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Mercredi 2 octobre 2002, à 15 heures, 
le Sénat recevra solennellement dans l'hémicycle 
S.E. Madame Vaira Vike-Freiberga, 
Présidente de la République de Lettonie.


Allocution de M. Christian Poncelet
Discours de
S.E. Madame Vaira Vike-Freiberga
Biographie
Sur le site du Ministère des affaires étrangères : 
carte - composition du gouvernement - les relations bilatérales France-Lettonie
Le site de la présidence lettone
Sénat :
composition du groupe d'amitié France-Pays Baltes - extrait du rapport (avril 2002) de M. Hubert Haenel, fait au nom de la délégation pour l'union européenne


Allocution de M. Christian Poncelet

Madame la Présidente de la République,

Madame la Ministre,

Mesdames et messieurs les Ambassadeurs,

Mes chers collègues,

Mesdames, Messieurs,

C'est pour moi une joie et un honneur particuliers que de recevoir aujourd'hui dans notre hémicycle Mme Vaira VIKE-FREIBERGA, Présidente de la République de Lettonie.

Madame la Présidente,

Il n'est pas habituel que notre haute assemblée reçoive dans son enceinte des personnalités étrangères, aussi illustres soient-elles. Mes collègues sénateurs le savent bien, et peut-être vous-même, Madame, ne l'ignorez-vous pas.

Mais à personnalité exceptionnelle, traitement exceptionnel... Non contente d'être l'une des rares femmes chefs d'Etat, ce qui justifie déjà les égards d'une assemblée encore très masculine -et je le dis sans machisme d'arrière garde- vous êtes en outre à la tête d'un pays qui aura bientôt toute sa place en Europe et qui, à bien des égards, aura montré la voie.

J'ai donc, cet après-midi, plusieurs motifs de me réjouir de votre présence parmi nous, aux côtés de vos amis, qu'ils soient lettons, français ou d'autres nationalités.

Mon premier motif de satisfaction, c'est que vous n'avez jamais ménagé vos efforts, Madame, pour entretenir et améliorer les relations entre nos deux pays. Celles-ci, il est vrai, se sont trouvées facilitées par le zèle et le dynamisme de nos ambassadeurs respectifs, Mesdames Sandra KALNIETE et Louise AVON, qui n'ont pas attendu la loi sur la parité pour montrer de quoi elles étaient capables, suivant l'exemple que vous n'avez jamais manqué de donner.

Votre francophonie et votre francophilie exemplaires, trop rares à notre avis, surtout aux fonctions qui sont les vôtres, ne pouvaient, au reste, que faciliter les choses. Votre souhait de vous adresser à nous en français l'illustre magistralement et nous touche tout particulièrement, soyez-en sûre.

Après une première visite en France en mai 2000, moins d'un an après votre élection à la présidence de la République -j'avais alors eu le privilège et la joie de vous accueillir au Sénat. Un peu plus d'un an après la visite à Riga du Président de la République, Jacques CHIRAC, vous revoilà à Paris, à seulement deux jours des élections législatives lettones, preuve, s'il en était encore besoin, de l'attachement que vous nous portez, et qu'il nous est agréable de ne pas décevoir.

La France souhaite décidément ne pas vous décevoir. Il n'est à cet égard pas indifférent que le Président Jacques CHIRAC ait été le premier chef d'Etat d'un grand pays membre de l'Alliance à apporter son soutien public à l'intégration des pays baltes à l'OTAN.

Mon deuxième motif de satisfaction, Madame, c'est que votre venue coïncide avec un moment décisif pour la Lettonie.

Dans quelques semaines se tiendront, en effet, les sommets de Prague et de Copenhague, qui devraient consacrer l'intégration de la Lettonie au sein de l'OTAN et de l'Union européenne.

Le Président de la République l'a déjà dit et nous le répétons avec la même conviction : la Lettonie a toute sa place dans l'OTAN, comme dans l'Europe. Et le travail considérable qu'elle a accompli -et que nous sommes heureux de saluer ici- doit lui permettre d'y entrer rapidement.

