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Ouverture du colloque
« La France dans le Pacifique : quelle vision pour le XXIème siècle »

Organisé par la Délégation à l’outre-mer, le ministère des outre-mer et le ministère des affaires étrangères
Sous le haut patronage du Président du Sénat
Jeudi 17 janvier 2013


Monsieur le Premier Ministre (Michel Rocard),
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs,
Chers collègues,

Je veux d’abord excuser l’absence de mon ami Serge Larcher, président de la Délégation sénatoriale à l’outre mer, qui ne peut malheureusement pas être avec nous aujourd’hui. Je sais à quel point il le regrette car le projet de ce colloque lui tient très à cœur, et qu’il s’y est beaucoup investi. Il nous a d’ailleurs adressé un message, que nous communiquera tout à l’heure le sénateur de Wallis et Futuna, Robert Laufoaulu, que je salue.

Je veux également excuser M. Richard Tuheiava, qui accompagne le président de la Polynésie française, Oscar Temaru à l’ONU à New York.

Dans l’année qui vient de s’écouler, j’ai eu plusieurs fois l’occasion, de témoigner de mon intérêt pour les travaux conduits au Sénat et relatifs à l’outre-mer. Je suis donc particulièrement heureux de prononcer quelques mots en ouverture du colloque sur les perspectives de la présence française dans le Pacifique au XXIème siècle.

Je remercie pour leur participation et leur partenariat le ministère des Outre mer, ainsi que le ministère des affaires étrangères.

La pleine reconnaissance des outre-mer a été un de mes premiers engagements en tant que Président du Sénat.

Lorsqu’il y a un peu plus d’un an maintenant, nous avons installé la Délégation sénatoriale, nous étions motivés par une meilleure prise en compte des outre-mer au sein de l’institution et par le souci de faire mieux connaître et de valoriser leur potentiel exceptionnel.

Cette jeune délégation est composée de 21 sénateurs ultramarins, et de 21 élus hexagonaux. Diverse dans sa composition, ce qui était notre volonté, elle a su l’être aussi dans la nature des travaux produits.

Mais je n’imaginais pas alors, concrètement, la qualité des travaux que la Délégation a fournis dans un si court délai. Ceux-ci enrichissent considérablement nos connaissances et notre approche des questions ultramarines tant dans leurs dimensions humaine et culturelle qu’environnementale.

Au mois de mai dernier, elle nous a réunis pour un colloque sur les mémoires croisées du passé colonial français. Ce fut une rencontre inédite de sénateurs, d’historiens, d’associations et de jeunes artistes dont je garde un souvenir très vif, car l’initiative était très originale et les échanges se sont révélés passionnants.

En novembre, en partenariat avec l’INA et France Ô, c’était un nouveau colloque, cette fois sur la mémoire audiovisuelle des outre-mer, à propos de la numérisation de cinquante ans d’archives audiovisuelles.

Entre temps, il y a eu des travaux d’expertise sur la vie chère, la zone économique exclusive ou encore la politique de la pêche.

La rencontre qui s’ouvre aujourd’hui apporte une nouvelle preuve de la diversité des sujets et des dialogues suscités par la délégation sénatoriale. Ils répondent à une attente, un besoin, de mieux apprécier l’apport des collectivités d’outre-mer.

Grâce à la Nouvelle-Calédonie, à la Polynésie française et à Wallis-et-Futuna, la France est présente dans le continent océanien, ce « continent invisible » selon les mots de Jean-Marie Le Clezio, cet immense espace maritime situé à 16 000 km de l’hexagone.

Dans cette région du monde, malgré l’influence grandissante des pays asiatiques, l’influence anglo-saxonne reste très marquée. La participation, ce matin, des ambassadeurs d’Australie et de Nouvelle Zélande à vos travaux, en témoigne.

Leur éclairage sera précieux quant aux équilibres géopolitiques entre la France et les États du Pacifique.

Les trois collectivités françaises d’Océanie présentent des spécificités, tant institutionnelles que géographiques et démographiques. Elles n’ont ni le même statut, ni les mêmes ressources.

En Nouvelle-Calédonie, le processus issu des accords de Matignon et de Nouméa donne une forte autonomie à ce territoire.

Ce processus, porté par des hommes et des femmes qui ont voulu dépasser leurs antagonismes, se concrétise par un véritable partage de souveraineté et la Nouvelle-Calédonie est aujourd’hui un point de stabilité de l’arc mélanésien. Des transferts de compétences majeurs doivent encore intervenir avant la dernière étape de l’accord : la consultation sur l’autodétermination.

