Charles Sainte-Beuve

1803-1869

Un journaliste au Sénat

Jeune critique, écrivain débutant, Sainte-Beuve est admis au prestigieux Cénacle romantique qu'anime le bouillant Victor Hugo. La révolution de 1830 le pousse vers le journalisme. Il écrit notamment pour Le Globe et Le National (très virulent opposant à la Monarchie de Juillet). Il hésite alors entre libéralisme et mysticisme. Survient la révolution de 1848. Sainte-Beuve passe en Belgique et revient à Paris après le 2 décembre 1851 pour se rallier à l'Empire. Ce choix politique lui vaut un accueil houleux au Collège de France où il vient d'être nommé professeur

de poésie latine. Hué par les étudiants libéraux, Sainte-Beuve, protégé par des sergents de ville, devra renoncer dès son deuxième cours. En avril 1865, il est appelé à siéger au Sénat.

L'ancien journaliste y retrouve un peu de sa popularité perdue, en intervenant dans les débats touchant aux lettres et à la liberté de pensée. Il n'a accepté cette fonction, dira-t-il, “que pour intervenir dans les débats qui porteraient sur des objets de sa compétence, c'est-à-dire sur les questions littéraires, pour défendre au besoin ses confrères du dehors, rendre justice à leurs efforts et repousser les accusations mal fondées dont ils pourraient être l'objet”. Homme de contradictions, Sainte-Beuve le reste jusque dans la mort. Celui que Georges Sand décrivait à trente ans comme un “pieux et tendre rêveur” exige - choix scandaleux pour le Sénat - des obsèques civiles et sans solennité. “Je demande à être porté directement de mon domicile au cimetière Montparnasse, dans le caveau où est ma mère, sans passer par l'église, ce que je ne saurais faire sans violer mes sentiments.”