C'est essentiel à nos yeux. Qui n'avance pas recule et une Europe immobile serait une Europe condamnée, plus occupée à gérer ses contradictions et ses procédures qu'à innover et s'adapter. L'élargissement doit nous apporter un second souffle, de nouvelles énergies et de nouvelles perspectives.

En s'ouvrant, l'Europe fait un pari : celui de l'avenir, de la volonté et, à certains égards, il faut bien le dire, celui de l'audace, mais aussi celui de la solidarité et de la fraternité.

Vous aurez, en tant que pionniers de cette ouverture, un rôle majeur à jouer. Nous vous demandons de le jouer à nos côtés, dans cette même confiance et cette même transparence qui nous réunissent aujourd'hui. Le défi n'est pas mince mais ensemble nous pouvons le relever pour qu'enfin s'établisse cette Grande Europe qui seule peut mobiliser les esprits, les cœurs et les enthousiasmes.

Aidez-nous à passer de l'Europe administrative à l'Europe politique. Aidez-nous à passer de l'Europe économique à l'Europe de l'humanisme. Qu'ensemble, nous permettions à l'histoire et à la géographie de se retrouver pour le bonheur de nos peuples, réunis en une même foi en l'avenir et au service d'une même cause, qui ne saurait se limiter au mercantilisme ou au juridisme.

C'est à ce destin commun que nous souhaitons vous appeler, Madame, car nous savons qu'à l'image de vos concitoyens, vous y êtes disposée, et plus que disposée, déterminée.

Je souhaiterais à cet égard redire combien l'adhésion populaire est essentielle tant il s'agit d'un projet politique, au sens le plus noble du terme. L'Europe, a fortiori élargie, ne se fera pas sans les Européens et l'Union européenne ne doit pas être l'affaire de quelques uns, experts ou fonctionnaires. A nous, élus et politiques, de montrer le chemin, de donner l'exemple et aussi d'expliquer.

L'Europe, pour être durablement acceptée et pour grandir dans l'harmonie doit être comprise par ses habitants. Ce travail, que nous avons parfois négligé dans le passé, c'est aujourd'hui le nôtre.

Mais c'est aussi le vôtre, notamment dans la perspective du référendum qui pourrait avoir lieu en Lettonie en 2003 pour approuver l'adhésion. Mais également au-delà, une fois la Lettonie membre de l'Union.

Laissez-moi vous dire ma fierté que mon pays ait ainsi soutenu le vôtre dans les différentes étapes de ce long et parfois complexe processus.

Mon dernier motif de satisfaction, c'est le rôle personnel que vous avez joué, Madame, tant en faveur de la France que de l'Union européenne, et que je tenais à saluer avec la reconnaissance et la solennité requises.

Sans cette autorité morale que vous confère une rare indifférence pour les vanités humaines ou les considérations partisanes -vous n'étiez pas candidate, on vous a prié de l'être-, vous n'auriez pu faire accepter les réformes, souvent douloureuses, mais indispensables, pour entrer dans l'OTAN ou dans l'Union européenne.

Si votre pays va mieux aujourd'hui, économiquement, socialement, politiquement, c'est aussi grâce à votre action personnelle, discrète mais efficace.

Sans cette force de caractère et cette indépendance d'esprit, vous n'auriez pu acquérir cette présence sur la scène internationale qui a tant servi les intérêts de la Lettonie, qui s'apprête désormais à devenir acteur à part entière de l'Alliance atlantique et de l'Union européenne, dans le plein respect de son identité et de ses valeurs.

Cette réussite est aussi la vôtre. Il nous revenait d'en témoigner.

Avant de vous laisser la parole, dans ce français que ne renierait pas Voltaire, laissez-moi vous redire les vœux chaleureux que je forme pour vous et pour la Lettonie, mais n'est-ce pas redondant...

Vive la Lettonie !

Vive la France !

Vive l'amitié entre nos deux pays !

Vive l'Union Européenne !

