Paris, le 12 novembre 1996
PANORAMA SOMMAIRE DES NOUVELLES TECHNOLOGIES DE L'INFORMATION
ET DE LA COMMUNICATION
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La (télé)communication repose sur des codages
Les télécommunications, comme la communication elle-même, font appel à des systèmes de codage et de transcodage. Le langage, premier mode de communication entre les hommes, est une expression codée de la pensée. L'écriture, par l'échange de correspondances qu'elle permet, a été l'un des premiers moyens de télécommunication, en temps différé entre êtres humains éloignés. L'écriture peut, elle aussi, être considérée comme un code, c'est-à-dire un système conventionnel de signaux et de symboles. Mais ce n'est qu'une transcription du langage, donc un transcodage (ou codage de codage).
Le langage parlé, exprimé oralement ou transcrit, n'est pas le seul à permettre des échanges entre les hommes. D'autres langages ou modes d'expression sont utilisés : musique, image ou mathématiques ...
Les télécommunications modernes codent les différents contenus échangés, au moyen de signaux électriques, électromagnétiques ou optiques. Elles utilisent, par la même occasion, les propriétés de propagation de l'électricité dans des fils ou des câbles conducteurs, des ondes électromagnétiques dans l'atmosphère, ou des ondes optiques dans la fibre.
Évolution des télécommunications : constantes et nouveautés
Un aperçu historique est nécessaire pour bien comprendre les différentes techniques utilisées aujourd'hui. Le temps qui nous sépare de l'origine des télécommunications modernes est étonnamment bref : à peine plus d'un siècle et demi depuis l'invention par Morse du télégraphe en 1836.
Durant cette brève période, on a assisté :
1. A une diversification des télétransmissions portant à la fois sur :
les types d'émissions et leurs supports
les contenus échangés
et les terminaux
avec l'apparition, après le télégraphe :
du téléphone,
de la radio,
puis de la télévision et de l'informatique communicante.
2. A une multiplication correspondante des catégories de réseaux.
Cette diversification croissante s'accompagne cependant de constantes :
1. Dualité de liaisons filaires et sans fil :
d'un côté le télégraphe, le téléphone, la télévision câblée, les données sur fibre optique,
de l'autre, la radio, la télévision, le téléphone mobile et les autres données diffusées par voie hertzienne terrestre ou par satellite.
2. Dualité de réseaux :
avec, d'une part, les réseaux point/multipoint de diffusion à sens unique,
d'autre part, les réseaux de communication proprement dite permettant des échanges entre individus.
Ces derniers, dont l'archétype est le réseau téléphonique, font appel à la technique de la commutation (qui permet à chaque communication d'atteindre, par des aiguillages successifs, sa destination).
3. Saturation, enfin, des capacités existantes conduisant à la recherche de nouveaux moyens d'échanges.
Dans l'après-guerre, un certain nombre d'avancées scientifiques et techniques très importantes sont venues compléter, sans profondément le modifier, ce schéma d'évolution.
Les deux premières tendances principales, liées entre elles, ont été :
la "numérisation" croissante du traitement des signaux,
l'apparition de l'informatique communicante.
1. Qu'appelle-t-on le numérique ?
Le fait de coder en langage binaire, c'est-à-dire sous la forme d'une suite de 0 de 1, les informations ou les signaux à transmettre. Les éléments binaires de base de ce codage sont appelés "bits" (de la contraction des mots anglais Binary digiT). Les données à transmettre sont codées de la sorte, soit directement, soit après avoir été d'abord exprimées sous forme analogique.
Les signaux correspondant au son, à la voix ou aux images demeurent en effet traités au départ et restitués in fine de façon analogique. Il s'agit, dans ces cas, d'émettre et de propager des courants électriques dont les variations d'intensité sont exactement fidèles à celles des phénomènes physiques représentatifs des données transmises (vibrations sonores de la voix et variation de luminosité de l'image).
Cette dualité entre transmission analogique et numérique a, en vérité, des origines anciennes. Depuis l'alphabet morse, qui constitue en fait un code binaire très simplifié (dans lequel les points et les traits font office de 0 et de 1), on sait qu'il est possible de jouer de deux façons sur le courant électrique pour émettre des signaux : par des interruptions (signaux discrets correspondant au numérique) ou des variations d'intensité (signaux continus caractéristiques de l'analogique).
