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Discours de M. Jean-Pierre BEL,

Président du Sénat,

à l’occasion de la restitution de l’original de la Statue de la Liberté au musée d’Orsay,

le lundi 2 juillet 2012 à 18h30

 

Monsieur le Président de l’Etablissement public du musée d’Orsay (Guy Cogeval),

Monsieur l’Ambassadeur des Etats-Unis en France (Charles H. Rivkin),

Madame Susan Tolson,

Mes chers Collègues,

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais tout d’abord remercier M. Guy Cogeval et son équipe pour leur accueil. Je me réjouis de la présence de Son Excellence M. Charles Rivkin, ambassadeur des États-Unis, ainsi que de son épouse, Madame Susan Tolson. Je sais, Madame, la part prise par votre association, les American Friends du Musée d’Orsay, dans la restauration de cette remarquable statue.

Depuis bien longtemps, en la personne de Madame Anne Pingeot, que je salue également, la demande avait été faite par le Musée d’Orsay de pouvoir installer ce chef d’œuvre de Bartholdi en ses murs. Peu après mon élection à la Présidence du Sénat, le 1er octobre dernier, j’ai souscrit à cette proposition, tant de fois repoussée. Et je me félicite de découvrir ici cette œuvre, désormais à l’abri des intempéries, des outrages du temps et du vandalisme. Elle contribue à l’enrichissement du patrimoine culturel et artistique exceptionnel du Musée.

Cependant, l’absence de cette statue, cédée au musée du Luxembourg après l’Exposition universelle de 1900, aurait créé un vide regrettable dans le Jardin du Luxembourg, ce musée à ciel ouvert. Aussi le Sénat en a-t-il fait couler une copie pour en pérenniser la présence dans l’enceinte de notre assemblée.

Je voudrais souligner le sens particulier que revêt la cérémonie qui nous réunit ce jour, c’est–à-dire à l’avant-veille de l’Independance Day, pour manifester notre attachement à ce symbole si puissant de l’amitié franco-américaine.

Comme vous le savez, l’idée d’offrir aux Etats-Unis une statue représentant la « Liberté » a été lancée par Édouard de Laboulaye, qui fut sénateur de la IIIème République. Ce lecteur passionné de Tocqueville était un admirateur de la Constitution des Etats-Unis et un fin connaisseur de ce pays.

Laboulaye lança en 1875, alors qu’il présidait le Comité de l’union franco-américaine, une souscription destinée à l’érection de la Statue de la Liberté pour le centième anniversaire du Jour de l’Indépendance. Il présenta son projet en ces termes : « Il s’agit d’élever, en souvenir du glorieux anniversaire, un monument exceptionnel. Au milieu de la rade de New-York (…), en face de Long Island, où fut versé le premier sang pour l’indépendance, se dresserait une statue colossale (…). Au seuil de ce vaste continent, plein d’une vie nouvelle, où arrivent tous les navires de l’univers, elle surgira des flots et représentera la liberté éclairant le monde. La nuit, une auréole lumineuse partant de son front rayonnera au loin sur la mer immense. »

Ce projet magnifique, Laboulaye s’en ouvrit à son ami Bartholdi. On connaît la suite…

Offerte par la France en signe d’amitié entre nos deux nations, la Statue de la Liberté fut inaugurée le 28 octobre 1886 sur l’île de Liberty Island.

Symbole d’une nation, les États-Unis, la statue fut, pour des millions d’immigrés qui la découvraient du pont de leur bateau, la promesse d’une vie meilleure. Parmi eux ont figuré nombre de mes compatriotes de l’Ariège, ces habitants d’une vallée qui ont traversé l’Atlantique au début du XXème siècle à la recherche d’un avenir plus souriant.

Ils allaient rejoindre cette nation qui fascina aussi Hector Saint John de Crèvecœur. Cet écrivain américano-normand la dépeignait déjà, à la fin du XVIIIème siècle, comme « un mélange d’Anglais, d’Ecossais, d’Irlandais, de Français, de Hollandais, d’Allemands et de Suédois (…) De ce fonds bigarré est né ce peuple qu’on appelle les Américains ».

Je ne saurais mieux dire sinon que nous partageons avec les États-Unis une histoire commune et un attachement aux valeurs fondamentales de la démocratie que résume notre devise « Liberté, égalité, fraternité ». En évoquant l’histoire qui nous lie, j’ai aussi à l’esprit, bien entendu, les traumatismes majeurs de la Première et de la Seconde Guerre mondiale.

Ces événements tragiques ont tissé entre nos deux pays des liens indéfectibles. Votre engagement décisif à nos côtés, en ces temps d’horreur, où tant des vôtres ont versé leur sang pour la liberté, a fait écho à celui, plus ancien, de la France pour vous accompagner dans votre combat pour l’indépendance.

C’est cette alliance entre nos deux nations, voilà plus de deux siècles, que matérialise la Statue de la Liberté qui nous réunit aujourd’hui. A lui seul, ce symbole permet de relativiser les différends qui ont pu parfois émerger entre nous. Je dirais même que ces incompréhensions, quand elles adviennent, nous imposent de garder à l’esprit nos valeurs communes.

Lors de ma visite à Washington en mars dernier, comme vous le savez, Monsieur l’Ambassadeur, puisque vous étiez présent, j’ai pu observer le travail remarquable des nombreux parlementaires –plus d’une centaine- qui ont rejoint le French Caucus au sein du Congrès américain. J’ai constaté que ce groupe très actif s’emploie à célébrer et à entretenir l’amitié entre nos deux pays. Ce groupe est né en 2003 de la volonté de parlementaires de dépasser les malentendus réciproques, dans un contexte politique particulier, pour approfondir encore davantage les liens profonds qui nous unissent.

Je conclurai en disant que vous comprenez donc le sens de ma présence ici, en compagnie de nombreux sénateurs français, dont plusieurs membres du groupe sénatorial d’amitié, présidé par mon collègue Roland du Luart.

L’installation de la Statue de la Liberté dans ce magnifique musée marque une nouvelle fois notre attachement commun aux liens étroits tissés entre nos deux pays et aux valeurs qui fondent l’Etat républicain et la démocratie. Je m’honore de pouvoir, aujourd’hui, fêter cet événement avec vous.