 

Discours de S.E. Vaira Vīķe-Freiberga,

Monsieur le Président du Sénat,

Mesdames et Messieurs les Sénateurs,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Excellences,

Chers amis,

Je voudrais d'abord vous remercier, Monsieur le Président, pour votre accueil chaleureux et pour vos paroles d'amitié et de soutien. En tant que premier chef d'Etat letton à adresser le Sénat de la République française, je suis sensible à l'honneur que vous me faites et le prends en signe de la bienveillance profonde et du respect mutuel qui règne entre nos deux pays. C'est aussi un signe d'intensification des relations entre la France et la Lettonie dont nous ne pouvons que nous réjouir.

Il faut dire que les liens entre la France et la Lettonie ne datent pas d'hier. Ils évoluent donc sur des assises solides et bien posées. Le rayonnement séculaire de la France en Europe, son influence prédominante en ce qui concerne la culture, la philosophie et la pensée politique, atteint depuis longtemps les côtes orientales de la Mer Baltique. Cette influence française est bel et bien présente, et ceci malgré l'influence dominante d'une culture nordique alémanique et la soumission, depuis la fin du 17e siècle, à la domination politique de l'empire tsariste russe. A la fin du 18ème et au tout début du 19ème siècle, on retrouve en Lettonie des soulèvements paysans directement inspirés par les principes de la Révolution française - Liberté, Egalité et Fraternité. Ces mêmes principes continuent de jouer leur rôle tout au long du 19e siècle lors de la formation de l'identité moderne du peuple letton, ainsi que durant la lutte pour l'indépendance au début du 20ème siècle.

Après la création de l'Etat indépendant letton en 1918, les Alliés accordent la reconnaissance de iure à l'Etat letton à la Conférence de Paris en janvier 1921, ceci grâce à l'appui du Président de la République française, Monsieur Alexandre Millerand, et à l'intervention active du Ministre des affaires étrangères, Monsieur Aristide Briand - qui a eu une rue à Riga nommée en son honneur à l'époque. Durant toute la période d'entre-deux-guerres les Ministres des affaires étrangères de nos deux pays ne cessèrent de multiplier les efforts diplomatiques pour consolider une paix et une stabilité durable au sein du Mouvement pan-européen. Tout en invitant tous les pays européens de la Ligue des nations à approfondir leur coopération économique et politique, la France et la Lettonie développent des relations dynamiques durant ces mêmes années. A partir de 1935, par exemple, un Comité central franco - baltique voit le jour au parlement français. Ces relations prometteuses sont rompues subitement en 1940, avec l'occupation de la Lettonie par l'Armée rouge.

La Lettonie sera toujours reconnaissante à la France de n'avoir jamais officiellement reconnu l'incorporation forcée des Etats baltes dans l'Union soviétique. Nous retenons le fait qu'en 1991, la France a reconnu sans tarder le rétablissement de l'indépendance de la Lettonie, de l'Estonie et de la Lituanie. Quelques mois plus tard, en mai 1992, Monsieur François Mitterrand devient le premier chef d'Etat occidental à visiter les Pays baltes pour les féliciter de leur retour dans la famille des pays libres et démocratiques. 

Mesdames, Messieurs,

La France, porte-drapeau de la civilisation européenne depuis des siècles, a été présente à la naissance de l'Union européenne - un Nouvel ordre dans le Vieux continent - et continue à veiller sur le processus de la construction européenne. L'accord historique franco-allemand pour le contrôle de la production du charbon et de l'acier, signé sur le fond d'une Europe d'après-guerre saignée à blanc et en ruines, devient le premier jalon du cheminement de réconciliation et d'intégration lancé par le français Jean Monnet et le luxembourgeois francisé Robert Schuman. C'est la naissance d'une Europe réunie nouvelle, inédite dans son genre, malgré les précédents, vous diriez-peut-être, de l'empire romain, de l'empire de Charlemagne, ou même la poigne unificatrice des conquêtes ottomanes. Cette pax europea, ce nouveau système d'alliance, de coopération économique et d'équilibre des pouvoirs, est devenu peut-être le plus grand succès européen de l'histoire du continent. Mais un succès, hélas, qui durant tout un demi-siècle, n'impliquait que l'Europe occidentale, laissant tout l'Est et le centre derrière le rideau de fer. 