Lorsque la donnée à transmettre s'exprime physiquement par des fluctuations continues (cas du son et de l'image), il a longtemps semblé préférable de faire appel à des courants "ondulatoires" plutôt qu'à des courants "pulsatoires". On sait cependant, aujourd'hui, représenter n'importe quelle donnée sous une forme codée numériquement et la transmettre de façon pulsatoire. Ainsi, pour le son et l'image, les valeurs représentatives du diagramme du signal sinusoïdal analogique de base sont-elles susceptibles d'être codées en langage binaire afin de pouvoir être transmises ou stockées numériquement. Dans le cas de l'image animée, il a fallu, pour en arriver là, maîtriser, grâce à des techniques de compression qui seront examinées plus loin, le flot impressionnant de données à prendre en considération.
Le principal avantage est de pouvoir combiner beaucoup plus aisément l'image et le son avec les autres données (textes, chiffres ...), de façon, notamment, à les traiter informatiquement ou à les transporter ensemble à travers les mêmes réseaux.
2. L'apparition de l'informatique communicante
Le numérique qui vient d'être évoqué est le langage de l'informatique. Celle-ci, grâce aux progrès des microprocesseurs (décrits plus loin), est devenue communicante, ce qui constitue l'une des évolutions majeures des télécommunications dans l'après-guerre. L'apparition de l'informatique communicante a, en effet, entraîné celle de réseaux par lesquels s'échangent des données informatiques, appelées "réseaux de données". Ces réseaux font appel à un mode de commutation différent de celui des réseaux téléphoniques traditionnels.
Mais les échanges de données informatiques peuvent se passer de commutation en recourant à des réseaux locaux à ressources partagées (à structure en anneau ou en ligne style Ethernet ou token ring) ou, pour les grandes distances, à des liaisons spécialisées, le plus souvent louées aux opérateurs publics.
En outre, les informaticiens se sont longtemps distingués des "télécommunicants" par le mode non connecté de leurs liaisons (sur les réseaux téléphoniques, vous décrochez, vous avez la tonalité, la ligne est disponible. Dans les réseaux informatiques, pour qu'une liaison soit établie, un protocole de communication doit d'abord être établi entre deux machines).
Enfin, les informaticiens considèrent souvent que l'intelligence en matière de télécommunications doit résider dans le terminal, contrairement aux opérateurs téléphoniques qui, eux, préfèrent la placer dans les nœuds de leurs réseaux.
L'accès à la commutation des réseaux informatiques a contribué à les rapprocher quelque peu des réseaux téléphoniques, mais il s'agit de deux modes de commutation différents. Dans les réseaux téléphoniques, la communication suit toujours le même trajet pendant la durée de la liaison (les mêmes lignes sont utilisées), il y a commutation de circuits. Pour les échanges informatiques, les données numérisées sont regroupées en paquets qui peuvent emprunter des itinéraires différents, au gré des échanges, pour arriver à destination, en fonction de l'encombrement des différentes voies du réseau. Il y a commutation de paquets. Ceux-ci sont remis en bon ordre à l'arrivée.
Internet, dont on connaît le succès mondial, utilise la commutation par paquets, tout en empruntant, au besoin, les infrastructures du réseau téléphonique commuté. Les modems permettent, en effet, aujourd'hui, de convertir le langage de l'ordinateur en signaux compatibles avec le parcours des réseaux téléphoniques (même dans leurs parties encore analogiques).
La numérisation de la transmission de toutes les données et l'avènement de réseaux informatiques commutés a donc des conséquences très importantes :
permettre à l'image et au son d'être véhiculés sur tous les réseaux téléphoniques et informatiques ;
donner la possibilité de rendre ainsi multimédia les terminaux qui, à la différence des téléviseurs, ne l'étaient pas encore (ordinateurs, visiophones) en ajoutant de l'image et/ou du son ;
stocker sur le même support images, son, texte, ou toute autre données ;
multiplier les capacités de diffusion grâce à la compression de données qui sera évoquée plus loin ;
accéder à distance à la demande, en temps réel, à des données multimédia à travers les différents réseaux (grâce à la nouvelle architecture informatique client/serveur).
