19 brumaire : Bonaparte "défenseur" des Chambres menacées

Bonaparte parachève son coup d'Etat du 18 brumaire, en se présentant, le lendemain devant les Anciens réunis à Saint-Cloud. Son discours est dans la droite ligne, jusque dans le vocabulaire, de celui de La Revellière-Lepeaux après fructidor.
“Citoyens représentants, les circonstances où vous vous trouvez ne sont pas ordinaires : vous êtes sur un volcan. Permettez-moi de vous parler avec la franchise d’un soldat et, pour échapper au piège qui vous est tendu, suspendez votre jugement jusqu’à ce que j’aie achevé.

Hier, j’étais tranquille à Paris, lorsque vous m’avez appelé pour me notifier le décret de translation
(des Chambres de Paris à Saint-Cloud) et me charger de l’exécuter. Aussitôt j’ai rassemblé mes camarades, nous avons volé à votre secours. Eh bien ! Aujourd’hui on m’abreuve déjà de calomnies. On parle de César, on parle de Cromwell, on parle de gouvernement militaire ! Si je l’avais voulu, serais-je accouru prêter mon appui à la Représentation nationale ?

Citoyens représentants, les moments pressent. Il est essentiel que vous preniez de promptes mesures. La République n’a plus de gouvernement, quatre des Directeurs ont donné leur démission, j’ai cru devoir mettre en surveillance le cinquième, en vertu du pouvoir dont vous m’avez investi. Le Conseil des Cinq-Cents est divisé ; il ne reste que le Conseil des Anciens. C’est de lui que je tiens mes pouvoirs, qu’il prenne des mesures, qu’il parle, me voilà pour exécuter.Sauvons la Liberté ! Sauvons l’Egalité !


Une voix : Et la Constitution ?

La Constitution ! reprend le général, vous l’avez vous-même anéantie. Au 18 fructidor vous l’avez violée ; vous l’avez violée au 22 floréal, vous l’avez violée au 30 prairial. Elle n’obtient plus le respect de personne. (…)
Ceux qui vous parlent de Constitution savent bien que, violée à tous moments, déchirée à toutes les pages, la Constitution n’existe plus.”