L'intégration européenne, par l'addition graduelle de nouveaux membres à l'Union européenne, s'est accompagnée d'une vague de démocratisation à l'échelle du continent. Plus d'un pays membre actuel s'est vu transformé en pays démocratique stable, après des années ou même des décennies de dictature. Dans cette foulée, la présente étape d'élargissement de l'Union se présente comme l'aboutissement logique de ce cheminement. 

L'échec du communisme en tant qu'idéologie et système économique et l'écroulement du colosse d'airain aux pieds d'argile qu'avait été l'Union soviétique a permis d'effacer de la carte de l'Europe cette ligne de fracture tracée par Hitler et Staline et scellée par le pacte Molotov-Ribbentrop. Pour se soustraire à une sphère d'influence post-stalinienne, un raz-de-marée de mouvements populaires a mené, à la fin des années '80 et au début des années '90, à la restauration de l'indépendance aux trois pays baltes et à une souveraineté véritable pour les nations satellites trop longtemps captives. Onze ans après, ces nations libérées du joug communiste sont prêtes à déléguer une partie de leur souveraineté si longtemps attendue à l'Union européenne, mais cette fois librement, de leur plein gré. Nous voyons là l'accomplissement de la vision prophétique de Robert Schuman, qui écrivait en 1963, et je cite: " nous devons faire l'Europe, non seulement dans l'intérêt des peuples libres, mais aussi pour pouvoir y accueillir les peuples de l'Est qui, délivrés des sujétions qu'ils ont subies jusqu'à présent, nous demanderont leur adhésion, et notre appui moral". Fin de citation. 

L'idée d'intégration européenne incarne la prévoyance stratégique et le courage politique, qui ensemble ont su surmonter des haines centenaires et à instaurer en Europe une paix et une stabilité durable, liée à une prospérité sans précédant. Mais avant tout, l'intégration européenne représente l'adhésion aux valeurs humanistes, la reconnaissance des droits de l'individu, la liberté, la démocratie et la justice - toutes valeurs nettement européennes et toutes liées aussi aux idéaux du siècle des lumières ainsi que ceux de la Révolution française. C'est donc dans ce contexte de valeurs communes qu'il faut envisager les deux processus de réunification de l'Europe maintenant en cours : l'élargissement de l'Union européenne d'une part, et celui de l'Alliance de l'Atlantique Nord de l'autre.

Mesdames et Messieurs,

La Lettonie, pays candidat pour l'une comme pour l'autre de ces organisations supra-nationales, attend sur le pas de la porte le résultat des décisions historiques qui doivent se prendre à Prague le 21 novembre et à Copenhague au mois de décembre. Ces décisions auront des répercussions importantes sur l'avenir de dizaines de millions de citoyens européens. Pour les pays membres de l'Union européenne comme de l'OTAN, ce sera l'occasion historique de corriger les erreurs et redresser les graves injustices commises au 20ième siècle. Ce sera l'occasion d'effacer enfin les derniers vestiges de la Deuxième guerre mondiale et de confiner aux oubliettes de l'histoire le triste héritage de la Guerre Froide en Europe. Ma génération de lettons, qui ont connu les horreurs de la guerre ainsi que les souffrances de l'exil ou de la déportation, a longtemps attendu le moment de la libération de notre pays et la restauration de son indépendance. Durant des décennies, ce but paraissait utopique et inaccessible. Voilà maintenant 11 ans qu'il a été atteint et nous nous dirigeons vers un nouveau but qui fait suite logique au précédent - notre intégration dans la famille des nations démocratiques européennes.

Pour nous, ainsi que pour nos contemporains dans toute l'Europe occidentale et centrale, une Europe véritablement réunie deviendra une sorte de revanche pour toutes les souffrances, les injustices et les humiliations qu'ont du subir des dizaines de millions d'européens durant un demi-siècle d'oppression communiste. 

L'élargissement de l'OTAN, comparé à l'élargissement de l'Union européenne, présente l'élément additionnel d'un partenariat de longue date entre l'Europe et l'Amérique du Nord. Ce partenariat antidate, par ailleurs, la fondation de l'OTAN en 1949. Qu'on songe, entre autres, à ces interminables rangées de croix blanches, parsemées de coquelicots sur les plaines de Flandres, sépulture de deux générations de jeunes Canadiens venus défendre la France. Qu'on songe au rôle des Américains et des Canadiens dans la libération de 1945. Qu'on songe, ensuite, au plan Marshall et aux décennies de collaboration transatlantique.