Cette même période de l'après-guerre a vu aussi apparaître des moyens nouveaux de s'attaquer à l'éternel problème -que je signalais tout à l'heure- des télécommunications, à savoir la saturation progressive des capacités disponibles.
En ce qui concerne la transmission par les ondes électromagnétiques (ce qu'on appelle "le hertzien") la solution classique pour acquérir des capacités de diffusion supplémentaires était et demeure la montée en fréquences. La fréquence, exprimée en hertz (du nom d'un célèbre physicien allemand du XIXe siècle), correspond à la cadence de transmission des informations. Il est facile de comprendre, intuitivement, que plus la fréquence est élevée, plus la quantité de données émises est importante, mais plus aussi la zone de couverture des émetteurs est limitée, la fréquence étant inversement proportionnelle à la longueur d'ondes.
Après les grandes ondes, les ondes moyennes, puis les ondes courtes, on en est aujourd'hui à explorer les possibilités d'ondes millimétriques ou micro-ondes auxquelles correspondent les systèmes de diffusion MMDS (en anglais Micro Waves Multipoint Distribution System), dont beaucoup d'entre vous ont probablement entendu parler.
Par ailleurs, le recours au satellite, comme relais de diffusion ou de communication, permet de pallier la rareté des fréquences disponibles au sol (les interférences sont évitées grâce à des directions de propagation, montantes et descendantes, différentes de celles utilisées à terre). Mais des problèmes d'encombrement d'orbites et de fréquences commencent aussi à se poser dans l'espace.
S'agissant des systèmes filaires de transmission, après le câble coaxial, est apparu en laboratoire, à la fin des années soixante, un nouveau matériau : la fibre de silice ou fibre optique. Si l'idée d'utiliser les ondes optiques dans le domaine des télétransmissions n'est pas nouvelle, la maîtrise de ce nouveau support place les télécommunications dans une situation radicalement inédite dans la mesure où les réserves de capacité de la fibre optique semblent actuellement quasiment illimitées !
Autre rupture complète avec le passé : la "compression de données" permet, pour la première fois, d'agir également sur la demande de capacités de transmission (que l'on arrive à réduire pour un signal donné) au lieu de se contenter de chercher uniquement à augmenter systématiquement l'offre de capacité.
Les progrès réalisés dans ce domaine ont été tels que ce qui paraissait constituer le principal obstacle du numérique (la maîtrise d'un flux considérable de données) en est devenu l'un des principaux atouts. La compression numérique de données permet, par exemple, de multiplier par un facteur de cinq ou six le nombre de chaînes de télévision passant par l'intermédiaire d'un répéteur de satellite.
La compression de données correspond à ce que l'on appelle le "codage source" du signal. Ce codage permet, par l'utilisation d'algorithmes complexes, de réduire à l'origine le débit de données numériques à transmettre en éliminant les redondances, en reconstituant à l'arrivée des éléments manquants, etc... C'est la compression de données qui a permis, comme je l'ai dit, la numérisation, capitale, de la transmission des images et, notamment, des images animées.
Mais il y a aussi le "codage canal" qui correspond à la phase de transport du signal après le codage de source initial. C'est à ce stade qu'interviennent les "modulations" du signal destinées à le propager le plus efficacement possible. Les techniques de modulation numérique tendant à améliorer le ratio bits/hertz, autrement dit à transmettre le plus rapidement possible le plus de données numériques et ainsi à prévenir l'encombrement des ondes (l'espace hertzien est divisé en bandes de fréquences, des plus basses au plus élevées. Le hertz, qui est l'unité servant à exprimer la cadence des émissions, sert aussi à mesurer l'espace occupé par le signal que l'on appelle la "bande passante". Par exemple, l'espace alloué en France à chaque chaîne de télévision terrestre hertzienne est de 8 mégahertz).
Le trafic transitant par les voies filaires est, quant à lui, exprimé en bits par seconde.
Le multiplexage, c'est-à-dire le mélange, durant le transport, de signaux d'origines diverses, est une autre façon d'optimiser l'occupation de la bande passante. Aux techniques analogiques de multiplexage selon les fréquences, le numérique substitue des techniques plus performantes de multiplexage temporel (pour lesquelles l'unité de base n'est plus la bande de fréquences mais un intervalle de temps). Le multiplexage temporel a notamment l'avantage de permettre des commutations sans démultiplexage.
