Marius Moutet

1876-1968

De l'affaire Dreyfus à la construction européenne

Figure emblématique de la SFIO, Marius Moutet aura connu trois Républiques. Quand il naît sous la IIIe, à Nîmes, ses choix politiques sont déjà fixés ! “Dans la petite ville où nous habitions, ma famille, comme toutes les autres familles, se divisait très simple-ment entre les “blancs” et les “rouges”. Mes parents faisaient partie des rouges et j'étais très fier qu'ils aient été partisans de la fondation de la République.” A vingt ans, il adhère au groupe des étudiants socialistes de Lyon. Deux ans plus tard, il fonde avec Edouard Herriot la première section lyonnaise de la Ligue pour les Droits de l'Homme. En 1914, il se présente à la députation dans le Rhône et sa campagne est marquée par le soutien de Jaurès qui prononcera à cette occasion son dernier discours, à la veille de l'attentat du Croissant. Fervent défenseur des droits de l'homme, il plaide en 1917 en faveur de Joseph Caillaux devant le Sénat réuni en Haute Cour de justice.

Devenu député de la Drôme en 1929, Marius Moutet se voit confier à plusieurs reprises le portefeuille des Colonies et met en place une politique économique et sociale marquée par des décisions hautement symboliques, comme la suppression du bagne de la Guyane ou la nomination d'un gouverneur noir des Colonies, Félix Eboué. En 1940, Marius Moutet fait partie du groupe des “80” qui refusent les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Il devra passer toute la période de la guerre dans la clandestinité.

En 1946, il est chargé de négocier avec le gouvernement de Ho Chi Minh. Ministre des Territoires d'outre-mer, il fait également voter l'article 8 de la Constitution de 1946 qui prévoit l'évolution des populations d'outre-mer vers l'indépendance. En 1947, il entre au Conseil de la République comme représentant du Soudan puis, à partir de 1948, de la Drôme. Débute alors une nouvelle période de sa carrière, largement consacrée à la construction européenne. Membre de plusieurs instances européennes et internationales (Assemblée consultative du Conseil de l'Europe, Assemblée de l'Union de l'Europe occidentale, Groupe français de l'Union interparlementaire), il place au premier rang de ses préoccupations l'organisation de la sécurité et de la paix. Doyen du Sénat, il décède le 29 octobre 1968, à quatre-vingt-douze ans.