Il a dit non au général de Gaulle
Né à Cayenne, Gaston Monnerville commence sa carrière
davocat à Toulouse, au lendemain de la guerre de 1914-1918, puis sinscrit au
barreau de Paris en 1921. A trente-quatre ans, il sillustre dans la défense de
quatorze Guyanais traduits en cour dassises après les émeutes déclenchées par la
mort de Jean Galmot : avec ses confrères de la défense, il obtient pour eux
lacquit-tement. Sollicité pour se présenter à la députation en Guyane, le jeune
avocat entre au Palais Bourbon en 1932 et devient sous-secrétaire aux Colonies en 1937 et
1938. Quand survient la guerre, Gaston Monnerville, en principe non mobilisable
puisquil est parlementaire et âgé de plus de quarante ans, obtient de pouvoir
sengager dans la Marine. Démobilisé après larmistice, il entre dans le
mouvement de résistance Combat et fait partie des maquis dAuvergne, sous le nom de
Commandant Saint-Just. Désigné en 1944 pour siéger à lAssemblée consultative
provisoire, Gaston Monnerville y préside la commission de la France dOutre-mer et,
lannée suivante, la com-mission chargée de préparer le futur sta-tut politique
des Territoires dOutre-mer. Elu député de la
Guyane à lAssemblée constituante, Gaston Monnerville devient conseiller de la
République de la Guyane en 1946 et est aussitôt désigné vice-président de la nouvelle
Chambre Haute. En 1947, il est élu président du Conseil de la République. En 1948, il
est élu sénateur du Lot. Il conservera le fauteuil de la Chambre Haute
(Conseil de la République puis Sénat de la Ve) pendant vingt-deux ans. Devenu, aux
termes de la Constitution de 1958 (à lélaboration de laquelle il a contribué), le
deuxième personnage de lEtat, Gaston Monnerville joue un rôle de premier plan dans
la vie politique française. En 1962, il est, au nom du respect de la Constitution, au
premier rang des opposants au référendum instituant lélection du président de la
République au suffrage universel. La presse le présente alors comme lhomme
qui a dit non au général de Gaulle. Après 1962 et jusquen 1968, date à
laquelle Gaston Monnerville annonce son intention de ne pas se représenter à la
présidence du Sénat, les rapports entre le Petit Luxembourg et lElysée seront de
plus en plus tendus. Lancien président du Sénat fera dailleurs connaître en
1969 sa désapprobation à légard du projet de réforme du Sénat proposé par le
général de Gaulle. Nommé en 1974 au Conseil constitutionnel, Gaston Monnerville y
siégera jusquen 1983.
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