Pour la Lettonie, pays candidat de l'OTAN, cette collaboration transatlantique demeure un élément essentiel de l'Alliance. C'est pourquoi nous refusons l'idée d'une rupture grandissante entre les deux continents. Certes, l'Europe se réserve le droit d'avoir ses opinions propres et ses propres priorités. C'est là un droit fondamental que la France, entre tous, a toujours revendiqué. Certes, les positions ne sont pas toujours unanimes entre les Etats-Unis et les pays européens, qu'il s'agisse de la protection de l'environnement, des appuis à l'agriculture, de la protection d'industries domestiques ou de l'intervention militaire dans des pays tiers. Cependant, il ne faudrait pas interpréter ces différences d'opinion comme l'équivalent d'une rupture des liens profonds d'amitié qui relient les deux continents. Même les meilleurs amis ne sont pas toujours unanimes dans toutes leurs opinions. Maintenant, plus que jamais, c'est l'heure au dialogue et à la consultation. L'Europe et l'Amérique appartiennent au même espace de valeurs et de civilisation, ce sont, après tout, des cultures issues d'une souche commune. Elles doivent savoir parler d'une voix commune avant de pouvoir engager un dialogue des civilisations avec le reste du monde.

Le besoin pour l'Europe de se formuler une politique cohérente, propre à sauvegarder son modèle de société, maintenir son influence politique et accroître sa compétitivité économique, ce besoin se fait de plus en plus urgent à l'ère d'une mondialisation croissante. Cette mondialisation, qui nous présente de nouveaux défis, est emprunte de dangers autant que de possibilités. Elle est source de richesses en apparence intarissables, mais engendre aussi un fossé grandissant entre les riches et les pauvres dans la distribution des revenus. La plus banale de nos activités quotidiennes, tel le simple achat d'un produit dans un supermarché, peut créer des résonances économiques ou politiques dans une autre partie de la planète, qui ne sont pas toujours immédiatement évidents. Tout un réseau de liens subtils relie les habitants de Paris avec ceux de Riga, de New York, de Dakar ou de Pékin. Dans les conditions où l'économie et la politique deviennent de plus en plus liées, nulle décision politique ne peut plus être prise sans prendre en compte les processus dynamiques de la mondialisation.

La nouvelle Europe élargie, en plus de ses propres tâches d'intégration et de réformes internes, devra faire face aux fléaux de notre époque dont la liste demeure fort longue. On ne saurait oublier les défis que nous lancent la pauvreté et le chômage, les maladies contagieuses et l'abus des narcotiques, la discrimination et l'intolérance, l'abus des femmes et des enfants, la pollution de l'environnement et l'épuisement des ressources, le terrorisme et le crime organisé, ainsi que le trafic d'armes, de narcotiques, de contrebande, et d'êtres humains résultant, l'immigration clandestine. Tous sont devenus des problèmes globaux qui nécessitent des solutions à l'échelle de la planète. Ils demandent une coopération plus serrée entre tous les pays du monde, ainsi que le respect universel des normes internationales. Il n'y a pas d'alternatives. Aucun pays ne peut seul faire face à ses problèmes, aucun ne peut se soustraire à l'influence internationale.

Les attaques tragiques aux Etats Unis en septembre de l'année passée ont accentué la menace grandissante que représente le terrorisme et le crime organisé, et la nécessité d'établir des nouvelles formes de coopération pour faire face à ces deux menaces. C'est là une raison de plus pour renforcer plus que jamais le partenariat Transatlantique. 

Je suis convaincue que l'OTAN, en tant que l'alliance militaire la plus puissante et la plus effective de l'histoire, est à la mesure de faire face à toute forme de menaces à notre sécurité, qu`elles soient militaires, terroristes ou autres. Et je suis convaincue que l'adhésion de la Lettonie et d'autres démocraties européennes à l'Alliance apportera une contribution réelle à ses ressources. Nous l`avons démontré depuis plusieurs années déjà par le service actif de nos troupes au sein de régiments de pays membres de l`OTAN, autant au Kosovo qu`en Bosnie-Herzégovine, où le haut niveau de professionnalisme des membres de nos forces armées a été hautement apprécié par tous.