Avec, d'un côté la compression de données, de l'autre les capacités presque illimitées de la fibre optique, il n'est pas facile d'évaluer les besoins en débit ou même de qualifier ce qu'est un haut débit.
En fait, la notion de débit est relative. On parle aujourd'hui de hauts débits à propos de visioconférences ou de liaisons informatiques (transferts de fichiers) à 2 Mégabits (2 millions de bits) par seconde, par comparaison au trafic d'une voie téléphonique qui n'est que de 64 Kbit (64 mille bits) par seconde. Une image de qualité SECAMnécessite entre 5 et 6 Mégabit/s. La limite supérieure actuelle avoisine 140 Mbit/s (télévision haute définition, liaisons spécialisées informatiques). Mais, pour demain, il est question de "réseaux gigabits" (milliards de bits), voire terabits (milliers de milliards !).
Une mutation progressive
La principale conclusion de ce survol historique est que l'avènement de la société de l'information correspond à une mutation qui ne s'est pas faite du jour au lendemain. Cette mutation a été permise par une avancée continue dans le domaine des composants depuis l'invention du transistor en 1948, en passant par celle des circuits intégrés dix ans plus tard, puis des microprocesseurs en 1971.
La maturation des technologies fondamentales a été progressive : il suffit de penser que la fibre optique date de 1966, la commutation par paquets de 1960... Finalement, la percée décisive la plus récente et la plus rapide a été celle de la compression de données qui a permis la maîtrise, en moins d'une dizaine d'années, de la numérisation de la transmission et du stockage des images animées.
L'informatique a joué un rôle majeur dans ces évolutions : en imposant son langage, le numérique ; en tant qu'instrument de recherche pour la mise au point des logiciels et des algorithmes de compression des données ; pour la gestion des réseau (dont les nœuds et les commandes sont régis par des ordinateurs) ; en devenant communicante et multimédia, enfin, permettant ainsi de traiter de façon combinée le texte, le son, l'image (ce qui a conduit, notamment, à l'informatisation des régies de production audiovisuelle) et d'accéder, par les réseaux, aux données correspondantes ou de les échanger de façon interactive.
Une situation de plus en plus complexe malgré des convergences
La situation héritée de ces évolutions est -et demeurera- très complexe malgré les convergences auxquelles on assiste.
1. L'avènement de la société de l'information est souvent présenté comme la résultante d'un rapprochement (d'aucuns parlent même de fusion) entre les secteurs des télécommunications, de l'audiovisuel et de l'informatique (auxquels il faudrait d'ailleurs ajouter l'édition).
De fait, de réels mouvements de convergence se produisent ou sont en perspective :
les produits audiovisuels peuvent être distribués avec une certaine interactivité (notion de vidéo "à la demande"), même à travers le réseau téléphonique. Le téléviseur et l'ordinateur se rapprochent, le premier va s'enrichir de nouvelles fonctionnalités et accéder à de nouveaux services (et même au réseau Internet), grâce à des décodeurs perfectionnés. Le second permettra d'assister à des émissions télévisées, après être devenu, comme on l'a vu, communicant, puis multimédia.
le monde du téléphone accède à l'image : aujourd'hui, grâce à la visioconférence, rendue possible par le RNIS (Réseau Numérique à Intégration de Services), avec cependant des performances limitées ; demain, peut-être, avec le visiophone, dont le succès commercial n'est cependant pas assuré.
l'accès des réseaux informatiques à la commutation les a rapprochés -on l'a vu- des réseaux téléphoniques. Demain, la technique ATM va sans doute accentuer cette convergence et l'étendre à l'audiovisuel.
L'ATM (Asynchrone Transfer Mode) est une variante simplifiée de la commutation par paquet, qui essaye, tout en simplifiant celle-ci, de tirer le meilleur parti de la commutation de circuits.
La simplification, par rapport à la commutation par paquets, résulte :
de la structuration des données numériques en cellules de dimensions fixes et plus réduites que celles des paquets (ce qui facilite l'acheminement, la commutation, etc...) ;
du report à la périphérie du réseau de certaines fonctions complexes (traitements d'accès, contrôles de flux...).
