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L'accord de libre-échange nord-américain : genèse, résultats et perspectives (colloque du 7 novembre 1996)

 

LE CHILI ET L'ALENA

M. Roland du LUART,

Président du Groupe d'amitié France-Amérique du Sud

Je souhaiterais vous présenter la position des pays du cône sud de l'Amérique latine à l'égard de l'ALENA. Je traiterai tout d'abord des relations MERCOSUR/ALENA, puis je m'attacherai plus particulièrement à étudier les rapports entre le Chili et l'ALENA.

J'ai décidé de traiter cette question pour la raison suivante. En ma qualité de Président du groupe d'amitié France-Amérique latine, j'ai eu l'occasion de me rendre dans les cinq pays du cône sud à deux reprises cette année, en mars, avec un délégation de sénateurs français, et début octobre avec le ministre du commerce extérieur, Yves Galland, afin de renforcer les échanges commerciaux entre la France et les pays du MERCOSUR.

I. LE MERCOSUR ET L'ALENA

L'ALENA et le MERCOSUR, qui représentent respectivement 390 millions et 220 millions d'habitants, apparaissent aujourd'hui comme les deux entités régionales les plus dynamiques en Amérique latine. Je rappelle que l'Amérique latine part du Chili à l'Argentine pour remonter jusqu'au Mexique.

Constituées autour d'un puissant pôle économique, les États-Unis pour l'ALENA et le Brésil pour le MERCOSUR, ces deux entités ont permis une forte croissance des échanges entre les pays membres et sont devenues indiscutablement, depuis quelques années, des zones d'attraction pour les investisseurs nationaux et étrangers, en particuliers européens. II n'existe cependant aucune relation ou négociation de bloc à bloc entre l'ALENA et le MERCOSUR. De même, il n'y a aucun consensus entre les pays du continent sud-américain et les États-Unis sur le contenu possible d'une éventuelle zone de libre-échange des Amériques.

Les rapports entre le MERCOSUR et l'ALENA révèlent une forte rivalité entre le Brésil et les États-Unis. En effet, lors du sommet de Miami, en décembre 1994, le Président Clinton avait proposé d'entamer des négociations en vue de la création d'une zone de libre-échange des Amériques, de l'Alaska à la Terre de feu. Ce que l'on appelle l'ALCA aurait alors pris l'ALENA pour modèle. Immédiatement, les pays du MERCOSUR, à l'initiative du Brésil, ont manifesté leur réticence face à cette initiative nord-américaine.

Ceci s'est traduit par le renforcement du MERCOSUR. D'une part, celui-ci a élargi sa zone d'influence par une association avec les pays voisins. Ainsi, une association a été conclue avec le Chili, en juin dernier, puis avec la Bolivie. Un projet d'association existe aujourd'hui entre le MERCOSUR et le Venezuela. D'autre part, un accord a été signé entre l'Union européenne et le MERCOSUR, le premier de ce type entre deux blocs régionaux, faisant du MERCOSUR l'interlocuteur privilégié de l'Union européenne en Amérique latine. A cet égard, il n'est pas inutile de rappeler que le Mexique, membre de l'ALENA, négocie également un accord séparé avec l'Union européenne.

Les rapports entre le MERCOSUR et l'ALENA mettent en évidence le jeu des grandes puissances du continent américain, le Brésil et les États-Unis. Cette situation de rivalité peut donner un rôle d'arbitre à des puissances telles que le Mexique ou l'Argentine, dès lors que l'on se situe dans la perspective du grand ensemble d'Amérique latine. Le Brésil développe une stratégie de puissance régionale, essentiellement fondée sur l'intégration régionale dans le cadre du MERCOSUR. Cet objectif peut être considéré comme un défi lancé aux initiatives américaines de création d'une zone continentale. La réunion de Carthagène, du 18 au 21 mars 1996, a illustré cette divergence d'intérêts en permettant le renforcement de la cohésion du MERCOSUR, tout en exacerbant la rivalité entre le Brésil et les États-Unis dans le processus d'intégration continentale. L'Argentine, après avoir hésité entre une candidature à l'ALENA et la construction d'un accord d'intégration avec ses voisins, participe aujourd'hui sans la moindre ambiguïté à la construction du MERCOSUR et à la définition de sa politique extérieure en accord avec le Brésil.

Ma conviction est que les pays d'Amérique latine sont très intéressés par les évolutions économiques extrêmement rapides auxquelles nous assistons, mais qu'ils ne souhaitent pas mettre « tous leurs oeufs dans le même panier ». Ils acceptent de travailler avec les États-Unis mais ont visiblement peur de leur hégémonie excessive. Ils désirent construire une entité économique entre eux et veulent également avoir un partenaire fort, l'Europe et en particulier la France. Cet élément est essentiel. N'oubliez pas en effet que la France est le premier investisseur européen en Argentine et le deuxième investisseur mondial derrière le Chili. De même, les relations entre la France et le Mexique se développent considérablement sur le plan économique.