Avril 1814, drame en trois actes

Mars 1814, les troupes napoléoniennes sont en déroute. Les vainqueurs (Angleterre, Autriche, Prusse, Russie) sont entrés dans Paris et dictent les conditions de la paix. Le 2 avril, les sénateurs français sont reçus en audience par l’empereur Alexandre de Russie.

Barthélémy, président du Sénat, lui exprime la reconnaissance du Sénat “pour la modération et la générosité que sa Majesté a déployées envers la Ville de Paris”. La réponse d’Alexandre ne laisse aucun doute sur le sort réservé à Napoléon et à son régime.
“Messieurs, Je suis charmé de me retrouver au milieu de vous. Ce n’est ni l’ambition, ni l’amour des conquêtes qui m’y ont conduit. Mes armées ne sont entrées en France que pour repousser une injuste agression. Votre Empereur a porté la guerre chez moi lorsque je ne voulais que la paix. Je suis l’ami du peuple français. Je ne lui impute point les fautes de son chef. Je suis ici dans les intentions les plus amicales. Je ne veux que protéger vos délibérations. Vous êtes chargés d’une des plus honorables missions que des hommes généreux aient à remplir, c’est d’assurer le bonheur d’un grand peuple, en donnant à la France les institutions fortes et libérales dont elle ne peut se passer dans l’état actuel de ses lumières et de sa civilisation.”

Le lendemain de cette audience, le Sénat adopte le texte proclamant la déchéance de Napoléon.

“Le Sénat conservateur, Considérant que, dans une monarchie constitutionnelle, le monarque n’existe qu’en vertu de la constitution du pacte social ;
Que Napoléon Bonaparte, pendant quelque temps d’un gouvernement ferme et prudent, avait donné à la Nation des sujets de compter, pour l’avenir, sur des actes de sagesse et de justice mais qu’ensuite il a déchiré le pacte qui l’unissait au peuple français (suit une longue énumération des fautes de Napoléon);
Considérant que par toutes ces causes le gouvernement impérial établi par le sénatus-consulte du 28 floréal an XII a cessé d’exister et que le vœu manifeste de tous les Français appelle un ordre de choses dont le premier résultat soit le rétablissement de la paix générale (…)
Le Sénat déclare et décrète ce qui suit

Article premier
Napoléon Bonaparte est déchu du trône et le droit d’hérédité établi dans sa famille est aboli.

II
Le peuple français et l’armée sont déliés du serment de fidélité envers Napoléon Bonaparte.

III
Le présent décret sera transmis par un message au gouvernement provisoire de France, envoyé de suite à tous les départements et aux armées, et proclamé incessamment dans tous les quartiers de la capitale .


La déchéance de Napoléon a été prononcée le dimanche. Le mercredi, le Sénat adopte le décret suivant :
“Article II. Le peuple français appelle librement au trône de France Louis-Stanislas Xavier de France (il s’agit de Louis-XVIII), frère du dernier roi et après lui les autres membres de la maison de Bourbon, dans l’ordre ancien et accoutumé .”