Allez au contenu, Allez à la navigation

Recherche Recherche avancée

Discours de M. le Président du Sénat
à l'occasion de la réception de la communauté française
le 27 novembre 2012 à la Résidence de France à Tunis

Monsieur l’Ambassadeur,
Madame le Consul général,
Monsieur le Président de la commission des lois du Sénat, cher Jean-Pierre,
Mesdames et Messieurs les représentants des Français de l’étranger,
Mes chers compatriotes de Tunisie,

Je vous remercie d’avoir répondu nombreux à mon invitation.
Cette visite en Tunisie revêt une signification toute particulière à mes yeux et je suis très heureux de vous rencontrer ce soir à La Marsa, aux côtés de mon collègue Jean-Pierre Sueur, qui préside le groupe d’amitié France-Tunisie du Sénat.

Je veux remercier tout particulièrement pour son hospitalité l’Ambassadeur François Gouyette, dont les équipes n’ont pas ménagé leurs efforts pour le succès de cette soirée.

Je vous le disais, cette visite n’est pas comme les autres. En me rendant en Tunisie, à l’invitation du Président de l’Assemblée nationale constituante, je suis venu saluer au nom du Sénat de la République la révolution tunisienne. Le courage du peuple tunisien lors de ces journées de décembre 2010 et de janvier 2011, la maturité dont il fait preuve dans la gestion de la transition forcent notre admiration.

Héritiers nous-mêmes de la révolution française, nous avons été sensibles aux valeurs de liberté qui se sont exprimées à cette occason.

Ces valeurs, nous les défendons aujourd’hui ensemble partout dans le monde face à la tyrannie et à la barbarie - et je pense naturellement à la tragédie que subit le peuple syrien. Nous les défendons aussi ensemble en mettant en avant les acquis de la condition des femmes en Tunisie, et en contribuant à les renforcer. Forts de ce patrimoine commun, qu’il nous appartient de préserver, nous pouvons aborder avec lucidité et confiance une nouvelle étape de nos relations.

Nous ne sommes certainement pas venus ici pour donner des leçons, mais au contraire pour apprendre. Tahar ben Jelloun le dit en conclusion de l’essai qu’il a consacré au destin de Mohamed Bouazizi : son histoire, celle du peuple tunisien, n’appartient à personne.

Alors que la Tunisie doit affronter des défis immenses, je viens simplement  apporter un message de soutien et de solidarité. C’est celui que je délivre pendant ces deux jours au Président de l’Assemblée nationale constituante, au Premier Ministre et au Président de la République, mais aussi aux responsables de la société civile : la France se tient à vos côtés, prête à accompagner la Tunisie dans la reconstruction qu’elle a engagée.

Ma conviction est que les Français de Tunisie ont un rôle particulier à jouer dans cet effort sans précédent, notamment en tant qu’acteurs économiques. Vous êtes impliqués dans la création de plus de 1200 entreprises en Tunisie. Ce dynamisme est une des clés du retour à une croissance durable.

Il est aussi une chance pour la France. A l’heure où certains défendent une France repliée sur elle-même, vous démontrez par votre rayonnement au cœur de la société tunisienne que notre horizon ne s’arrête pas  aux frontières de l’hexagone. Notre horizon, nos frontières, ce sont ces valeurs universelles que j’évoquais à l’instant. Vous en avez parfois une approche bien plus sensible qu’en métropole, parce que pour vous la France, ce n’est pas qu’un mot, c’est aussi une culture.

Cette culture bénéficie en Tunisie d’un outil exceptionnel, à travers le réseau des centres culturels (Tunis, Sfax et Sousse) et les dix sites d’enseignement du français, de Bizerte à Médenine. Je salue ici le formidable travail des personnels de l’Institut français et des centres de recherche tels que l’IRD.

Ce travail s’appuie sur celui réalisé par les équipes du Consulat, dont je sais à quel point elles sont sollicitées.

Qu’il s’agisse de la sécurité de la communauté française, de la protection sociale, des demandes de visas, les besoins ne cessent d’augmenter et vous êtes en première ligne. Un mot sur la sécurité, si vous le permettez : il s’agit pour le gouvernement comme pour le Parlement d’une priorité absolue. Malgré le contexte budgétaire que vous connaissez, Laurent Fabius a inscrit les crédits destinés à la sécurisation des postes diplomatiques en forte augmentation dans le projet de budget qui viendra prochainement en discussion au Sénat. Nous soutiendrons cette demande. Je vous sais aussi très attentifs à la réforme de la prise en charge de la scolarité engagée par le gouvernement. Le précédent système était à la fois opaque et injuste : 7% des familles se répartissaient 25% de l’enveloppe budgétaire, sans aucun critère de ressources. Nous veillerons à ce que ce mécanisme soit rendu plus équitable, tout en préservant l’intégralité du budget qui était alloué à la prise en charge de la scolarité.

Sécurité, scolarité, protection sociale : depuis l’élection en juin de Pouria Amirshahi et de dix autres députés représentant les Français de l’étranger, ces préoccupations qui sont les vôtres sont relayées à l’Assemblée nationale. Cela signifie que le Sénat n’a plus le monopole de la représentation des Français de l’étranger. Mais je m’en réjouis car il s’agit d’une reconnaissance supplémentaire de votre contribution à ce qui fait la richesse de notre pays.

Le gouvernement a souhaité engager une réflexion globale sur cette représentation, et plus particulièrement sur le rôle de l’Assemblée des Français de l’étranger. Pour la ministre déléguée chargée des Français de l’étranger, Hélène Conway-Mouret, il s’agit à la fois de rapprocher les élus du terrain, de repenser leurs compétences et d’améliorer leur représentativité. Ces orientations me semblent justes. La très faible participation observée depuis vingt ans aux élections à l’AFE, alors que des moyens importants ont été mobilisés pour l’encourager, nous impose en effet une réflexion sur ce sujet. Le Sénat, que ce débat concerne au premier chef à travers le mode d’élection des sénateurs représentant les Français de l’étranger, y prendra toute sa part.

Si le nombre et le rôle des Français à l’étranger ont changé, c’est que le monde a changé. Ce constat s’impose à nous, en Tunisie plus que nulle part ailleurs. Il doit nous inciter à œuvrer ensemble à préserver et à développer un partenariat d’égal à égal. C’est le message que je suis venu vous apporter et que, je n’en doute pas, d’autres responsables de notre pays viendront vous confirmer dans les semaines et les mois qui viennent.

Je vous remercie et je suis heureux de pouvoir à présent passer un moment d’échange et d’amitié avec vous.