Allez au contenu, Allez à la navigation

Recherche Recherche avancée

Vœux à la presse de M. Jean-Pierre Bel, Président du Sénat le jeudi 19 janvier 2012

Madame la Présidente de l'association de la presse parlementaire, chère Sophie Huet,
Mesdames et Messieurs les journalistes,
Mesdames et Messieurs,

C'est avec joie que je vous retrouve aujourd'hui pour vous présenter au nom du Sénat, et en mon nom, des vœux d'épanouissement et d'accomplissement personnel et professionnel. Les journalistes contribuent au bon fonctionnement de la démocratie, car une démocratie sans débat, des discours parlementaires, sans lecteurs ni auditeurs, serait un théâtre d'ombres.

J'ai naturellement une pensée pour vos confrères qui, comme Gilles Jacquier, reporter talentueux et courageux, fauché par un obus à Homs, en Syrie, dans l'exercice de sa profession périlleuse, auront payé de leur vie, ou de leur intégrité physique, un tribut inacceptable à l'exercice de la liberté de la presse.

Si tant d'entre vous s'exposent pour informer, envers et contre tout, c'est au nom de principes, de l'idée que vous vous faites de la démocratie.
On pense trop généralement que les menaces sur la liberté de la presse sont géographiquement lointaines. Hélas, elles se rapprochent désormais de nous, au sein même de l'Union européenne (je pense à la Hongrie).

La liberté de la presse, son pluralisme et son indépendance, doit être l'objet d'une vigilance permanente. Y compris dans notre pays. Et je ne pense pas seulement, en disant cela, à ce que l'on pourrait, d'une manière très atténuée appeler une " curiosité excessive " pour les sources des journalistes, encore récemment dénoncée, à juste raison, par nombre d'entre vous. J'ai aussi en tête les difficultés économiques et financières de la presse qui menacent la survie même de certaines publications.

Je connais ces difficultés que vous devez affronter. Mais en même temps, l'évolution technologique et la révolution numérique, avec le développement des sites d'information sur Internet et de nouveaux modes d'accès à l'information et à la culture, ouvrent de nouvelles pistes prometteuses. Il n'est donc pas question de verser dans un pessimisme outrancier. Y compris pour le paysage audiovisuel, en mutation permanente, notamment avec l'essor de la TNT.

Nous sommes bien placés pour l'observer, ici, en constatant l'audience croissante de Public Sénat.
J'ai indiqué hier, lors de mes vœux aux corps constitués, l'idée que je me faisais, en tant que Président du Sénat, des obstacles que nous aurons à dépasser tous ensemble pour aider la France à relever la tête dans la crise que traverse l'Europe. Le texte de mon intervention étant à votre disposition, permettez-moi de ne pas y revenir.

2011 a été une année d'alternance historique pour le Sénat.
Vous l'avez suivi, avec un intérêt accru, vous l'avez analysé, vous en avez rendu compte avec précision. 2012 sera une année de choix pour le pays tout entier.

Il y a un intérêt nouveau qui s'est manifesté en direction du Sénat.
L'alternance au Sénat a démontré, s'il en était besoin, que dans une démocratie il y a plusieurs politiques possibles. C'est ainsi que nous voulons répondre à l'attente de changement dans notre pays. Nous avons prouvé notre esprit de responsabilité.
En effet, plus que jamais, chacune de nos propositions nous engage. Si la gauche gagne les élections présidentielles et législatives, nous pourrons, pour la première fois de notre Histoire récente, réformer en profondeur notre pays : nous n'aurons pas à faire face aux blocages d'un Sénat conservateur qui, sous la présidence de François Mitterrand comme sous la mandature de Lionel Jospin, a fait obstacle à de nombreux projets de modernisation. Le Président de la République s'est félicité, dans ses vœux aux parlementaires la semaine dernière, de la possibilité donnée aux citoyens de saisir le Conseil constitutionnel. Il a déploré que les deux tentatives de la gauche se soient " enlisées dans des débats sans fin ".

