les raisons d’un succès aussi éclatant que durable, qui fit du grand maître vénitien l’acteur essentiel de la scène artistique italienne et européenne au xvie siècle. Habité par une ambition et une détermination extrêmes, le peintre mit rapidement son talent au service des grands de ce monde, élargissant jusqu’à la démesure la sphère de ses influents commanditaires, jusqu’à atteindre les arcanes du pouvoir, alors aux mains de quelques personnages qui décidaient du sort de l’Europe et du monde. n pourra, grâce à cette exposition, suivre les différentes étapes de la fulgurante ascension de Titien qui, en l’espace de quelques années, et après avoir officiellement reçu les plus prestigieuses récompenses de la République de Venise, gagna l’estime – également grâce à l’entregent de son ami l’Arétin – des plus grands princes italiens : les Este, les Gonzague, les Della Rovere, les Farnèse. Pour eux, Titien peignit de superbes portraits qui immortalisent le caractère officiel de leur charge, même si le maître ne renonça jamais à son irrépressible penchant naturaliste car ses images dévoilent toujours le côté le plus humain du personnage, son caractère le plus intime, sa sensibilité. | | Musée du Luxembourg 19, rue de Vaugirard 75006 PARIS | | | | | | | itien parvint à l’acmé de son succès lorsque l’empereur Charles Quint, qui en fit son portraitiste officiel, l’éleva au rang de premier peintre de la cour des Habsbourg, mécénat que poursuivit le fils du souverain, Philippe II, durant les années de maturité de l’artiste vénitien. Parallèlement à cette production officielle, on note toutefois, au cours de l’évolution du langage titianesque, une autre propension du maître qui se penche avec plaisir sur les « mouvements de l’âme » de ses personnages dont il épie les attitudes et les sensations, en plongeant au coeur de leurs émotions les plus intimes. Ces effigies, ce sont celles de ses 3 amis et des membres de sa famille, celles des littérateurs, des humanistes et des poètes de l’effervescent milieu culturel vénitien, dont Titien fut lui-même l’un des animateurs car son atelier situé aux Biri Grande était fort fréquenté. Naissent ainsi les portraits fortement caractérisés et « vivants » de l’Arétin, de Pietro Bembo, d’Anselmi, pour ne citer que les plus connus. arallèlement aux portraits de ces hommes illustres, Titien peint également celui de nombreux anonymes et aristocrates, souvent définis par un attribut particulier qui permet au peintre d’éveiller l’attention de l’observateur et de l’impliquer dans la scène. Un autre heureux expédient souvent adopté par Titien, consiste à figurer son modèle en pleine action, de manière à saisir une expression cachée, une réaction intime, un mouvement intérieur du psychisme. nterprète intelligent et éclectique d’une époque qu’il a profondément vécue et incarnée, Titien élargit encore le champ de ses intérêts et se tourne vers une autre couche de la société non moins puissante que l’aristocratie : la riche bourgeoisie des villes dont Lorenzo Lotto fut certes le meilleur interprète, même s’il n’est pas le seul, comme le montre l’exposition. n dernier lieu, il ne pouvait manquer au sein du parcours de l’exposition, un espace consacré au séduisant univers féminin de Titien, univers que l’artiste aima et représenta passionnément : en témoignent les fascinants portraits de Laura Dianti, de la Jeune fille de Capodimonte, de Judith – très intéressante version profane et sensuelle de l’héroïne biblique –, ou encore le portrait précieux et raffiné de la petite Clarice Strozzi. insi, la magnifique peinture de Titien constitue un extraordinaire reportage historique formé par les multiples images des plus illustres protagonistes (mais pas seulement) d’une très grande époque qui, si elle appartient au passé, n’en demeure pas moins vivante à travers les regards expressifs et les visages envoûtants de ses acteurs. e sont donc des images du pouvoir, du savoir et de la séduction – notamment de Titien mais aussi de quelques-uns de ses contemporains – qui sont présentées au Musée du Luxembourg, grâce au commisaire de l’exposition Nicola Spinosa, directeur du pôle muséal napolitain : ceci grâce à une heureuse et fructueuse entente entre Naples et Paris, entre le Musée du Luxembourg et celui de Capodimonte (où vient de s’achever une exposition soeur intitulée Tiziano e il ritratto di corte da Raffaello ai Carracci ; grâce à la rigoureuse préparation scientifique des deux initiatives, à laquelle ont collaboré les spécialistes d’institutions italiennes et étrangères ; et grâce à un solide travail d’organisation qui a vu oeuvrer ensemble, à l’instar d’une petite communauté européenne, Parisiens, Londoniens, Romains et Napolitains. | | Commissariat de l’exposition Nicola Spinosa, Surintendant des Musées de Naples Tullia Carratù, Responsable scientifique des expositions, Surintendance de Rome Morena Costantini, Responsable scientifique des expositions, Surintendance de Rome Jennifer Fletcher, membre du conseil scientifique Direction du Projet : Patrizia Nitti Assistante : Carolina Vincenti | | |