Le transfert, c'est-à-dire le transport des éléments constitutifs du message transmis, s'effectue, comme dans les réseaux de paquets, de façon asynchrone. Cette solution permet une allocation de la bande passante en fonction des besoins, plus dynamique, plus souple et plus efficace que les méthodes synchrones.
La solution asynchrone est en outre compatible avec les hauts débits, comme l'ont montré les travaux du CNET dès 1982. Cependant, les réseaux par paquets, qui s'accommodent bien de débits variables ou sporadiques (comme ceux occasionnés par les échanges de données informatiques), paraissent en revanche moins bien adaptés aux services temps réels (comme la vidéo) ou au trafic téléphonique qui requièrent une synchronisation que les réseaux de circuit semblent a priori mieux à même d'assurer.
Aussi l'ATM comporte-t-il des fonctions d'adaptation aux services à débit constant (avec compensation de la variabilité des temps de propagation et reprise d'horloge). D'autre part, l'ATM se rapproche de la commutation de circuits. Ainsi, chaque bloc d'informations émis se voit préalablement attribué un circuit "virtuel" de transmission (le mot "virtuel" signifie que les conduits physiques permettant l'acheminement du message sont partagés au cours du temps avec d'autres utilisateurs).
L'ATM tend ainsi à cumuler les avantages de la commutation de circuits (transparence à l'information et transmission en temps réel) et de la commutation par paquets (débits variables et occupation maximisée de la bande passante). Il s'adapte de la sorte à des débits constants ou variables, faibles ou forts. Il permet d'envisager des réseaux uniques de transferts pour différents services (voix, vidéo, données) alors que le RNIS ne réalise pas vraiment de fusion des réseaux à commutation de circuits et de paquets, même s'il leur offre des interfaces uniques.
Malgré les perspectives offertes par l'ATM, la perspective d'intégration des différents réseaux paraît encore très lointaine et la situation du présent et du proche avenir est -et sera- d'une complexité accrue.
Les facteurs de complexité sont en effet nombreux :
persistance de l'analogique (dont on n'imagine pas pouvoir se passer) pour la saisie des images et du son, d'où la nécessité de conversions en données numériques ;
conversions aussi entre l'électronique et l'optique pour le transport en fibres optiques ;
explosion des communications sans fils (aujourd'hui le téléphone, demain les échanges d'autres données) qui oblige à compléter les réseaux filaires par des réseaux cellulaires hertziens qui leur sont raccordés par des bornes spécifiques ;
hétérogénéité des terminaux, de leurs standards et de leurs normes, notamment en informatique ;
enrichissement de l'offre de services et concurrence entre opérateurs qui oblige à prévoir des interconnexions et une inter-opérabilité entre des infrastructures différentes.
Enfin, les anciens supports, revigorés, accèdent aux hauts débits :
la bonne vieille paire de cuivre peut ainsi offrir des débits insoupçonnés grâce à de nouvelles techniques comme l'ADSL (modulation permettant des débits de plusieurs Mégabits sur de courtes distances par l'utilisation de fréquences inexploitées lors du transport de la voix) ;
les réseaux câblés audiovisuels peuvent offrir l'interactivité et, grâce à des modems spécifiques, des accès à Internet à des débits plus élevés que ceux du réseau téléphonique ;
en mode hertzien, les ondes millimétriques autorisent de vrais hauts débits. Le MMDS peut ainsi se prêter à la diffusion de programmes audiovisuels ou de données. Des solutions sont actuellement à l'étude pour la voie de retour qui rendrait, en outre, ce système interactif.
en ce qui concerne l'espace, l'ambitieux projet TELEDESIC de Bill Gates et Craig Mac Caw prévoit la mise en orbite d'une constellation de 840 satellites défilant en orbites basses susceptibles d'offrir à 20.000 personnes dans le monde entier des liaisons Internet à 1,5 Megabit/s.
Ces différentes solutions diminuent l'intérêt d'une "fibroptisation" complète des réseaux jusqu'à l'abonné, en contournant ce qu'on appelle la "boucle locale", c'est-à-dire la partie terminale, dont les débits sont actuellement les plus limités. De toute façon, comme on l'a vu, la mobilité croissante des communications rend indispensable le recours au "sans fil".