Mais je suis également convaincue que l'Europe a tout aussi besoin d'une force d'action purement européenne, capable d'agir en conformité avec un politique extérieure et de sécurité commune de l'UE. C'est une question d'organisation, d'état major, de lignes de commande et de responsabilité. La création d'une telle force européenne de déploiement rapide faciliterait la participation de pays tels la Suède et la Finlande, qui sont membres de l'Union mais non pas de l'OTAN, dans des opérations militaires à l'échelle européenne. Il va sans dire qu`une telle force purement européenne doit se développer en collaboration étroite et bien harmonisée avec les structures de l'OTAN, car il ne s`agit sûrement pas pour chaque état membre de déployer deux forces armées parallèles, chacune avec une chaîne de commande différente. La Lettonie est prête à prendre tous les engagements qui seront nécessaires, que ce soit pour une alliance transatlantique ou une alliance de forces purement européennes. Déjà, la Lettonie a offert ses spécialistes pour servir au sein des missions policières de l`Union européenne en Bosnie-Herzegovine. Nous continuerons à préparer des spécialistes dans un nombre défini de niches particulières et spécialisées, offrant par là une contribution réelle à la sécurité collective de notre continent.

Mesdames, Messieurs,

La Convention sur l'avenir de l'Union, qui a commencé à sièger en mars de cette année, est un des projets de réforme les plus ambitieux dans l'histoire de l'Europe. Elle devra trouver des réponses à toute une série de questions essentielles, en commençant par la réforme des structures internes de l`Union, de ses modes de gestion, de ses mécanismes de prise de décision et ses principes d`allocation des ressources. Déjà une Europe à 15 soulevait des défis auxquels n`avait pas fait face une Europe à 6. Il est certain qu`une Europe à 27, pour être gérée de façon efficace, aura besoin de réformes et d`ajustements. Ce sera l`occasion de faire le ménage dans la maison et de repenser de façon innovatrice certaines façons de faire qu`on rêvait de modifier depuis longtemps. La convention devra aussi se questionner sur le rôle de l'Europe sur la scène internationale, sur les manières d`assurer une présence européenne aux grands débats de l'heure, y compris les crises internationales à grande répercussion.

Il nous semble particulièrement approprié que la tâche historique de présider la Convention ait été confiée à nul autre que Monsieur Valéry Giscard d'Estaing, grand partisan s'il y en a de l'intégration européenne. La Lettonie et les autres pays candidats sont fiers d'avoir pu désigner leurs députés parlementaires et leurs ministres du gouvernement à participer aux débats de la Convention. Il est normal que nous soyions présents aux débats qui portent sur notre avenir commun, car nous aurons aussi à subir les conséquences des décisions qui en découleront.

Les propositions soumises à la Convention devront être évaluées durant la prochaine Conférence intergouvernementale. La Lettonie et d'autres pays candidats souhaiteraient que cette Conférence n'ait lieu qu'après l'élargissement de l'Union en 2004, pour permettre la pleine participation des nouveaux pays membres à la prise des décisions. Ce serait la seule façon d'assurer l'équité et la solidarité, ce serait la façon d'assurer la légitimité des solutions adoptées dans tous les pays membres de l'Union européenne, qu'ils soient anciens ou nouveaux, grands ou petits.

Pour conclure, quelques mots encore sur l'accessibilité populaire des structures et des mécanismes de l'Union européenne. Il est clair que la construction de l'Europe ne peut reposer uniquement sur les conférences internationales et les rencontres intergouvernementales. Elle devra être soutenue par l'implication, la compréhension et l'appui de la masse des citoyens de toutes les nations participantes. La prise de décisions en haut lieu doit toujours être perçue comme étant transparente et juste. Plus encore, sa signification doit pouvoir être saisie et comprise clairement par tous. C'est là un défi de taille, mais qu'il faudra absolument relever, ce besoin d'éducation politique des masses, une éducation qui puisse être autre qu'une indoctrination à une ou autre idéologie politique particulière. C'est un besoin qui est constant et toujours renouvelé, mais auquel il faut répondre, car la démocratie n'a pas vraiment de sens si elle ne repose pas sur des choix faits en connaissance de cause par chaque citoyen.

