Entre tribune et tribunal
Tu feras de la politique, mon enfant. Il y a une situation à prendre pour toi dans
la Sarthe. Mais doucement, mon fils, doucement, défie-toi de la vivacité de ton
tempérament. Fils dun ministre des Finances de Mac-Mahon, Joseph Caillaux
hérite du virus de la politique mais non des convictions de son père, homme de la droite
monarchiste et catholique. Jeune inspecteur des finances, il se présente à trente-cinq
ans à la députation, à Mamers. Candidat
républicain, il arrache au candidat des droites, le duc de La Rochefoucauld-Doudeauville,
le siège quil détenait depuis vingt-sept ans. Admirateur de Waldeck-Rousseau,
Caillaux devient son ministre des Finances (le plus jeune de France) dès 1899. Il a
déjà en tête un projet dimpôt sur le revenu. Solidaire de son président du
Conseil, il quitte avec lui le gouvernement en 1902 et se consacre à une intense
activité parlementaire avant dêtre rappelé au portefeuille des Finances par
Clemenceau, en 1906. Caillaux tente alors à nouveau de faire adopter le principe
dun impôt sur le revenu mais soulève une vive opposition, notamment au Sénat.
En juin 1911, le président Fallières lui confie la
constitution du gouvernement. Le ministère Caillaux ne dure pas six mois : il
tombe sur une affaire de politique étrangère et cest Clemenceau qui,
à la tribune du Sénat, porte le coup décisif à son ancien ministre. Ecarté du
pouvoir, Caillaux consolide son leadership à lintérieur du parti radical, dont il
devient le président en 1912. Tenu à distance des ministères par lhostilité de
Clemenceau, il parvient pourtant à revenir aux Finances dans le gouvernement Doumergue de
1913.
Mais cest pour se trouver exposé à une violente
campagne orchestrée par la presse de droite,Le Figaro de Gaston Calmette en tête.
Poussée à bout par des attaques qui népargnent pas sa vie privée, Madame
Caillaux abat alors dun coup de pistolet le directeur du Figaro. Défendue lors de
son procès par son mari, elle sera finalement acquittée. Réélu à la députation,
Caillaux passe le début de la guerre en retrait de la scène politique. Cest son
vieil ennemi Clemenceau, devenu président du Conseil, qui le replace sous les feux de la
rampe en 1917.
Partisan de longue date dun rapprochement
franco-allemand, Caillaux est soupçonné de trahison. Arrêté en janvier 1918 pour
intelligence avec lennemi, il est jugé deux fois devant le Sénat
réuni en Haute Cour et condamné en 1920 à trois ans de prison et à la privation de ses
droits politiques. Caillaux quitte Paris et ne réapparaît quen 1924. Lannée
suivante, il bénéficie dune loi damnistie et se présente au Sénat dans le
départe-ment de la Sarthe. Sa réhabilitation est complète : il est à nouveau ministre
des Finances, dans le cabinet Painlevé, puis dans le ministère Briand. Mais Caillaux a
évolué politiquement : il siège désormais à la droite des radicaux et sa politique se
heurte à une opposition massive de la gauche. Il se consacre alors à la Chambre Haute,
devenant président de la puissante commission des Finances en 1923, fonction quil
occupera pendant près de vingt ans.
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