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Discours de M. Jean-Pierre Bel

Dijon, le samedi 3 mars 2012

 

Chers amis,

Nous sommes nombreux, plus de 10 000, ici rassemblés à Dijon, au cœur de la Bourgogne, à moins de 50 jours du grand rendez-vous, le rendez-vous avec le peuple, avec la démocratie, le rendez-vous avec le changement.

Oui, en effet, tous ici, nous comptons les jours qui nous séparent de l’objectif qui porte nos espoirs : la victoire !

Mais, puisque je parle de victoire, vous me permettrez de vous ramener un peu en arrière, à il y a tout juste 4 mois, vous me permettrez de vous rappeler une belle journée de septembre, d’autant plus belle que nous étions peu nombreux à y croire.

Souvenez-vous de ce grand coup d’oxygène, le 25 septembre dernier, le Sénat, après plus de 50 ans d’hégémonie de la droite, connaissait enfin l’alternance, le Sénat élisait une majorité de gauche.

Cette victoire, minutieusement préparée, a remis notre démocratie parlementaire sur ses deux pieds, cette victoire, elle est venue de loin, elle vient des profondeurs de notre pays, des profondeurs de la France.

Au passage, je suis bien obligé, en toute objectivité, de le reconnaître : Nicolas Sarkozy a ajouté là un nouveau trophée à sa collection…

Il avait déjà le trophée du record du déficit public, du record de la dette, du record des exonérations consenties aux plus riches, non, là il a fait mieux, Nicolas Sarkozy obtient l’Oscar dans la catégorie du meilleur perdant, puisqu’il est ainsi devenu le premier Président de la Ve République à avoir perdu le Sénat..!

Il nous avait dit « …avec moi tout devient possible… » On aurait dû s’en méfier, il pensait même au Sénat !!

Plus sérieusement, cette victoire, nous la devons à vous toutes, vous tous ici parce qu’elle est le fruit de la progression continue de la gauche dans les communes, dans les départements et dans les régions.

Les Français ont fait confiance à la gauche.

C’est toi, d’abord, mon cher François, qui nous a conduits à ces premières victoires aux élections locales, qu’il s’agisse des élections cantonales, régionales et municipales.

Ce qui s’est passé au Sénat, ce n’était pas simplement une affaire d’élus.

Ce scrutin a incarné le malaise, le désespoir même qui a gagné notre pays, dans la ruralité comme dans les villes, dans les campagnes comme dans les quartiers. Partout en métropole, en Outre-Mer des millions de Français ont eu le sentiment d’être abandonnés et même stigmatisés par le sommet de l’Etat.

Alors oui, face à une droite qui n’en revient toujours pas, le Sénat apporte chaque jour la preuve qu’une politique de gauche est légitime, qu’elle est possible, qu’elle est même crédible.

Nous avons pu mener un travail d’investigation et d’analyse ; le constat est sans appel, le bilan du quinquennat accablant : un million de chômeurs supplémentaires, une dette qui s’est accrue de 500 milliards, une démocratie qui semble submergée par la puissance de l’argent.

Mais le bilan c’est aussi un Etat à bout de souffle… Tous les jours, la France que nous aimons, rassemblée et solidaire, se fragmente un peu plus.

Le manque d’instituteurs, de médecins, de policiers ou de gendarmes, est contraire au principe d’égalité des citoyens dans la République.

Oui, je le crois, ceux qui nous dirigent n’ont pas pris la mesure de ce que vivent les Français dans leurs quartiers, dans leurs communes, dans leurs régions ou départements.

Depuis vingt ans, nos territoires ruraux et péri urbains ont enregistré une croissance démographique considérable. Dans le même temps, l’Etat sous Nicolas Sarkozy a renoncé à son rôle de garant de l’aménagement du territoire en sacrifiant les services publics : écoles, tribunaux, hôpitaux, bureaux de poste… Il a abandonné les habitants les plus fragiles des territoires les plus en difficulté.

Depuis cinq ans, les élus sont critiqués, dénigrés, montrés du doigt. Ils ont été laissés seuls face à des défis immenses et aux exigences d’une société en crise. Et, dans le même temps, on explique qu’ils sont trop nombreux, qu’il y a trop de collectivités et peut-être trop de démocratie. Nous, nous l’affirmons : les élus ne sont pas un obstacle à la démocratie ; au contraire ils l’incarnent, ils la font vivre, ils la protègent.

