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Discours de M. Jean-Pierre Bel, Président du Sénat
à l'occasion du cinquantième anniversaire du Traité de l’Élysée

Berlin – Mardi 22 janvier 2013

 

Monsieur le Président du Bundesrat,

Monsieur le Président du Parlement européen,

Monsieur le commissaire européen,

Mesdames les Présidentes des groupes d’amitié France-Allemagne du Bundesrat et du Sénat,

Madame la vice-présidente du Sénat,

Chers collègues du Bundesrat et du Sénat,

Cher amis,

Je vous remercie pour vos propos et pour l’accueil exceptionnel que vous avez bien voulu réserver à la délégation du Sénat que j’ai l’honneur de conduire.

Je veux vous dire avant tout combien mes collègues et moi-même sommes sensibles à cet accueil, et souligner le travail qu’ont effectué les équipes du Bundesrat pour préparer cette journée.

Car notre présence à Berlin, 50 ans jour pour jour après la signature du Traité de l’Elysée, revêt une signification toute particulière.

Elle nous permet de célébrer le rôle visionnaire qui fut celui de Konrad Adenauer et Charles de Gaulle en 1963, mais aussi de mesurer le chemin accompli depuis cette date. La réconciliation franco-allemande, scellée le 22 janvier 1963 à l’Elysée, est au cœur du projet européen.

Cette réconciliation est le fruit  d’une volonté politique. C’est grâce à cette volonté que le Rhin n’est plus une frontière et que l’Europe est aujourd’hui en paix. Mieux encore, elle porte ce message partout dans le monde. L’attribution du Prix Nobel de la Paix à l’Union européenne vient de consacrer ce rôle avec éclat.

Pour autant, elle doit savoir se mobiliser pour défendre les valeurs qui fondent ce projet de paix. En ce jour de réjouissances, je veux avoir une pensée forte pour les hommes et les femmes qui sont engagés dans une difficile opération au Mali, comme pour les otages qui sont victimes du terrorisme.

La France a fait le choix de se porter au secours d’un pays ami et de sa population, dans le strict respect de la légalité internationale. C’est une décision difficile et je sais les débats que peut susciter l’engagement d’une intervention militaire, ici plus qu’ailleurs en raison du poids de l’histoire.

Nous respectons profondément ces débats, et nous sommes d’autant plus sensibles aux signes de soutien que nous avons reçus de Berlin depuis quelques jours.

On peut être profondément attaché à la paix et s’opposer à la barbarie lorsqu’il le faut : c’est la leçon que j’ai retenue du parcours de Stéphane Hessel, à mes yeux le plus bel exemple de l’amitié franco-allemande. Stéphane Hessel est né à Berlin en 1917, au cœur de la Première Guerre mondiale. Lors de la seconde, il s’est engagé dans la Résistance. Prisonnier, déporté, évadé, il a ensuite consacré sa vie de diplomate au dialogue entre les peuples.

A 95 ans, Stéphane Hessel porte le message d’une réconciliation fondée sur l’engagement et la culture. Car son histoire, c’est aussi celle de « Jules et Jim »,  celle du fils du traducteur de Proust en allemand – dont le prix littéraire Franz Hessel porte le nom.

J’ai pour ma part la conviction que la culture est au cœur de la relation franco-allemande. C’était déjà le cas lorsque Goethe s’émerveillait devant la cathédrale de Strasbourg – ce n’est pas Roland Ries qui le démentira – et y consacrait certaines de ses plus belles pages.

C’est plus vrai que jamais en 2013, à travers une coopération culturelle très dense, symbolisée par la chaîne franco-allemande Arte.

Il nous appartient de soutenir cet outil, tout comme nous devons accompagner l’Office franco-allemand pour la jeunesse dont nous fêterons aussi en juillet le cinquantenaire. C’est pourquoi le Président de la République a tenu à  participer hier à la rencontre organisée par l’OFAJ.

Vous le savez, la jeunesse est une priorité de notre action. J’ai noté parmi les pistes proposées par les groupes d’amitié France-Allemagne du Sénat et du Bundesrat, le développement de classes bilingues dès le plus jeune âge. Ce n’est qu’un exemple, mais il illustre comment nos assemblées peuvent contribuer au renouvellement de la coopération franco-allemande.

Je suis personnellement attaché à ce dialogue entre le Bundesrat et le Sénat. Dès mon élection, j’ai tenu à réserver ma première visite à l’extérieur – je n’ose pas dire à l’étranger - à Berlin - c’était il y a tout juste un an. Nous avions évoqué avec M. Seehoffer des projets communs, tels que la taxe sur les transactions financières. Cette idée suit son cours : la commission des affaires européennes du Sénat, que préside Simon Sutour, vient de voter une proposition de résolution en ce sens de Fabienne Keller. La commission des finances l’a également adoptée. Je souhaite que cette initiative aboutisse en 2013.

J’ai également abordé avec Mme Kraft, lors de sa visite à Paris le 31 octobre dernier, les dossiers économiques et sociaux qui sont au cœur de notre action. Nous avons franchi une étape vers la sortie de la crise en concluant le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance, assorti d’un volet pour la croissance.

Nos assemblées doivent prendre toute leur part à ce redressement. L’article 13 de ce traité prévoit ainsi un rôle renforcé des Parlements nationaux et du Parlement européen dans une Union économique et monétaire approfondie. Je suis pour ma part favorable à la mise sur pied rapide de la conférence de suivi parlementaire que prévoit cet article. Et je sais pouvoir compter sur votre énergie, cher Martin Schulz, pour que nous y parvenions ensemble.

Je me réjouis que nous puissions poursuivre la réalisation de ces projets. C’est je crois le plus bel hommage que nous pouvons rendre à ceux qui ont imaginé, il y a 50 ans, le Traité de l’Elysée. Je vous remercie.