La Polynésie française, quant à elle, jouit d’une forte autonomie et de prérogatives étendues.

Enfin, s’agissant des îles Wallis et Futuna, il y a sans doute matière à réflexion sur une actualisation du statut, qui suppose toutefois un consensus local.

Les lois permettent à la Nouvelle-Calédonie et à la Polynésie française d’exercer des compétences étendues dans le domaine des relations extérieures. Ces collectivités se sont donc engagées dans une politique active d’insertion régionale.

L’appartenance de la Nouvelle-Calédonie, de la Polynésie française et de Wallis et Futuna à la culture océanienne favorise le rapprochement entre la France et les États de la région, où l’aide et la participation de la France sont souvent sollicitées.

Il nous faut donc envisager la présence française dans le Pacifique sous l’angle des relations régionales.

La France dispose de six ambassades dans la zone océanienne : en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, au Vanuatu, à Fidji et aux Philippines.

Notre pays est fortement représenté dans cette région immense et pourtant peuplée d’à peine 10 millions d’habitants.

La perception de la présence française dans la région s’est fortement améliorée au cours des dernières décennies, grâce d’une part au processus qui a permis d’apaiser les tensions en Nouvelle-Calédonie et d’autre part à la fin des essais nucléaires français en Polynésie, en 1996.

Cette évolution a été particulièrement sensible au sein du Forum des Iles du Pacifique (FIP), dont la Nouvelle Calédonie comme la Polynésie sont membres associés et dont Wallis et Futuna est membre «observateur».

Par ailleurs, ces trois collectivités sont, comme la France, membres à part entière de la Communauté du Pacifique, une organisation internationale à vocation régionale.

Elles peuvent ainsi développer activement leurs relations avec les États du Pacifique et les organisations régionales et étendre leur influence en bénéficiant du réseau diplomatique français dans le Pacifique.

Les populations du Pacifique sont confrontées à des questions spécifiques, telles que l’éloignement et l’isolement des nombreuses îles, les effets directs du réchauffement de la planète, les catastrophes naturelles, la pêche illicite, et les grands trafics qui empruntent les voies maritimes.

La question du développement se pose néanmoins de manière aigüe dans un milieu où les contraintes géographiques telles que les distances et la taille réduite des surfaces habitables sont fortes. La problématique environnementale entre développement humain et préservation du milieu naturel trouve ici une illustration exemplaire. Je pense notamment à l’accès à l’eau potable ou la gestion difficile des déchets en Polynésie.

Comme il y a toujours deux faces à une médaille, la géographie et la géologie de cette région offrent aussi de réelles opportunités de développement, notamment en matières premières et énergétique. Je pense en particulier à la mise en valeur des ressources minières en Nouvelle Calédonie.

Sur les questions environnementales, des approches régionales ont vu le jour, notamment au sein du Programme régional océanien de l’environnement.

Des solidarités régionales ont pris le relais sur les problèmes induits par les changements climatiques, et sur la préservation de l’environnement. La notion d’intérêt commun a émergé des relations de voisinage qui se sont construites peu à peu pour protéger les zones maritimes et préserver les ressources.

Le continent océanien est un continent liquide, ses populations, un peuple de l’eau, sa culture, la fluidité.

C’est pourquoi des améliorations pourraient porter, selon les contextes, sur une circulation facilitée avec les pays voisins par une politique locale des visas ou, comme cela a été proposé, des échanges universitaires avec les États voisins.

Dans un récent avis, le Conseil économique, social et environnemental rappelait que « le Pacifique est devenu, à deux exceptions près, une zone libre de visas court-séjour pour se rendre en Nouvelle-Calédonie, à Wallis-et-Futuna ou en Polynésie française ».

Cette mesure a été particulièrement appréciée lors des Jeux du Pacifique, à Nouméa, à l'été 2011.

Les liens tissés par la France et par les collectivités françaises en Océanie montrent ce que les échanges apportent à un monde souvent porteur d’incertitudes et de déséquilibres. Ils donnent une belle illustration de ce que pourraient être les nations-relation imaginées par Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau :

« Comme il y a eu des états-nations, il y aura des nations-relation. Comme il y a eu des frontières qui séparent et distinguent, il y aura des frontières qui distinguent et relient, et qui ne distingueront que pour relier ».

Mesdames et Messieurs,

Je vous souhaite à tous, une bonne journée, et de fructueux travaux.

Je vous remercie.