Le principe de subsidiarité, bien ancré dans les principes de base de l'Union européenne, représente une des réponses pratiques au besoin de rendre la prise des décisions plus proche aux habitants. C'est pourquoi la division des compétences entre états-nations, régions et municipalités a besoin d'être définie de façon bien précise, et altérée seulement sous des conditions d'unanimité.

Mesdames, Messieurs,

En cette période historique où va se décider l'avenir de notre continent, on me demande souvent, en tant que représentante d'un pays candidat, de justifier les raisons pour lesquelles on devrait accepter mon pays au sein de l'Union, d'étaler ses mérites et de prouver en quoi il serait digne de prétendre à cet honneur. Je pense que la réponse à cela est fort simple, mais elle mérite d'être répétée. Pour devenir membre de l'Union, il faut d'abord en manifester le désir, ensuite en prouver la possibilité. L'UE s'est développé, au fil des décennies, un ensemble de lois et de règlements qui est devenu son Acquis communautaire. L'adoption de cet Acquis, la capacité de répondre aux critères énoncés il y a dix ans au Sommet de Copenhague, voilà la feuille de route à suivre et qui a été suivi par les pays candidats.

Mais l'élargissement de l'Europe comporte aussi une dimension humaine et humaniste qu'il ne faudrait pas oublier. Ces pays candidats, ils ne sont pas nés d'hier, ils ne sont pas tombés du ciel, ils ne viennent pas de la lune. Ils ont toujours été là, à vos côtés, ils ont tous une histoire, centenaire et même millénaire, qui s'est déroulée sur le même continent - le nôtre et le vôtre. Oui, la plus part d'entre eux ont été longtemps séparés de vous par un rideau de fer qui rendait la communication quasi impossible. Mais leurs peuples ont continué de vivre et de respirer, de créer et d'évoluer, malgré le totalitarisme, malgré l'oppression. Leurs peuples ont gardé la flamme de leur foyer, leur langue, leur culture et leur identité, aussi piétinées et menacées qu'elles fussent. Leurs peuples ont continué à nourrir leurs rêves, à attiser leurs espoirs et leurs aspirations. Leurs peuples attendaient le jour où ils seraient libres, pour rejoindre les autres nations qui étaient libres déjà. Ils attendaient le jour où ils pourraient rejoindre le monde pour y apporter ce que tout être humain rêve de pouvoir apporter - ses idées et ses actions, ses talents et ses capacités, mais surtout le fruit de son expérience, précieuse justement pour tout ce qu'elle peut comporter - ses joies autant que ses peines, ses souffrances autant que ses triomphes, ses échecs autant que ses succès.

Nos peuples, lettons et autres, nous n'avons pas vraiment quitté l'Europe. Nous étions toujours là. Nous le sommes encore. L'Europe, notre patrie commune à tous, nous attend tous pour bâtir ensemble notre avenir commun. 

Biographie
Mme Vaira - Vike Freiberga est née le 1er décembre 1937 à Riga . Elle commence sa scolarité à Lubeck en Allemagne dans une école de réfugiés lettons puis' dans une école française à Casablanca   au Maroc.

En 1958, elle obtient une maîtrise puis en 1960, un mastère de psychologie à l'université de Toronto ( Canada ). En 1965 elle devient docteur en sciences de psychologie expérimentale (universités de Mac Gill et de Montréal).

A la même époque, elle travaille comme traductrice d'espagnol et psychologue dans une hôpital psychiatrique de Toronto (1960 - 1961). 

De 1965 à 1998 elle travaille comme professeur de psychologie à l'université de Montréal (sa langue de travail est le français). Elle enseigne la psychofarmologie, la psycholinguistique, les théories scientifiques et les  méthodes expérimentales. Ces thèmes de recherches portent sur les processus de la mémoire et du langage et sur  l'influence des drogues sur le comportement humain. 

