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N° 68 SESSION ORDINAIRE DE 2015-2016 26 janvier 2016 |
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rÉsolution
europÉenne relative aux effets des accords
commerciaux conclus par l’Union européenne sur les économies
sucrières et la filière de la canne des régions ultrapériphériques. |
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Est devenue
résolution du Sénat, conformément à l’article 73 quinquies, alinéas 4 et 5, du
Règlement du Sénat, la résolution adoptée par la commission des affaires
économiques dont la teneur suit : |
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Voir
les numéros : Sénat : 282, 299 et 312 (2015-2016). |
Le Sénat,
Vu l’article 88-4 de la
Constitution,
Vu les articles 206, 207 et
349 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne,
Vu la résolution
n° 105 du Sénat (2010-2011), du 3 mai 2011, tendant à obtenir
compensation des effets, sur l’agriculture des départements d’outre-mer, des
accords commerciaux conclus par l’Union européenne,
Vu la communication « Les régions ultrapériphériques de l’Union
européenne : vers un partenariat pour une croissance intelligente, durable
et inclusive » présentée par la Commission européenne le 20
juin 2012,
Vu le rapport de la
Commission au Parlement européen et au Conseil COM (2013) 323 du 31 mai
2013 sur l’évolution des importations de sucre dans l’Union européenne en
provenance des pays ACP et des pays les moins avancés (PMA),
Vu le projet de loi
n° 414 (2014-2015) déposé au Sénat le 15 avril 2015 autorisant
la ratification de l’accord-cadre global de partenariat et de coopération entre
l’Union européenne et ses États membres, d’une part, et la République
socialiste du Viêt Nam, d’autre part,
Vu le projet de loi
n° 551 (2014-2015) déposé au Sénat le 24 juin 2015 autorisant la
ratification de l’accord-cadre de partenariat et de coopération entre l’Union
européenne et ses États membres, d’une part, et la République des Philippines,
d’autre part,
Vu le mémorandum sur l’accord
de libre-échange entre l’Union européenne et le Vietnam présenté par la
Commission européenne le 4 août 2015,
Vu le projet de loi
n° 692 (2014-2015) enregistré à la Présidence du Sénat le 17 septembre
2015 autorisant la ratification de l’accord commercial entre l’Union européenne
et ses États membres, d’une part, et la Colombie et le Pérou, d’autre part,
Vu le courrier des
commissaires européens chargés du commerce, de la politique régionale et de l’agriculture
et du développement rural, en date du 8 octobre 2015, en réponse au
ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, au ministre des
outre-mer et au secrétaire d’État chargé du commerce extérieur, de la promotion
du tourisme et des Français de l’étranger, sur la demande du Gouvernement
français d’exclure les sucres spéciaux de l’offre tarifaire européenne faite au
Vietnam,
Vu le courrier de la
commissaire européenne au commerce en date du 8 octobre 2015 en réponse à
des parlementaires européens sur l’exclusion des sucres spéciaux des accords de
commerce avec le Vietnam,
Vu la communication « Le commerce pour tous, vers une
politique de commerce et d’investissement plus responsable »
présentée par la Commission le 14 octobre 2015,
Considérant que les régions
ultrapériphériques (RUP), comme l’a souligné la Commission européenne à maintes
reprises, notamment dans ses communications de 2004, 2008 et 2012 exposant sa
stratégie pluriannuelle pour ces territoires, constituent un atout pour l’Europe
et qu’il est dans l’intérêt de l’Union européenne de soutenir leur
développement endogène ;
Considérant que l’article 349
du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) permet l’édiction
de mesures spécifiques aux RUP afin de prendre en compte leurs contraintes
propres, notamment « leur
éloignement, l’insularité, leur faible superficie, le relief et le climat
difficiles, leur dépendance économique vis-à-vis d’un petit nombre de
produits » ;
Considérant que la filière
de la canne à sucre joue un rôle économique et social vital dans les RUP
françaises, notamment à La Réunion, en Guadeloupe et en Martinique, puisqu’elle
représente 40 000 emplois directs et indirects dans des territoires
où le taux de chômage est plus du double de la moyenne hexagonale ;
Considérant que l’Union
européenne, au travers de sa politique agricole et de sa politique régionale, a
contribué fortement à la modernisation de la filière de la canne pour en faire
un secteur exemplaire et a ainsi permis aux économies sucrières des RUP de
