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Inauguration du buste de Gaston Monnerville

Mardi 20 décembre 2011 – 11 h 30


Monsieur le Maire de Paris, cher Bertrand Delanoë,
Monsieur le Vice-Président de l’Assemblée nationale,
Monsieur le Maire du sixième arrondissement,
Monsieur le Président Poncelet,
Monsieur le Président Larcher,
Monsieur le Président de la Société des amis du Président Gaston Monnerville, cher Roger Lise,
Madame la Présidente de l’Union des Guyanais et amis de la Guyane, Mme Dorion,
Mesdames et Messieurs les sénateurs, chers collègues,
Mesdames et Messieurs les députés,
Mesdames et Messieurs,

Cinq ans après l’inauguration de l’esplanade Gaston Monnerville en votre présence, Monsieur le Président Poncelet, la mémoire du premier Président du Sénat de la cinquième République nous réunit de nouveau.

C’est pour moi un grand honneur et une immense fierté d’inaugurer, à vos côtés, Monsieur le Maire de Paris, mon cher Bertrand, ce monument qui rend hommage à l’un des grands hommes que l’outre-mer a donnés à notre République.
C’est aussi une grande joie car, comme j’ai pu le dire il y a quelques semaines aux élus d’outre-mer que je recevais au Sénat, la vie de Gaston Monnerville illustre, s’il en était besoin, la force des liens qui unissent l’outre-mer et notre Haute Assemblée.

Je veux d’emblée saluer le travail admirable qu’accomplit la Société des amis du Président Gaston Monnerville, notamment grâce à son président et fondateur, cher Roger Lise. Une fois encore, vos initiatives et votre énergie nous permettent d’honorer dignement sa mémoire.
La personnalité et l’action du Président Monnerville sont d’une infinie richesse.
Gaston Monnerville fut, en premier lieu, un grand Républicain.

Dans notre pays, l’enracinement de la République n’a pas suivi un parcours linéaire. Il aura fallu plusieurs révolutions et plusieurs Constitutions pour que ce régime s’installe de façon pérenne.
Gaston Monnerville était lui-même habité par cette histoire.
Cet idéal nous porte à nous référer aux grands hommes qui ont combattu pour la République et qui l’ont incarnée. Leur exemple doit nous guider et nous inspirer.
Pour être forte, la démocratie a besoin de modèles qui inspirent la jeunesse.

Ici, à quelques pas du Panthéon et face au Palais du Luxembourg qui accueillit tant de figures qu’il admirait – Victor Schœlcher, Victor Hugo, Georges Clemenceau – le souvenir de Gaston Monnerville trouve naturellement toute sa place.
L’enfant de Guyane avait appris à l’école républicaine les idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité.
Nourri de ces idéaux républicains, jamais il ne dévia d’une ligne morale exigeante, pour lui-même, pour les autres, comme pour les institutions qu’il a servies.

Descendant comme Félix Éboué des affranchis auxquels il y a un siècle et demi Victor Schœlcher a rendu la liberté, il a défendu tout au long de sa vie, comme ces deux illustres précurseurs, la dignité humaine.
Gaston Monnerville avait deux points d’ancrage, la Guyane qui l’avait vu naître, et le Lot, où il fut élu sénateur, conseiller général et maire de Saint-Céré.

L’unité, la cohérence et l’exemplarité de son parcours portent la marque de la culture radicale forgée dans le sud-ouest sous la Troisième République : une pensée nourrie par la philosophie des Lumières et une hostilité à toute personnalisation du pouvoir.
Ses débuts talentueux de jeune avocat, à Toulouse puis à Paris en 1931, lui donnent l’occasion de renouer avec sa Guyane natale, lorsqu’il obtient, à 34 ans, par une plaidoirie remarquable, l’acquittement de quatorze guyanais dans l’affaire Galmot.
Il y gagne une popularité qui lui permet de devenir député et maire de Cayenne.
Inlassablement porté par les idéaux de justice et de progrès, il milite pour la fermeture du bagne de Cayenne qui était alors, comme l’a écrit Robert Badinter, « une flétrissure pour la Guyane et une honte pour la France ».
La vie de Gaston Monnerville fut jalonnée de moments et de décisions qui caractérisent l’homme d’action et révèlent le grand homme, capable de saisir avant les autres les périls qui menacent les droits fondamentaux de la personne humaine.
Monnerville était un homme d’action et un Résistant.
Ainsi, dès le 21 juin 1933, place du Trocadéro, il dénonce avec une lucidité et une acuité peu communes les prémisses de la barbarie nazie.
S’adressant aux Juifs persécutés, il déclare « nous, les Fils de la race noire, nous ressentons profondément votre détresse. Nous sommes à vos côtés et vous nous trouverez toujours à vos côtés, chaque fois qu’il s’agira de lutter contre une mesure ou contre un régime qui tendrait à détruire la justice entre les hommes, ou à abolir leur liberté. »

