| De laffaire Dreyfus à la construction
européenne Figure emblématique de la
SFIO, Marius Moutet aura connu trois Républiques. Quand il naît sous la IIIe, à Nîmes,
ses choix politiques sont déjà fixés ! Dans la petite ville où nous habitions,
ma famille, comme toutes les autres familles, se divisait très simple-ment entre les
blancs et les rouges. Mes parents faisaient partie des rouges et
jétais très fier quils aient été partisans de la fondation de la
République. A vingt ans, il adhère au groupe des étudiants socialistes de Lyon.
Deux ans plus tard, il fonde avec Edouard Herriot la première section lyonnaise de la
Ligue pour les Droits de lHomme. En 1914, il se présente à la députation dans le
Rhône et sa campagne est marquée par le soutien de Jaurès qui prononcera à cette
occasion son dernier discours, à la veille de lattentat du Croissant. Fervent
défenseur des droits de lhomme, il plaide en 1917 en faveur de Joseph Caillaux
devant le Sénat réuni en Haute Cour de justice.
Devenu député de la Drôme en 1929, Marius Moutet se voit confier à plusieurs reprises
le portefeuille des Colonies et met en place une politique économique et sociale marquée
par des décisions hautement symboliques, comme la suppression du bagne de la Guyane ou la
nomination dun gouverneur noir des Colonies, Félix Eboué. En 1940, Marius Moutet
fait partie du groupe des 80 qui refusent les pleins pouvoirs au maréchal
Pétain. Il devra passer toute la période de la guerre dans la clandestinité.
En 1946, il est chargé de négocier avec le gouvernement
de Ho Chi Minh. Ministre des Territoires doutre-mer, il fait également voter
larticle 8 de la Constitution de 1946 qui prévoit lévolution des populations
doutre-mer vers lindépendance. En 1947, il entre au Conseil de la République
comme représentant du Soudan puis, à partir de 1948, de la Drôme. Débute alors une
nouvelle période de sa carrière, largement consacrée à la construction européenne.
Membre de plusieurs instances européennes et internationales (Assemblée consultative du
Conseil de lEurope, Assemblée de lUnion de lEurope occidentale, Groupe
français de lUnion interparlementaire), il place au premier rang de ses
préoccupations lorganisation de la sécurité et de la paix. Doyen du Sénat, il
décède le 29 octobre 1968, à quatre-vingt-douze ans.
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