On se trouve ainsi en présence de réseaux concurrents, hétérogènes et hybrides qui font appel, à la fois au fil et au sans fil, au cuivre, au coaxial et à la fibre optique d'un côté, au satellite et au hertzien terrestre, de l'autre.
Si l'ATM, comme il faut l'espérer, parvient à s'imposer, il devra s'accommoder de ces différents réseaux et coexister avec d'autres techniques de transport, notamment celle que l'on appelle le SDH (ou Synchronous Digital Hierarchy), adoptée pour les hauts débits par de nombreux opérateurs dont France-Télécom. Des solutions permettant d'utiliser en superposition ces deux techniques (l'une asynchrone, l'autre synchrone) sont certes possibles mais elles sont complexes.
Cette complexité croissante des réseaux s'accompagne d'un renforcement des exigences de la clientèle qui réclame, outre une utilisation transparente de l'ensemble des techniques et des infrastructures, des terminaux toujours plus conviviaux.
Le triomphe de l'immatériel
La maîtrise de la complexité représente ainsi un des défis majeurs de l'avenir des télécommunications. Le succès, dans ce domaine, suppose une victoire de l'intelligence sur les obstacles physiques, un véritable triomphe de l'immatériel.
Les succès récents d'Internet ou de certains logiciels "orientés objet" comme Java sont dus à des constructions de l'intelligence tendant à masquer l'hétérogénéité des normes ou des matériels, ou à dépasser les cloisonnements entre différents types de bases de données.
Ainsi, Internet, on l'oublie parfois, n'est pas un réseau -au sens physique du terme- mais un protocole, c'est-à-dire un ensemble de conventions informatiques, définissant un format de paquets standard et une méthode d'adressage reconnaissable par des routeurs (qui sont des ordinateurs) inter-réseaux. Il s'agit donc, en quelques sorte, d'un réseau de réseaux qui fait appel à la commutation de paquets pour échanger différentes sortes de données et rendre des services variés dans le monde entier à toute personne équipée d'un ordinateur (même un simple micro-ordinateur) muni d'un modem. Le succès de l'application de ce protocole, baptisé alors "Intranet", aux réseaux internes d'entreprises, réside dans le fait qu'il permet à des ordinateurs différents de travailler ensemble.
Mais la faveur dont jouit Internet est également liée aux logiciels qui lui sont associés (un logiciel est un ensemble d'instructions destinées à faire exécuter par l'ordinateur certaines tâches). Que serait Internet sans les logiciels essentiels qui facilitent les recherches dans les surabondantes bases de données disponibles sur les serveurs du monde entier ?
On peut citer :
les logiciels issus des technologies "hypertext" ou "hypermédia" qui rendent possibles les recherches par thèmes en reliant les informations correspondantes par mots ou références clé. Ces technologies utilisent le langage HTML (Hyper Text Markup Language) et le WEB, sorte de toile d'araignée mondiale, qui tisse des liens quasiment transparents entre les bases de données du monde entier ;
ce sont des navigateurs ("browsers" en anglais, expression que l'on peut traduire aussi par "butineur" ou "feuilleteur") qui permettent d'aller chercher l'information sur le WEB. Les plus connus sont Navigator de Netscape et Explorer de Microsoft.
L'évolution des logiciels tend à dépasser les cloisonnements initiaux entre bases de données. On est passé, ainsi, de bases de données initiales monofichiers à des bases reliées entre elles puis aux bases actuelles "orientées objet" qui permettent des liaisons et imbrications d'objets (modules d'informations relatives à un même thème), empruntés à des bases différentes, qui conservent leur format et leurs propriétés d'origine.
Java dont on parle beaucoup actuellement est, en quelque sorte, l'aboutissement ultime de cette notion. Ce langage informatique mis au point par Sun autorise un accès quasiment transparent pour l'utilisateur à n'importe quelle base de données du marché. Il permet de télécharger sur n'importe quelle machine de petites applications (applets en anglais) d'images animées, complémentaires de pages WEB.
Cette possibilité de téléchargement de logiciels sur les terminaux d'Internet est à la base du concept lancé par Sun et Oracle, de "network computer" ou "cybertels" auquel Microsoft et les fabricants d'ordinateurs personnels tentent de répliquer en proposant des machines elles aussi simplifiées et moins chères, mais plus autonomes par rapport au réseau. Cette rivalité fait rebondir le vieux conflit entre l'intelligence dans le réseau ou dans le terminal.
