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Colloque du 2 février 2012 « Banlieues, quelles propositions pour demain ? »

Mesdames et Messieurs les Sénateurs, cher Claude Dilain
Mesdames et Messieurs les Députés,
Mesdames et Messieurs les Maires,
Monsieur le Président de l’Association Ville et Banlieue (Renaud Gauquelin)
Monsieur le Directeur de l’Institut Montaigne (Laurent Bigorgne)
Mesdames, Messieurs,

C’est une vraie satisfaction pour moi d’accueillir au Sénat le premier colloque organisé par l’association « Ville et banlieue », en partenariat avec l’Institut Montaigne.

Je le fais avec plaisir, car votre colloque fait œuvre utile, en abordant un sujet essentiel pour notre vie commune et pour le pacte républicain. Il est fidèle, en cela, à la vocation de l’association, et de l’Institut Montaigne dont on ne compte plus les contributions au débat public. Si je ne les ai pas toutes approuvées – loin s’en faut – vous me permettrez de saluer l’apport de l’Institut tant en termes d’analyses que de propositions originales.

Au plaisir se mêle l’émotion car je suis moi-même issu des banlieues. Je n’oublie pas d’où je viens. Je sais ce que la République, et d’abord son école, m’ont donné. Car si je m’adresse aujourd’hui à vous en tant que Président du Sénat, c’est parce que la France a permis à un enfant de la cité Empalot de Toulouse d’étudier, de s’engager, de devenir un élu de la République.

Permettez-moi d’ajouter que ce colloque prouve, si besoin en était, que le Sénat est l’assemblée représentative de tous les territoires de France. La France change. Le fait urbain progresse. Les villes gagnent du terrain. Sans jamais oublier la ruralité, nous, Sénateurs, à l’écoute des territoires, avons de longue date pris la mesure des mutations à l’œuvre dans  notre pays.

Le Sénat a beaucoup travaillé sur ce sujet. Je pense au rapport d’information sur la politique de la ville de la commission des finances (de Thierry Repentin et Claude Dilain en novembre 2011) ou au rapport d’information consacré aux  « Villes du Futur, futur des villes » (de Jean Pierre Sueur en juin 2011). Des Sénateurs de toute sensibilité politique se sont emparés des enjeux des villes, réfléchissent aux urgences qui interpellent les politiques publiques, ouvrent des voies pour agir différemment. J’ai moi-même fait le choix un peu innovant, je le crois, d’ouvrir mon Cabinet à la diversité et de désigner au sein de mon équipe un conseiller en charge de ces sujets. Les associations issues des quartiers qui œuvrent tous les jours pour le lien social, pour la formation, pour le mieux vivre des habitants, sont désormais régulièrement reçues et entendues. Je recevais il y a quelques jours Yazid Kherfi, responsable d’une association de quartier. Bref, le nouveau Sénat s’ouvre tout naturellement à la diversité des territoires. Le 8 mars prochain, à l’occasion de la journée internationale des Femmes, j’envisage d’aller à la rencontre d’associations qui accompagnent les femmes dans la recherche d’un emploi.

Mesdames, Messieurs, vouloir « vivre ensemble » n’est pas une aspiration de droite ou de gauche. C’est un impératif Républicain.

La question n’intéresse d’ailleurs pas seulement les quartiers urbains. En tant qu’élu de l’Ariège, pays de montagne où les problèmes liés à la métropolisation se posent en des termes bien différents, je sais que nous avons beaucoup à nous dire, à apprendre les uns des autres. Car les mêmes difficultés nous préoccupent : le déficit d’emplois, le recul des services publics, la désertification médicale, les problèmes de mobilité, un habitat dégradé, des difficultés de garde d’enfants.

Ces similitudes m’inspirent deux réflexions.

D’une part, je suis convaincu que les quartiers urbains ne sont pas condamnés à subir pour toujours des difficultés irrémédiables. Au fond, ils souffrent des mêmes fragilités que d’autres territoires, mais à un taux de concentration si élevé qu’elles y prennent un tour souvent dramatique.
Le diagnostic est connu.
On compte moins d’enseignants dans les écoles des quartiers que dans le reste du territoire et ce, alors même que les classes y accueillent des enfants qui rencontrent des difficultés particulières.
Les services publics sont trop souvent les grands absents des quartiers. Il faut  parfois parcourir des dizaines de kilomètres pour trouver une agence de Pôle Emploi ou un centre de formation de l’AFPA. Le problème du logement résume quant à lui toutes les difficultés quotidiennes des familles et des jeunes. D’une certaine manière, avec l’école, c’est la clé de tout.

Ma seconde réflexion, c’est que les décideurs publics doivent faire converger sur ces territoires toutes les actions publiques qui permettent de vivre dignement, de se loger, de se soigner, de travailler, d’envoyer ses enfants à l’école. C’est ce que font avec ténacité depuis 29 ans les élus membres de « Villes et Banlieue », audelà même des clivages politiques.  Je veux saluer publiquement leur travail, leur écoute, leur capacité de dialogue, leur volonté farouche d’inventer des solutions nouvelles.