Dans un autre domaine, elle effectue des recherches sur les chansons traditionnelles lettonnes (les Dainas), leur style poétique et leur structure. Ses travaux ont été publiés. 

À partir du 1er juin 1998' Mme V.V. Freiberga est faite professeur émérite et le 19 octobre elle est nommée directrice de l'Institut de Lettonie.

Le 10 mai 2000, elle est faite docteur honorifique de l'université Victoria de Toronto. Le 28 septembre 2000 elle devient docteur honorifique de l'université de Lettonie. Le 29 avril 2002 elle devient docteur honorifique de l'université de Kaunas . Le 14 juin 2002 elle devient docteur honorifique de l'université de Mac Gill de Montréal.  

Le 17 juin 1999, Mme V.V. Freiberga est élue présidente de la République de Lettonie Elle commence à exercer ses fonctions le 8 juillet pour un mandat de quatre ans.

Elle parle le letton, le français' l'anglais' l'allemand et l'espagnol.  Ces activités au sein de la communauté lettone du Canada commencent  dès 1957. Elle devient une spécialiste du folklore et s'occupe de l'éducation des jeunes. Elle se préocuppe des questions sur l'identité lettone et le devenir de la Lettonie.

Elle est décorée de l'ordre des Trois Etoiles avec le grade d'Officier en 1995. Elle est membre de la corporation étudiante "Spidola". Elle a eu des responsabilités importantes dans plusieurs organisations scientifiques internationales. Elle est nommée, par le bureau des ministres de Canada , membre puis vice-présidente du Conseil scientifique du Canada   (1984 - 1989).  Elle a été représentante puis responsable pour le Canada du programme de discussions "facteurs humains" au siège de l'OTAN à Bruxelles. 

En 1989 elle est invitée comme répresentante-consultante par le parlement brésilien à la commission de réforme constitutionnelle. Elle a été élue, présidente de l'Association Canadienne des Psychologues' de la Fédération  des Associations des Sciences Sociales  et  de l'Association des Etudes Baltes. Elle est membre de l'Académie des Sciences du Canada et de l'Académie des Sciences de Lettonie. Elle est présidente de la section langue française de l'Académie des Sciences du Canada. Elle es nommée au "Conseil Mondial des Femmes Dirigeantes" de l'université de Harvard.  

En 1997, elle est décorée de la Grande Médaille de l'Académie des Sciences de Lettonie pour ses travaux de recherche et de popularisation des "Dainas lettones". En 1995, elle reçoit la médaille de l'Académie des Sciences Pierre Chauveau du Canada pour ses contributions dans les sciences humaines. Elle a reçu le prix  Marcel -Vincent de la part des scientifiques francophones canadiens et la médaille des sciences sociales (1992).

En 1989, elle reçoit le prix d'honneur du Fonds culturel de Lettonie  pour ses recherches et son travail de popularisation des "Dainas lettones" et en 1979' avec son époux I. Freibergs' le prix du professeur A.Ubele pour ses travaux dans le domaine de la philologie lettone. Elle reçoit le titre de docteur honorifique de l'université du droit Queen d'Ontario (1991) et bénéficie d'une bourse du Fonds de recherche de Killama (1993 - 95). Co-auteur de l'ouvrage "Saules dainas" et de la base de données des "Dainas".

A écrit ou participé à l'écriture de 7 livres:
Dictionnaire des mots le plus fréquents du français
Linguistique et poétique dans les chansons populaires lettones
Dainas du Soleil
Pour la montagne de l'ambre
A contrecourant
Soleil cosmologique
Soleil chronoligique

Auteur d'environ 160 articles et de 250  discours et communications. Certains articles ont été traduits en suédois' en polonais' en russe et en lituanien. Nombreux interviews à la radio' à la télévision et dans la presse (en différentes langues).

Est mariée avec Imants Freibergs, professeur d'informatique de l'université du Québec, Ils ont travaillé ensemble sur les Dainas. Leur fils Karlis réside en Lettonie et leur fille Indra étudie en France .