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Ouverture de la rencontre « Outre-mer, une mémoire audiovisuelle à partager »

Organisée par l’INA et la délégation à l’outre-mer, avec France Ô

Sous le haut patronage du Président du Sénat

Lundi 12 novembre 14 h 30

 

 

Madame la Ministre,

Madame la présidente de la commission de la culture,

Monsieur le président de la délégation à l’outre-mer,

Monsieur le directeur d’Outre-mer 1ère et de France Ô,

Monsieur le président directeur général de l’INA,

Mesdames et Messieurs les sénateurs,

Chers amis,

Tous ceux qui ont vécu ou séjourné dans les départements et collectivités d’outre-mer ont pu mesurer la place que tient aujourd’hui l’audiovisuel dans l’identité de chacun de ces territoires.

Chacune des chaînes de télévision consacrée à l’outre-mer, et je pense ici tout particulièrement à « Outre-mer 1ère », naguère « RFO », est une source de reconnaissance pour la collectivité où elle est implantée.

Elle constitue, aux côtés de la presse et de la radio, mais avec cette force que donnent les images, ce lieu de diffusion des informations de chaque territoire qui ne peuvent être pleinement distinguées et mises en valeur sur les chaînes nationales.

J’ai eu moi-même l’occasion de l’observer lors de mes déplacements outre-mer et je suis donc particulièrement heureux de prononcer quelques mots en ouverture de cette rencontre.

Ce terme de rencontre est pleinement approprié puisqu’il s’agit d’une initiative de l’Institut national de l’audiovisuel, à laquelle la délégation à l’outre-mer a apporté son appui.

Les sénateurs ultramarins ici présents participeront aux deux tables rondes, avec nos collègues membres de la commission de la culture, particulièrement attentive à l’audiovisuel et à la recherche.

 

La rencontre, c’est le dialogue, entre les élus, les acteurs institutionnels, les chercheurs, les historiens, les professionnels des médias.

Un dialogue qui a pour objet central les outre-mer, leur vie, leur image, leur histoire, telle que des milliers d’heures de programmes audiovisuels permettent de les appréhender. Cette rencontre a donc toute sa place au Sénat.

Car la pleine reconnaissance des outre-mer a été un de mes premiers engagements en tant que Président de cette assemblée.

Créée il y a moins d’un an, la délégation à l’outre-mer affiche déjà, sous la conduite de son président Serge Larcher, un bilan éloquent. En dépit de moyens encore modestes, mais avec l’appui précieux et nécessaire des commissions permanentes, cette délégation a répondu à une attente, à un besoin.

Des auditions, un rapport d’information, des propositions de résolution européennes sur la politique commune de la pêche et sur l’avenir des régions ultrapériphériques : ce sont autant d’actions engagées pour une meilleure prise en compte des outre-mer et pour la valorisation de leur potentiel.

La rencontre qui s’ouvre, intitulée « Outre-mer, une mémoire audiovisuelle à partager », procède du même esprit que la rencontre du 9 mai dernier, consacrée aux mémoires croisées du passé colonial de la France.

Pour la première fois étaient alors réunies des personnes qui portent des mémoires liées à la longue histoire de la colonisation française, afin de réfléchir à l’intégration de ces expériences et de ces récits dans une conscience historique.

Je ne suis donc pas surpris de retrouver ici aujourd’hui la présidente du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, Madame Françoise Vergès, qui avait animé ces débats.

Et je salue l’énergie et l’engagement du coordinateur scientifique de notre nouvelle rencontre, Pascal Blanchard, qui a déjà apporté une contribution décisive pour l’évolution du regard porté sur la colonisation et sur la perception des inégalités que les schémas de pensée peuvent nous conduire à négliger, voire à accepter alors qu’elles doivent nous révolter.

La société dans laquelle nous vivons est faite de toutes ces histoires, dans leur longue durée, de leur pluralité, de leurs transformations. Elles ont donné naissance à des mémoires et des histoires entremêlées à partir desquelles nous devons construire un récit à partager.