En septembre 1939, lorsque la guerre éclate, l’homme d’action souhaite s’engager, mais son statut de parlementaire empêche sa mobilisation.
Gaston Monnerville obtient alors, avec plusieurs de ses collègues, qu’Edouard Daladier prenne un décret-loi qui les autorise à participer au combat.
Il sert comme officier de Justice sur un cuirassé. Démobilisé en juillet 1940, il s’engage dans la Résistance.

Il défend en tant qu’avocat les personnes emprisonnées par Vichy pour délit d’opinion ou en raison de leurs origines, ce qui lui vaut d’être lui-même plusieurs fois arrêté.
Après l’invasion de la zone libre, en novembre 1942, il rejoint les maquis d’Auvergne et les Forces Françaises de l’Intérieur.
C’est à la Libération qu’il se révélera pleinement comme homme d’Etat, notamment dans l’exercice de ses fonctions de Président du Sénat.

Membre des deux assemblées nationales constituantes de 1945 et 1946, il contribue de façon essentielle à la définition du nouveau cadre constitutionnel de l’outre-mer, qui crée les départements et territoires d’outre-mer.
La départementalisation ouvre aux vieilles colonies la perspective d’un progrès économique et social considérable, dont la réalisation se poursuit aujourd’hui.

Battu en novembre 1946 lors des élections à la première Assemblée nationale, Gaston Monnerville, est élu quelques semaines plus tard au nouveau Conseil de la République, mais, précisera t il, « en son absence et sans avoir été candidat ».
Sénateur issu de la Gauche démocratique dont le groupe RDSE est aujourd’hui l’héritier, Président du Conseil de la République, puis du Sénat pendant vingt-deux ans, il a mené des combats qui ont marqué l’histoire de notre assemblée.

Au nom des principes républicains, il fait preuve d’un courage politique indéniable en s’opposant au général de Gaulle lors du référendum de 1962.
Cette opposition vaudra au Sénat, et à son Président, de connaître plusieurs années durant, ce que l’on pourrait appeler une véritable mise en quarantaine.
Mais pour le Président Monnerville, le Sénat ne pouvait être une simple chambre d’enregistrement des demandes du pouvoir exécutif.

Le Sénat de la Vème République lui doit sans doute en partie cet esprit d’indépendance qui lui permet de jouer un rôle indispensable dans nos institutions.
Gaston Monnerville concevait le Sénat comme une assemblée vigilante dans la défense de la liberté individuelle, dans la protection des garanties que la justice doit aux citoyens et dans l’exigence du respect des droits.

Ce rôle est plus que jamais celui de la haute assemblée aujourd’hui. Au moment où le Sénat connaît le changement, tout simplement une alternative démocratique, nous devons, ensemble, faire ce retour aux sources, en méditant le message de Gaston Monnerville.
Avec le buste que nous allons découvrir, le Sénat sera symboliquement sous le regard d’un homme qui mit toute son autorité et son énergie à le rétablir comme assemblée parlementaire à part entière.

Il est donc heureux et juste qu’un monument soit aujourd’hui dédié à la mémoire de cet homme de conviction. Une fois n’est pas coutume, vous me permettrez de citer l’abbé Grégoire, révolutionnaire abolitionniste que Monnerville admirait tant. L’abbé Grégoire a énoncé un principe fort, selon lequel « il n’y a pas de vertu sans courage », et toute la vie de Monnerville en a été inspirée.

Je vous remercie.