réaliser d’importants gains de compétitivité, progrès qui ne doivent pas être
annulés par une politique commerciale fondée sur un credo de libre-échange aveugle à ses effets pervers non
maîtrisés ;
Considérant que les
économies sucrières des outre-mer français se préparent déjà à absorber le choc
de la fin des quotas sucriers à compter du 1er juillet 2017,
qui remet fondamentalement en cause l’équilibre prévalant dans l’organisation
commune du marché du sucre, attise la concurrence avec la production
industrielle de sucre à partir de la betterave en Europe continentale et les
contraint, pour survivre, à se réorienter vers un marché de niche, celui des
sucres roux non destinés au raffinage, dits« sucres spéciaux », qui
représente 50 % de la production sucrière de La Réunion et 30 % de
celle de la Guadeloupe ;
Considérant que les accords
commerciaux en vigueur, en particulier avec les pays les moins avancés d’Afrique,
de la Caraïbe et du Pacifique (ACP/PMA), mais aussi plus récemment avec la
Colombie et le Pérou, se traduisent déjà par l’entrée sur le marché européen
des sucres spéciaux de concurrents agressifs comme le Bélize, Maurice, le Malawi,
le Swaziland et la Zambie ;
Considérant que l’accord de
libre-échange avec le Vietnam, qui a fait l’objet d’un accord politique de
principe le 4 août 2015 entre les deux parties et qui est entré dans une
phase ultime de finalisation technique, rompt avec le précédent de l’accord
avec l’Afrique du Sud, dans lequel avait été retenu pour la première fois le
principe de l’exclusion des sucres spéciaux du champ de l’ouverture
commerciale ;
Considérant qu’en l’état l’Union
européenne prévoit d’accorder au Vietnam un contingent à droits nuls de
20 000 tonnes par an de sucre et de produits à haute teneur en sucre,
volume qui équivaut à 10 % du marché européen des sucres spéciaux et
20 % de la production des RUP ;
Considérant que, si le
Vietnam n’est pas encore un acteur majeur du marché mondial des sucres
spéciaux, il dispose néanmoins du savoir-faire technique et de la capacité
industrielle pour le devenir, dès lors que l’accord de libre-échange lui ouvre
une nouvelle opportunité de développement ;
Considérant que, même si le
Vietnam se consacre pour l’heure principalement à son marché intérieur, des
exportations de sucres roux à hauteur de 6 000 tonnes par an sont
déjà avérées, comme le reconnaissent les services de la Commission européenne,
de même que son intérêt offensif à investir de nouveaux marchés, notamment
celui de la Chine ;
Considérant que l’Union
européenne, après l’échec du cycle de Doha de l’Organisation mondiale du
commerce (OMC), multiplie et accélère les ouvertures de négociations commerciales,
en particulier avec les principaux pays producteurs de sucre au monde, comme le
Brésil, l’Inde, les États-Unis, la Thaïlande, les Philippines, l’Australie
ou le Mexique, dont les capacités de production avérées sont considérables et
dont la politique d’expansion à l’export est très dynamique ;
Considérant que l’accumulation
de contingents à droits nuls octroyés à des pays tiers au fil de la signature d’accords
commerciaux risque de conduire à une saturation du marché européen des sucres
spéciaux, qui est déjà arrivé à maturité, et qu’elle constitue ainsi une menace
sérieuse pour les économies vulnérables des RUP ;
Considérant que les RUP
françaises sont soumises à des normes environnementales et sociales de
production très contraignantes auxquelles échappent leurs concurrents des pays
tiers et que seuls des tarifs douaniers appropriés permettent de rétablir l’équilibre ;
Considérant que la
Commission européenne néglige le travail d’évaluation prospective qui l’amènerait
à tempérer sa volonté d’ouverture commerciale illimitée et manque, en
particulier, à ses obligations en ne produisant pas d’études d’impact précisant
les conséquences potentielles pour les RUP des accords commerciaux qu’elle
négocie ;
Considérant que les clauses
de sauvegarde et les mécanismes de stabilisation prévus dans les accords
précédents se sont révélés inefficaces à cause du défaut de dispositif de suivi
et d’alerte rapide, de la lourdeur et de la lenteur corrélative des procédures
et de l’absence manifeste de volonté de les appliquer de la part de la
Commission européenne, comme cela a pu être constaté pour la banane lors de la
mise en œuvre de l’accord avec le Pérou ;
Juge indispensable de
garantir la cohérence des politiques agricole, régionale et commerciale de l’Union
européenne, conformément à l’article 207 du TFUE, aux termes duquel « il appartient au Conseil et à la