Les discussions qui vont s’engager dans quelques minutes vont sans doute évoquer cette préoccupation centrale pour notre cohésion sociale.

 

Si cette rencontre a lieu au Sénat, c’est aussi parce que l’INA et la Caisse des dépôts ont signé ici, au Palais du Luxembourg, en juillet dernier, le projet de numérisation du fonds outre-mer.

Les archives audiovisuelles ultramarines, c’est-à-dire des milliers d’heures de télévision et de radio, seront numérisées au cours des quatre prochaines années.

Ces archives sont celles de l’Office de coopération radiophonique (OCORA) créé en 1962, de RFO, qui a succédé au premier organisme en 1982 et, depuis 2010, du Réseau Outre-Mer 1ère.

Seront ainsi préservés de la destruction des éléments essentiels de la mémoire des outre-mer.

Je veux saluer cette démarche, qui vient réparer un manque. Toute action publique, dans le domaine culturel comme dans les autres champs d’intervention, doit intégrer les outre-mer. C’est une exigence républicaine.

Mais la sauvegarde de ces archives n’est rien si leur contenu n’est pas accessible et étudié. L’INA s’est donc engagée, pour ces fonds ultramarins comme pour l’ensemble du patrimoine audiovisuel dont il a la garde, non seulement à les conserver mais aussi à les valoriser et à les transmettre.

Telle est l’autre dimension de cette entreprise, et ce sera certainement l’un des sujets de réflexion de cet après-midi : le partage.

Une part importante de ce patrimoine est accessible sur Internet, grâce à « l’Inathèque ». Qui veut aujourd’hui voir et entendre, par exemple, Aimé Césaire, peut ainsi retrouver sur le site de l’INA des entretiens passionnants qui nous invitent, comme le grand poète et homme politique le disait à propos de l’outre-mer, à « ne pas en rester à la surface des choses ».

Média controversé, parfois décrié, la télévision apparaît alors sous son meilleur jour, comme un outil de culture, comme un vecteur de pensée et non comme un dispositif destiné à dégager du « temps de cerveau disponible » au bénéfice d’intérêts mercantiles.

Au-delà de cet accès facilité à des émissions qui appartiennent désormais à notre patrimoine, la numérisation entreprise par l’INA permettra un nouveau regard sur cinquante années d’histoire audiovisuelle des outre-mer.

Les débats qui vont s’ouvrir mettront en perspective le travail de préservation qui s’est engagé.

Ce demi-siècle fut une période de mutation. Les outre-mer avaient quitté le régime des colonies pour accéder au statut de département et de territoire, avant de connaître de nouvelles évolutions statutaires qui ont accru leur autonomie.

Ce sont cinquante années d’intégration à la République, d’avancées vers l’égalité de droit et vers la reconnaissance de leur identité culturelle propre. Les relations des outre-mer avec l’État ont été profondément modifiées.

Outre l’histoire politique, ces archives donneront à voir des évolutions démographiques, économiques et sociales. Ce seront à la fois des sources historiques et des objets d’études pour les chercheurs.

Des sources au statut particulier, puisqu’elles ont été vues par des milliers de personnes, elles ont donc été partagées une première fois. Elles présentent une version des faits ; elles ont même pu susciter l’évènement ou au moins influencer les perceptions.

Ces images et ces sons vont être soumis à la critique et à l’analyse. Ils peuvent nous apprendre beaucoup de choses par ce qu’ils montrent, mais aussi par ce qu’ils cachent. Le travail de l’INA va ainsi ouvrir de nouveaux champs historiographiques.

Ces archives audiovisuelles seront également, je l’espère, un outil pour l’éducation, pour une véritable intégration de l’histoire des outre-mer à notre histoire nationale, alors qu’elle est encore trop souvent reléguée en annexe.

 

Je suis donc particulièrement fier et heureux d’ouvrir et d’accompagner cette nouvelle rencontre consacrée à des enjeux de mémoire partagée, c’est-à-dire à la construction du destin commun qui unit l’hexagone et les outre-mer.

Je vous souhaite donc de fructueux échanges.

Je vous remercie.