Du côté des exploitants de réseaux de télécommunications, le choix est clair, seul le concept de "réseau intelligent" permet de concilier la diversification de l'offre de services et l'inter-opérabilité entre infrastructures concurrentes et hybrides. Cette notion revient à séparer les fonctions de base, qui consistent à transporter et commuter des flux numériques de données, des fonctions de commande et gestion des services. Au dessus de l'acheminement banalisé des informations numérisées, apparaît ainsi une spécialisation des points de traitement des services par des plates-formes informatiques.
Ainsi, la convivialité des terminaux, la transparence des réseaux, la navigation dans des bases de données plus nombreuses et fournies nécessitent des protocoles, des langages et des logiciels dont la complexité s'accroît. L'économie des réseaux est de plus en plus immatérielle en ce sens que les investissements logiciels prennent le pas sur les investissements physiques.
Au terme de cette présentation des technologies de l'information, il est possible de tenter de lever les ambiguïtés que comportent les termes le plus souvent utilisés.
La métaphore "autoroutes de l'information" ne rend pas compte, tout d'abord, du fait qu'il s'agit d'échanges instantanés, non seulement d'informations mais aussi de communications personnelles (messages) et de services (transactions à distance par exemple). On ne voit pas non plus apparaître le caractère multi-support des réseaux correspondants (fibre, hertzien, satellite).
L'"interactivité" dont on parle existe à des degrés très divers depuis le simple passage d'une consommation "au menu" à une consommation "à la carte" de programmes audiovisuels, jusqu'à un véritable travail commun effectué à l'aide d'ordinateurs en réseau, en passant par la consultation de bases de données ou la réalisation de transactions. Le débit nécessaire pour la voie de retour n'est évidemment pas du tout le même dans tous ces cas !
Le terme multimédia est tout aussi confus. Il ne distingue pas le vieux multimédia (cinéma, télévision) du récent (accès par ordinateurs à de nouveaux supports de stockage magnéto-optiques). Il vise à la fois le transport (multiplexage de données numériques afférentes au texte, à l'image et au son) et le contenu (combinaison de ces mêmes données dans des documents spécifiques...). Le multimédia c'est, en définitive, la possibilité d'ajouter de l'image, du son ou d'autres données à des médias qui, jusqu'alors, ne le permettaient pas (en ce sens les futurs postes de radio numériques automobiles qui permettront d'afficher des cartes routières sur leurs écrans seront multimédia...).
Le mot "virtuel", enfin, est trompeur. Selon les cas, il veut dire simplement "délocalisé" ou "dématérialisé", il désigne la simulation du réel ou des créations vraiment purement imaginaires ou, enfin, s'agissant de réseaux, il signifie que les structures physiques des réseaux ne sont pas affectées à un seul usage mais à plusieurs utilisateurs ou services simultanément, à tout instant (notion de conduits ou de circuits "virtuels").
Il n'en demeure pas moins que les communautés "virtuelles" relient, par le réseau, des individus qui sont bien des personnes physiques ; les magasin "virtuels" permettent d'acquérir des biens réels, la monnaie électronique aboutit à débiter de vrais comptes en banque, etc...
Il est difficile, s'agissant de la société de l'information, de faire la part de l'exagération. Les technologies de l'information reposent sur des découvertes qui n'équivalent pas à l'invention de la roue ou de l'imprimerie. Il s'agit tout d'abord d'un processus continu qui n'est pas achevé. Il en résulte, d'un point de vue qualitatif, un enrichissement des moyens de s'informer, de communiquer et de créer, grâce à une sorte de métissage des différents moyens d'expression et à une hybridation des réseaux.
Mais l'évolution est surtout quantitative et spatio-temporelle, c'est la mise à disposition, instantanée, dans le monde entier, à un nombre croissant d'individus, d'une quantité multipliée d'informations de toute sorte.
Ubiquité, spontanéité, multimédia, interactivité, croissance du nombre de données échangées et d'utilisateurs, tels sont les principaux apports des nouvelles techniques d'information et de communication.
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