On nous explique que les collectivités locales coûtent trop cher, qu’elles pèsent sur les déficits : c’est faux ! Nous savons, tous, que cela fait plus d’un siècle que les collectivités ont l’impérieuse obligation de présenter, elles, des budgets en équilibre. Nous savons aussi que depuis des années l’Etat transfère des charges sans véritablement compenser leur financement en laissant le soin aux communes et surtout aux départements de protéger les plus fragiles grâce aux politiques sociales de proximité, et aux régions le soin de conduire des politiques économiques ambitieuses… ce qui, tout de même, a un coût…

Voilà le fond de la politique de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement : recentraliser, tout diriger d’en haut, décider à quelques uns, ignorer les principes élémentaires de la médiation, de la régulation, de la concertation, bref, de la démocratie.

Vous avez entendu, il y a quelques jours..?

Que signifie ce réquisitoire stupéfiant auquel nous avons assisté, cette mise au pilori de ce qu’il a appelé les corps intermédiaires ? On nous dit qu’il a voulu parler des syndicats, des associations, des élus, des journalistes, peut-être même des magistrats… ? A-t-il simplement mesuré le poids des mots, le risque, le danger qu’il y a à jouer la démagogie face à l’intelligence collective,

à jouer l’instinct et la pulsion face à la culture démocratique,

la suspicion, le chacun pour soi face au vivre ensemble et aux principes républicains,

à privilégier le fait du prince face à une gouvernance apaisée, équilibrée où chacun compte pour ce qu’il représente..?

Mais aurait-il finalement oublié l’Histoire de notre pays qui a modelé, qui a façonné la France, héritière des Lumières et des idéaux de la Résistance ?

En République, il y a un principe cardinal : d’abord le respect !

C’est pour cela que nous voulons, avec toi, cher François Hollande, tracer un autre chemin. Un chemin conforme au message profond de la France que tu connais si bien, celui de l’écoute et du dialogue, celui de la démocratie.

Respect des territoires d’abord, qui doivent tous avoir leur place au sein de la République. Et pour cela, l’égalité, ce qui veut dire donner plus à ceux qui ont moins.

Respect des gens aussi, des citoyens français quelle que soit leur origine, quelle que soit leur couleur, quelle que soit leur religion. Respect des étrangers qui vivent chez nous et qui sont (c’est indigne pour le pays des droits de l’homme.. !), trop souvent livrés en pâture, désignés comme des boucs émissaires.

Respecter le peuple, c’est privilégier l’argumentation, l’explication face aux fausses évidences qui déforment la réalité, c’est préférer la vérité à la démagogie.

Au Sénat nous avons voulu démontrer qu’il existe un chemin pour le changement, qu’une majorité solide rassemblant les socialistes, les communistes, les écologistes, les radicaux de gauche, les hommes et les femmes de progrès a la capacité de gérer ensemble.

Le Sénat nouveau veut porter le message de l’espérance pour ceux qui savent se mettre à l’écoute du peuple et de leurs représentants. Il y a là une méthode radicalement différente. Celle qui nous a amenés à lancer la grande consultation des Etats généraux de la démocratie territoriale auxquels pas loin de 20 000 élus locaux, maires ont dès à présent répondu en indiquant leurs choix face aux réformes à venir.

Le Sénat nouveau accompagnera le changement. Il montre chaque jour que l’on peut avancer, réformer, ouvrir de nouvelles voies, dans la sérénité et dans le respect du débat démocratique à condition d’avoir simplement pour objectif la volonté d’entendre et de comprendre.

Après des années de défiance et de mépris, nous appelons de nos vœux un pacte de confiance entre l’Etat et les collectivités, et au-delà d’elles avec notre peuple.

C’est parce qu’elle vient de loin cette victoire au Sénat, chers amis, qu’elle pourrait bien être le prélude à un magnifique printemps, un printemps qui incarnerait l’espoir de millions de Françaises et de Français.

Aujourd’hui, cher François, c’est toi qui portes nos valeurs, nos projets, nos idéaux, nos espoirs.

Nous nous connaissons depuis longtemps. Je suis de ceux qui ont choisi de t’accompagner depuis plus de 15 ans. Je sais le chemin que tu as parcouru.

A la fébrilité, tu préfères la patience et la ténacité.

A l’agitation, tu préfères les convictions et la durée.

A la division des Français, tu préfères le rassemblement.

A l’amitié des puissants, tu préfères la confiance des citoyens.

Alors ils auront beau tout essayer, rien ne nous détournera de notre route.

Nous sommes tous avec toi ici à Dijon, et partout dans le pays, en métropole et en Outre-Mer, pour rassembler les Français et redresser la France.

Parce que, oui, le changement, c’est maintenant.

Et parce que pour nous, le changement c’est François Hollande.