Leur message est fort et clair. Nous avons le devoir collectif d’intégrer ces territoires relégués, oubliés, et parfois maltraités. Au fond des choses, ce qui est en jeu, c’est le principe républicain de l’égalité, l’égalité des chances, l’égalité des conditions de vie, l’égalité des droits.

Car ces territoires sont partie prenante de notre avenir.
Dans les quartiers urbains, la jeunesse est là qui ne demande qu’à pouvoir exprimer ses talents. La créativité s’exprime dans les arts urbains, la musique et le langage. Les succès économiques existent comme en témoignent les « Talents des Cités » auxquels j’ai participé il y a quelques semaines. Le talent et l’intelligence sont au rendez-vous comme le montrent les jeunes diplômés ou les sportifs de haut niveau. Je ne veux pas oublier tous les anonymes qui travaillent dur, élèvent leurs enfants dans le respect des valeurs de la République, participent à la vie du quartier. Ces hommes et ces femmes, citoyens de France ou d’autres pays, entendent être traités non avec compassion mais avec le respect qui est dû à chacun d’entre nous.

Vos travaux, en rapprochant l’expertise d’un « Think tank » prestigieux et l’expérience des praticiens de terrain, vous ont permis de balayer tous les sujets : les inégalités territoriales, l’éducation, l’emploi, la formation et la démocratie. De vos réflexions émergera une plateforme de propositions qui permettra d’interpeller les candidats à l’élection présidentielle d’avril 2012.

Je m’en félicite. Les territoires relégués, en ville comme à la campagne, doivent faire irruption dans le débat démocratique en cours. Des décisions urgentes doivent être prises pour que ces territoires se transforment durablement et retrouvent le chemin de l’avenir.
Permettez-moi à cette occasion de vous faire part de quelques convictions.

La « politique de la ville », que je préférerais appeler la politique des territoires, doit s’attacher à réduire les écarts de développement entre les espaces. Elle n’y parviendra qu’en s’inscrivant dans la durée, en mettant un terme à cette facilité du « stop and go » qui défait les dispositifs à peine inventés. Un quartier comme un espace rural ont besoin de temps pour se transformer, de permanence pour se développer. Les associations ont besoin de stabilité pour agir en profondeur et de visibilité pour ne pas s’épuiser. Faute de quoi, l’action menace de ressembler au combat de Don Quichotte contre les moulins à vent.

La politique des territoires doit privilégier une approche globale des difficultés. Cessons de découper les citoyens en tranche et de déconnecter l’urbain de l’humain. Agissons simultanément sur le logement, l’école, l’emploi, les transports, la santé et la culture, en un mot sur les conditions d’une vie équilibrée. J’ai la conviction qu’il faut pour cela associer pleinement les citoyens aux choix qui les concernent. Sans concertation avec les habitants, comment pourront-ils se sentir partie prenante de leur avenir ? Sans dialogue dans chaque quartier, chaque pied d’immeuble, comment leur reprocher de ne pas être pleinement investis dans la vie de la cité ? Chacun a le besoin et le droit d’être reconnu pour ce qu’il est, pour ce qu’il vit, pour le rôle qu’est le sien dans la vie collective.
La participation des habitants aux choix qui les concernent est un enjeu d’efficacité et de démocratie.
Tous les habitants doivent avoir voix au chapitre lorsque l’intérêt général local est en jeu. C’est dans cet état d’esprit que le Sénat a adopté en novembre dernier une proposition de loi en faveur du vote des étrangers non communautaires aux élections locales. Cette loi est indispensable pour permettre à chacun de se faire entendre, au sein même des collectivités locales où se joue une part concrète de notre avenir.
Des réformes s’imposent aussi dans la gouvernance des politiques publiques mises en œuvre dans les territoires les plus fragiles. Le contrat avec les élus me semble la bonne voie pour mobiliser les énergies, orienter les efforts, concentrer les actions sur les territoires qui en ont le plus besoin. Nous ne ferons pas l’économie d’un débat sur la géographie prioritaire et ses limites.  Nous devrons relancer un nouvel élan pour prolonger et développer des politiques de rénovation urbaine. Nous devons réfléchir aux zones difficiles où il faut réinstaller les services publics et en premier lieu garantir pour tous la sécurité publique. Nous ne pourrons pas davantage nous dispenser d’une réflexion sur la gouvernance. Nous devons trouver un moyen de simplifier les procédures, d’instaurer un guichet unique pour les associations, de garantir une action cohérente de l’Etat et des collectivités locales.

Ce qui est en jeu c’est la France unie et rassemblée dans sa diversité. C’est pourquoi je me réjouis que cette diversité des territoires français ait fait son entrée au Palais du Luxembourg. Je suis et serai un Président attentif à son expression et soucieux de sa progression.

Je vous remercie.