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Le Mot du mois

Octobre 2001 : Bernard SEILLIER, La situation consécutive aux attentats perpétrés aux Etats-Unis 

Dès que furent connus dans leur réalité terrifiante les événements du 11 septembre dernier, il fut évident qu'une riposte s'imposait, une riposte de la nation agressée, une riposte à la hauteur de la tragédie. Personne au monde ne pouvait imaginer le contraire, pas même les instigateurs du crime qui se voulait clairement une provocation à la guerre par son horreur délibérée.

Les Etats-Unis devaient se défendre, en trouvant la riposte appropriée, qui soit, d'une part, à la hauteur de la tragédie quant à la force et, d'autre part, à l'opposé de la barbarie quant à la méthode. Cette nécessité se pose dans une situation inédite. La justice véritable exige une identification personnelle des coupables. On peut admettre que les propres déclarations d'Oussama BEN LADEN sont largement suffisantes pour justifier son arrestation. Sommer l'Afghanistan de le livrer était donc logique et un préalable indispensable. Le refus de livrer l'inspirateur des actions terroristes a fait de cet Etat souverain un complice de l'acte de guerre du 11 septembre. La France a bien fait d'affirmer dans ce contexte sa solidarité avec les Etats-Unis. Mais il faut désormais contrôler et maîtriser l'affrontement, particulièrement les risques intempestifs de réaction en chaîne étendant le champ géographique de l'intervention. Une déflagration mondiale doit être évitée, contrairement à ce que la première appellation envisagée pour la riposte américaine, " Justice sans limite", pouvait laisser craindre.

La capture d'Oussama BEN LADEN reste l'objectif exclusif à ce jour des interventions militaires et fonde leur légitimité. Si la riposte est appelée à durer, comme le martèle le président américain, une précipitation dans l'escalade serait contradictoire et fautive.

Les opérations actuellement cantonnées sur l'Afghanistan, au niveau tant de la frappe aérienne que de l'infiltration des commandos, respectent le cadre de la légitime défense des Etats-Unis et de leurs alliés également menacés. Oussama BEN LADEN cherche évidemment à élargir le champ d'intervention en appelant à multiplier les agressions, pour embraser le monde entier dans un engregnage suicidaire, dont les commandos suicides ne sont que les détonateurs.

Par ailleurs, la puissance de la riposte des Américains et de leurs alliés de l'Est comme de l'Ouest, du Nord comme du Sud doit symboliser l'anti-barbarie, à l'écart de toute coalition d'inspiration ethnique, raciale ou religieuse.La précision, qualifiée de chirurgicale, des bombardements et la multiplication d'interventions humanitaires en faveur des réfugiés et des populations innocentes doivent offrir l'image diamétralement opposée de la fascination morbide de la mort véhiculée par le terrorisme. C'est l'imagination qui doit être sans limite en faveur de l'aide humanitaire. L'exode des réfugiés et les drames humains facilement imaginés risquent de culpabiliser les opinions publiques des nations engagées. Il faut intégrer cette donnée d'un conflit inédit, et bien mettre en lumière l'enjeu de la capture de l'agresseur caché. Le terrorisme est en effet potentiellement destructeur de la planète entière. Cela doit être compris par ceux qui seraient abusivement impressionnés. Cette mise en évidence constitue une deuxième dimension de la riposte. C'est une indispensable opération-vérité. Le terrorisme est un mensonge.

On juge l'arbre à ses fruits. Le terrorisme diffère toujours les récoltes et les lendemains qu'il promet. Oussama BEN LADEN déjà pris le chemin suivi par les grands mythomanes purificateurs de l'Histoire, qui ont prétendu recréer l'humanité en l'exterminant, comme le firent Hitler, Staline ou POL POT. Oussama BEN LADEN n'a que des morts à son actif. Il s'inscrit dans cette généalogie criminelle. Il annonce d'ailleurs à l'avance ce qu'il va faire, comme HITLER le fit dans Mein Kampf. Cela dit, il ne suffit pas de dénoncer l'imposteur et de le capturer. Il faut poursuivre notre oeuvre civilisatrice. La riposte au terrorisme et aux attentats contre les Etats-Unis comporte nécessairement des réponses nouvelles aux exigences de la justice au sein de notre commune humanité, et une lucidité sans cynisme sur nos véritables alliés dans le monde entier pour la cause de la liberté. Le premier impératif face à l'utopie idéaliste est de rompre avec l'utopie idéaliste, véritable désarmement unilatéral dont profite le terrorisme. Le spectacle du Stade de France le 5 octobre doit nous réveiller. Les Américains nous ont donné l'exemple de la cohésion nationale et patriotique dans l'épreuve. Les nations exigent pour durer des communautés vivantes, libres et cohérentes, sinon le champ est libre pour les communautarismes antagonistes. Les forces intellectuelles et morales, nécessaires à la construction de la paix, s'enracinent et se cultivent à partir des patrimoine culturels et politiques nationaux, et du patriotisme qui s'en inspire. A l'heure des réseaux terroristes internationaux, articulés sur des communautarismes locaux exacerbés, notre République est en danger. La négation de la réalité nationale favorise le pacifisme démobilisateur et fait le lit du terrorisme destructeur. Retrouvons les impératifs élémentaires de l'éducation nationale permettant à nouveau l'intégration par l'école et ceux de la défense nationale mobilisant effectivement tous ses jeunes citoyens pour défendre d'une manière ou d'une autre la fécondité de notre culture. Refusons l'existence de zones de non-droit sur notre territoire. Nos engagements internationaux auront d'autant plus de poids qu'ils s'appuieront sur une politique enracinée dans des valeurs propres revendiquées sans honte et sans agressivité, sachant même s'ouvrir, mais avec discernement, à des apports nouveaux. La meilleure riposte aux agressions terroristes commandées par Oussama BEN LADEN s'appuie d'abord sur notre volonté d'exister en tant que nation organisée. L'avons-nous vraiment ?

La réponse se joue d'abord sur notre territoire, avec notre Constitution et au coeur de notre patrimoine culturel et spirituel.

Croyons-nous encore dans l'alliance possible bien qu'exigeante de la compassion et de la vérité ? Avons-nous encore confiance dans la force de l'intelligence ? Sinon le terrorisme nous détruirait facilement, parce que notre âme serait déjà morte.



Bernard SEILLIER, Sénateur de l'Aveyron


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