Allez au contenu, Allez à la navigation

Recherche Recherche avancée

Discours de M. Jean-Pierre Bel,
Président du Sénat

Déjeuner des prêteurs de l’exposition
« Chagall entre guerre et paix »

Mercredi 20 février 2013 à 12 h 30
Salons de Boffrand

 

Monsieur le Président de la Réunion des musées nationaux-Grand Palais, cher Jean-Paul Cluzel,

Madame l’administrateur général du Musée du Luxembourg, Mme Géraldine Breuil,

Madame la conservatrice, commissaire de l’exposition, Mme Julia Garimorth-Foray,

Mesdames et Messieurs les Sénateurs,

Mesdames, Messieurs,


Avec cette exposition, la quatrième organisée par la Réunion des musées nationaux, nous restons – après celle sur le Cercle de l’art moderne –  dans la thématique de la modernité.

Nous sommes là assez loin de la modernité plutôt heureuse, ou au moins insouciante, des plages, des bateaux ou des moments d'intimité. Cette exposition Chagall nous fait aborder un autre visage de la modernité, peut-être moins léger en tous cas plus intense. Comme l’indique son thème « Chagall entre guerre et paix », l’exposition nous convie, en effet, à découvrir son parcours personnel marqué par des périodes tragiques, bouleversantes, et d’autres frappées du sceau de la sérénité retrouvée. Mais, même lorsque Chagall retrace les périodes les plus sombres, il sait éviter la violence ou la brutalité quelquefois présentes chez nombre de ses contemporains. Car Chagall a su aller au-delà des drames dont il fut le témoin et même parfois la victime, en nous engageant sur la voie de cette peinture de l’âme qui n’appartient qu’à lui.

Lorsque je m'exprime ainsi, ce n'est pas simplement pour donner une résonnance au titre même de l'exposition, c'est aussi parce que le conservateur qui a porté le projet, celui qui a vécu dans l’intimité de l’artiste en sa qualité de directeur du musée national Chagall à Nice, n'est plus parmi nous. Jean-Michel Foray nous a quittés en 2012 après avoir travaillé à ce projet jusque dans ses derniers instants et c'est son épouse que je salue à nouveau, Julia Garimorth-Foray, conservateur au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, qui a repris le flambeau et permis à ce projet d'aboutir. Permettez-moi de saluer l’importance du travail accompli avec passion par ces conservateurs et leurs équipes pour assurer la gloire d’artistes phares, qui, comme Chagall, ont choisi la France comme nouvelle patrie.

Je voudrais à cet égard m'arrêter un instant sur le parcours emblématique de l’artiste disparu en 1985, à Saint-Paul-de-Vence, à 98 ans. Pardon de redire ce que chacun d’entre vous connaît, bien évidemment. Né à Vitebsk – une ville située aujourd’hui en Biélorussie –, Chagall a, très tôt, été attiré par Paris. Il s’y installe en 1910, à quelques pas d’ici, au cœur de ce quartier de Montparnasse alors en pleine effervescence. Chagall fréquenta les milieux d’avant-garde pour se lier avec ces grandes figures de la vie culturelle du moment, qu’il s’agisse des lettres avec Apollinaire, Cendrars ou Max Jacob ou des arts avec Delaunay, Lhote et Léger. Il étudie alors le fauvisme, qui n’est pas étranger aux couleurs si pures de son art, et s’intéresse au cubisme naissant.

Retourné dans sa ville natale, il apporte son témoignage, – avec sa sensibilité propre mais aussi avec son imprégnation de la culture populaire judéo-russe – sur les ravages de la guerre ou les souffrances de l’arrière : la misère des ghettos, les populations déplacées, les premiers blessés de guerre.

Très engagé au départ en faveur de la révolution russe, il ne tarde pas à manifester son indépendance en reprenant le chemin de Paris où il arrive en 1923.

La montée du nazisme en fit un proscrit, le régime hitlérien allant jusqu’à exposer à Munich certaines de ses toiles dans une exposition de sinistre mémoire consacrée à « l’Art dégénéré » (sic). La défaite et les lois antisémites le contraignent bientôt à l’exil aux États-Unis –où il rejoint notamment Léger, Bernanos, Breton et Mondrian. Il ne retrouvera la France qu’en 1949 pour s’installer plus près de la nature en région parisienne puis à Vence dans le Midi.

Après toutes ces tribulations qui ne lui ont jamais fait oublier ses racines, il peut enfin donner un cours plus serein à sa sensibilité poétique. Le rêve qui habitait déjà ses œuvres comme une forme d’évasion, comme le moyen de s’abstraire par l’art de la dureté des temps, change de dimension. Chagall tend alors à s’inscrire dans une quête du sacré qui s’exprime dans un message spirituel, en particulier avec ses fameuses illustrations de la Bible et du message biblique.

Cette exposition se situe dans le prolongement de grandes manifestations comme la rétrospective Chagall au Grand-Palais à Paris en 2003, après l’hommage rendu en 1969. Elle nous place pleinement dans le troisième axe de programmation du Musée en lien avec le thème de Paris, capitale des arts. Et elle souligne, dans le même temps, ce que la culture française doit à toutes ces personnalités venues d’ailleurs qui se sont installées dans notre pays pour y exprimer leurs talents.

Mais, si nous sommes heureux d’accueillir cette exposition, c’est aussi parce qu’elle permet, tout simplement, d’admirer – comme nous venons de le faire – les belles œuvres que toutes les personnalités ici présentes ont bien voulu prêter.

La qualité de cette manifestation tient, en premier lieu, à l’importance des œuvres exposées. Celles-ci proviennent notamment du Musée national d’Art moderne - Centre Georges Pompidou, du Musée d’Art moderne de la Ville de Paris et du Musée national Marc Chagall de Nice. Mais on peut également y admirer des œuvres venues de toute l’Europe, (de l’Allemagne à la Suède en passant par l’Italie, l’Autriche et les Pays-Bas, sans oublier bien sûr la Russie) et même des États-Unis avec des prêts du Museum of Modern Art (MoMA) de New-York et du Philadelphia Museum of Art.

Bien entendu, notre gratitude ne va pas seulement aux prêteurs publics mais aussi à tous les collectionneurs privés à commencer par les descendants de l’artiste, ici présents, qui doivent, à leur tour, être chaleureusement remerciés.

Il me reste encore à former des vœux pour la réussite de cette exposition, la première pleinement conçue et composée ex nihilo pour le Musée du Luxembourg. Je voudrais, à ce stade et pour conclure, saluer l’engagement de la Réunion des Musées Nationaux – en la personne de son Président mais aussi de toutes ses équipes – en faveur d’une programmation à la fois de qualité et accessible au public le plus large. Ce sont là deux valeurs auxquelles le comité de programmation du Musée du Luxembourg – et en particulier son Président – est tout comme moi particulièrement attaché. La présente exposition répond parfaitement à cette double ambition. Cela me rend confiant dans sa capacité à rencontrer le succès qu’elle mérite, tant auprès du public que de la critique.

Je vous remercie.