Or, comme souvent avec le Président de la République la vérité est toute autre : nos projets de justice constitutionnelle ont été, tout simplement, bloqués par la majorité conservatrice du Sénat en 1990 et 1993.
Le Sénat n'a pas connu l'alternance par hasard ou par effraction.
Ce rendez-vous historique avec la France des territoires a été pris de longue date, après de nombreuses victoires aux élections locales.
Quand elle s'en donne les moyens, la gauche sait remporter les victoires politiques nationales.
Le 25 septembre dernier, les grands électeurs ont exprimé un profond malaise face à des réformes brutales, imposées d'en haut, sans dialogue ni concertation. Ils ont exprimé leur colère face aux disparitions de services publics et à la dégradation de leur qualité. Ils ont refusé d'être en permanence stigmatisés par les plus hautes autorités de l'Etat comme étant uniquement des sources de dépenses. A l'évidence, le message n'a pas été entendu par le Président de la République.

Il convoque à nouveau les collectivités locales, pour une leçon de politique économique et de bonne gestion. Est-il le mieux placé pour cet exercice et a-t-il oublié que les budgets des collectivités ne peuvent être en déséquilibre et que leur part dans la dette publique n'excède pas 10%.
Je vois dans l'alternance au Sénat une preuve de maturité.
Cette responsabilité nous oblige. C'est pourquoi je m'attache, depuis mon élection, à faire évoluer le Sénat pour qu'il soit plus sensible aux préoccupations de la société française, en prenant en compte tous les territoires qui enrichissent la France de leur diversité.

Dans notre gouvernance du Sénat, nous avons aussi souhaité créer les conditions pour de bons débats, avec le souci de respecter scrupuleusement le pluralisme politique. Un groupe écologiste a ainsi été constitué pour la première fois dans l'histoire de notre Parlement. C'est dans le même esprit que j'ai veillé à la juste répartition des présidences de commissions et de délégations entre les différents groupes politiques.
C'est ainsi que je comprends le débat démocratique : non pas dans la polémique ou la petite phrase, mais dans le débat et le travail de fond. Car le dialogue démocratique, noué par l'échange de points de vue contradictoires, constitue le meilleur moyen d'élaborer des solutions conformes à l'intérêt général.

En ces temps de crise, alors que la majorité des Français peine à boucler les fins de mois et s'inquiète pour l'avenir de ses enfants, ce débat démocratique, apaisé et constructif, est plus que jamais nécessaire.
Cela ne nous empêche pas de mettre en œuvre nos engagements, bien au contraire.
Oui, nous avons été élus pour défendre nos valeurs, notre regard sur les hommes et sur le monde. " Ceux qui mettent au jour quelques propositions nouvelles sont d'abord appelés hérétiques " relevait Montesquieu dans les Lettres persanes. La nouvelle majorité sénatoriale préfigure le travail de fond que nous aurons à mener à partir du mois de mai prochain si les Français nous font confiance.

Le nouveau Sénat a commencé à travailler sur la nécessaire réforme de notre fiscalité. Nous avons ainsi abrogé des dispositions fiscales, inefficaces et injustes. Nous avons identifié de nouvelles recettes ont été identifiées, par exemple proposant de taxer les retraites chapeau et les parachutes dorés.

Et le Sénat a voté dès novembre dernier le principe d'une taxation des transactions financières, contre l'avis de la Ministre du budget, à qui l'idée semblait parfaitement saugrenue. Aujourd'hui, poussé par l'évidence flagrante de la crise, le Président de la République a repris cette idée.
Il veut y ajouter une hausse de la TVA, une mesure injuste qui pénaliserait lourdement le pouvoir d'achat des Français les plus modestes.

Mesdames, Messieurs, 2012 sera, avant tout, l'année des rendez-vous majeurs de la vie politique nationale.
Les Français choisiront celui qui aura la responsabilité politique de notre pays dans des circonstances particulièrement difficiles. Tous ici vous connaissez mon choix. Au-delà de l'amitié personnelle qui me lie à François HOLLANDE je pense qu'il est le plus qualifié, le mieux préparé pour redresser la France. Je serai à ses côtés dans la campagne présidentielle.

Mesdames, Messieurs, en ce début d'année 2012, je souhaite que le dialogue apaisé et l'échange constructif retrouvent leurs droits. Je souhaite des décisions cohérentes, courageuses, justes pour soutenir l'effort des Français. A ma place, en tant que Président du Sénat, je veillerai à ce que les principes de notre pacte républicain soient respectés et je souhaite que les Français aient droit à un débat politique digne, qu'ils sont en droit d'attendre.

Je vous remercie et je suis à votre disposition pour répondre à vos questions.