Allez au contenu, Allez à la navigation

Recherche Recherche avancée

Discours de Monsieur Jean-Pierre Bel, Président du Sénat

au dîner du CRIF

Toulouse, le jeudi 1er mars 2012

Madame la Présidente,

Monsieur le Président national du CRIF,

Monsieur le Préfet de région,

Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Monsieur le Député Maire,

Monsieur le Président du Conseil Régional, cher Martin Malvy,

Monsieur le Président du Conseil général, cher Pierre Izard,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs,

 

Permettez-moi d’abord de vous remercier pour votre invitation au dîner du CRIF, ce soir, à Toulouse.

Vous nous avez dit, Madame, votre émotion de recevoir pour la première fois à ce dîner, en tant que Présidente.

A mon tour, je veux vous dire mon émotion d’être parmi vous, en tant que Président du Sénat, bien sûr, mais aussi et surtout en tant qu’ami.

Cette présence prend pour moi un sens tout particulier, que vous me permettrez d’évoquer brièvement.

Enfant, j’avais l’habitude de fréquenter une piscine : la piscine municipale Alfred Nakache. Vous le savez, elle doit son nom à ce champion de natation dont la tragédie familiale hante notre mémoire, aujourd’hui encore.

J’ai mis du temps à comprendre qui était Alfred Nakache à saisir toute la signification que l’on pouvait apporter à ce nom. Il a fallu qu’à l’insouciance de l’enfance succède la prise de conscience et une meilleure compréhension de l’histoire récente. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’en honorant le souvenir de cet homme, nous faisons acte du devoir de mémoire qui est pour nous tous plus qu’une obligation : une évidence qui, plus que jamais, demeure d’actualité et doit être respectée avec gravité.

Il nous faut nous réapproprier notre propre histoire :

Rappeler que la communauté juive de Toulouse a payé un lourd tribut à la barbarie avec 3.523 personnes déportées et 70 enfants.

C’est tout le paradoxe de ces terres : la violence et la haine y ont sévi de manière aveugle et brutale.

Dans le même temps, nombre de nos compatriotes ont été au rendez-vous de la résistance et du combat.

A cet instant, comment pourrais-je ne pas évoquer l’ami de résistance de mon père et de ma tante, le docteur, l’ami, constamment près de nous, de ma famille, le docteur Stéphane Barsony, venu de Transylvanie et qui fut l’animateur des FTP-Moi à Toulouse.

L’affection et l’admiration que j’ai toujours nourries pour lui, pour ce grand personnage, ce médecin au cœur si généreux, sont le fondement même des valeurs qui m’ont structuré et qui continuent à porter mon engagement dans la vie publique.

J’ai aussi, bien entendu, envie d’évoquer l’action de ces « Justes » qui ont protégé des enfants, des femmes, des hommes, des familles contre la nuit et contre le brouillard et nous en avons connu quelques uns, exemplaires, notamment en Ariège là où on pouvait emprunter les chemins de la liberté.

Rappeler cela, 70 ans après la rafle du Vel d’Hiv, c’est rappeler que l’intolérance est un poison lent qu’il nous faut combattre à chaque instant, tout au long de nos vies. Et je veux vous dire mon dégoût d’entendre des propos finalement pleins de compassion pour l’ignoble Brasillach.

Il ne peut y avoir de place, dans notre République, pour la stigmatisation, le mépris de l’autre, la négation de l’Histoire, qui toujours conduisent au rejet, à la violence, souvent à l’horreur.

C’est en partant de ce constat qu’au début du siècle dernier, de grands Républicains ont souhaité séparer l’Eglise et l’Etat.

C’est contre l’intolérance que s’est forgée la voie française vers la laïcité.

« Démocratie et laïcité sont deux termes identiques, affirmait Jean Jaurès dans son discours de Castres, le 30 juillet 1904. La laïcité ne demande pas à l’enfant qui vient de naître, pour reconnaître son droit à la vie, à quelle confession il appartient. Elle ne demande pas au citoyen, quant il veut faire acte de souveraineté et déposer son bulletin dans l’urne, quel est son culte et s’il en a un ».

C’est ce flambeau de la laïcité que nous devons porter aujourd’hui, en ce début de millénaire rempli de menaces et de craintes.

Le contexte n’est plus celui de 1905, ni même celui du vingtième siècle.

Pourtant, les enjeux demeurent identiques.

Face à l’émergence de nouvelles croyances et à la poussée des intégrismes dans une société chaque jour plus fragmentée, le respect de toutes les religions, de toutes les croyances, de toutes les opinions, demeure une vertu cardinale, tout comme la neutralité de l’Etat est indispensable à la liberté de chacun et à l’épanouissement de tous. Il nous faut être fidèles à ces principes fondamentaux si nous voulons ancrer la laïcité au cœur de notre pacte républicain.

Je sais, Madame la Présidente, que le CRIF Midi-Pyrénées contribue à ce « vivre-ensemble » en ouvrant à tous, juifs et non juifs, l’ensemble de ses crèches, établissements scolaires et maison de retraite.

 

Mesdames et Messieurs,

Ce dîner est un moment important dans la vie de notre Région et de notre société.

Il intervient à un moment particulier de notre Nation.

Nous sommes à la veille d’échéances démocratiques majeures au cours desquelles chacune et chacun d’entre nous pourra s’exprimer.

La démocratie est un bien précieux. La République est notre bien commun. Partout dans le monde, montent les inquiétudes et les drames.

Ce qui se passe au Proche-Orient nous serre le cœur. Je continue de penser que les peuples aspirent à la paix et à la concorde. Chacun de nous forme des vœux pour qu’une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens soit enfin à l’ordre du jour des agendas des diplomates. L’Europe et la France doivent jouer leur rôle parce qu’elles sont les amis de tous les peuples de la région.

Le printemps arabe a soulevé partout l’espoir et en même temps des craintes et des questions.

Ce qui se passe en Syrie est intolérable et la communauté internationale doit enfin s’unir pour mettre un terme aux massacres dans les villes, au massacre des pauvres gens par un pouvoir tyrannique et corrompu.

Tous les démocrates du monde doivent exprimer leur indignation et unir leurs efforts pour mettre fin aux bombardements et aux meurtres.

Et pourtant, dans ce sombre tableau, il y a parfois des lueurs d’espoir.

Nous sommes aussi au lendemain de la libération de Gilad Shalit, enfin libéré, enfin libre, au terme de longues années d’enfermement, loin des siens, loin de son pays, loin de nous.

Le pays tout entier s’est mobilisé en vue de sa libération. Notre diplomatie, nos élus, nos concitoyens ont, chacun à leur place, joué leur rôle et j’ai été très heureux d’avoir pu, grâce à vous à l’occasion du diner du CRIF à Paris, diner face à ses parents lorsqu’ils furent reçus dans la capitale.

Malgré les drames qui secouent la planète, malgré la crise économique que traverse l’Europe, sachons garder l’ardent désir de vivre ensemble, de nous enrichir de nos différences, de croire aux printemps des peuples, de construire un monde tolérance pour les générations à venir et de leur léguer l’espoir de fraternité.

Je vous remercie.