Commission de veiller à ce que les accords négociés soient compatibles avec les
politiques et règles internes de l’Union » ;
Estime nécessaire de
compenser les handicaps structurels et de valoriser les avantages comparatifs
des RUP, ces territoires constituant, au sein de leur environnement régional,
des modèles porteurs des valeurs de l’Union européenne en matière sociale et
environnementale ;
Demande d’adopter comme
ligne directrice, pour toute négociation future d’accords commerciaux de l’Union
européenne, le principe de l’exclusion des sucres spéciaux ;
Soutient une inflexion de l’équilibre
négocié avec le Vietnam afin qu’à défaut d’exclusion des sucres spéciaux, soit
défini un contingent spécifique proportionnel à leur part dans le marché global
du sucre, soit un quota de 280 tonnes par an ;
Recommande une
clarification de la nomenclature douanière relative aux sucres, spécifiquement
de la ligne 17 01 99 90 couvrant une grande variété de produits
différents, pour identifier précisément la teneur des importations, prévenir le
risque de contournement de la réglementation et éviter d’encourager la
fraude ;
Préconise, conformément aux engagements de
transparence pris par la Commission européenne en matière de défense
commerciale, pour
assurer le respect effectif du contingentement, de se doter d’instruments
statistiques permettant un suivi en temps réel de l’évolution des importations
pays par pays et d’organiser des échanges de données réguliers entre la
Commission européenne et les États membres afin de permettre une réaction
rapide en cas de dépassement des quotas autorisés ;
Juge nécessaire, pour
poursuivre le renforcement des échanges d’information, de maintenir les
certificats d’importation hebdomadaires sur les produits sensibles comme le
sucre ;
Souhaite une refonte des
mécanismes destinés à prévenir une déstabilisation de l’économie des RUP en
garantissant leur permanence, en fixant à l’avance des seuils d’alerte et en
prévoyant un déclenchement automatique de la suspension des avantages concédés
en cas de franchissement des seuils ;
Suggère la création d’un
observatoire des revenus pour la filière de la canne afin de disposer des
moyens d’apporter rapidement les preuves irréfutables d’une déstabilisation de
l’économie des RUP liée à l’afflux d’importations de sucre de pays tiers sur le
marché européen et, en conséquence, de déclencher sans délai les mécanismes
permettant d’y porter remède ;
Estime indispensable une
réévaluation des compensations financières du Programme d’options spécifiques à
l’éloignement et à l’insularité (POSEI) pour prendre en compte l’aggravation
du risque et des différentiels de compétitivité résultant de l’accumulation des
contingents à droits nuls octroyés à des pays tiers sur des productions
stratégiques des RUP ;
Invite la Commission
européenne à évaluer systématiquement les effets sur les RUP des accords
commerciaux qu’il lui revient de négocier, en particulier en menant des études
d’impact préalables, afin de disposer d’une vision prospective des effets
induits ;
Recommande au Gouvernement
la plus grande vigilance dans la définition du mandat de négociation de la
Commission européenne lors de l’ouverture de nouvelles négociations afin que la
préservation des intérêts vitaux des économies des RUP soit prise en compte dès
l’origine, et invite le Conseil à publier les directives de négociation pour
tous les accords de libre-échange en cours et à venir ;
Appelle au renforcement de
l’information des Parlements nationaux par les autorités communautaires et
nationales en cours de négociation et avant la conclusion d’un accord politique
de principe avec la partie tierce, et invite la Commission à publier,
immédiatement à l’issue des négociations, le texte de l’accord tel qu’il se
présente, sans attendre la fin de la révision juridique ;
Invite la Commission
européenne à prendre davantage en compte les surcoûts d’origine normative
pesant sur la compétitivité des productions agricoles ultramarines dans leur
environnement régional, à mieux prendre en compte les spécificités des RUP en
matière normative sur le fondement de l’article 349 du TFUE, à assurer une
meilleure cohérence entre normes de production et normes de mise sur le marché
et à se doter des moyens de contrôler le respect des normes européennes de
commercialisation par les pays tiers avec lesquels sont conclus des accords
commerciaux.
Devenue résolution du Sénat, le 26 janvier 2016.
Le
Président,
Signé :
Gérard LARCHER