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Discours de M. Jean-Pierre BEL,
Président du Sénat,

à l’occasion du News World Summit

Mercredi 30 mai 2012 à 19 heures

(Salons de Boffrand)


Monsieur le Président du Réseau mondial des rédacteurs en chef,
Messieurs les Vice-présidents,
Mesdames et Messieurs les rédacteurs en chef,
Chers collègues,
Mesdames, Messieurs.

Permettez-moi tout d’abord de vous souhaiter la bienvenue au Sénat, dans les salons de Boffrand. La tenue à Paris de votre deuxième sommet mondial, le News World Summit, constitue à mes yeux un événement auquel j’ai considéré utile d’associer notre assemblée.

D’abord parce que le Sénat a toujours le souci de s’ouvrir au monde, ensuite parce qu’il a manifesté un intérêt particulier en consacrant de nombreux travaux aux technologies de l’information et de la communication, les TIC. Il se sent donc concerné au premier chef par leurs évolutions permanentes et les réflexions qu’elles vous inspirent.

De nombreuses questions restent posées sur les outils à utiliser, les pièges à éviter, les modèles économiques à privilégier…
Vos travaux s’efforcent d’apporter les réponses pour ouvrir de nouvelles pistes prometteuses.

Dans vos centres d’intérêt, comme en bien d’autres, l’innovation technologique modifie les perspectives à un rythme accéléré.

Un simple regard en arrière permet de mesurer le changement d’échelle. Du parchemin à l’invention de la radio et de la télévision, plus de 20 siècles se sont écoulés, essentiellement marqués par l’apparition du papier et de techniques successives d’impression.

Avec le numérique, on a vu le développement, en quelques années, d’Internet, des tablettes, de la téléphonie mobile 4 G ainsi que de Facebook, YouTube, Twitter et autres réseaux sociaux. Quant à la télévision connectée, à peine naissante, elle paraît déjà promise à un succès planétaire.

Faut-il pour autant se laisser éblouir ? L’adage « Tout nouveau, tout beau » doit-il conduire à considérer les médias traditionnels comme dépassés ?

En France, contrairement à ce que l’on peut observer dans d’autres pays, l’âge d’or de la presse écrite semble, en tout cas, derrière nous, en particulier pour les quotidiens.

D’où, au fil des ans, la disparition de nombreux titres et la concentration de la majorité des autres aux mains de quelques puissants groupes.

Dans l’audiovisuel, on peut constater qu’en dehors du secteur public, les stations et chaînes privées sont contrôlées par un petit nombre d’actionnaires influents. Pareille situation est-elle souhaitable au regard du pluralisme, de l’indépendance et de la liberté d’expression auxquels sont attachés les journalistes et, plus largement, les démocrates ?

C’est une question qui, je le sais, suscite de vifs débats dans notre pays comme dans les vôtres. Cette dénonciation pèche-t-elle par excès ? J’ai accueilli en ces lieux, la semaine passée, de nombreux journalistes pour l’édition 2012 du célèbre Prix Albert Londres. Ce fut une cérémonie émouvante, car elle était dédiée à Gilles Jacquier, prix Albert Londres 2003, tué à Homs en Syrie à l’occasion d’un reportage. J’ai mesuré à cette occasion combien la presse compte de journalistes de talent, passionnés par leur profession et soucieux de l’exercer dans une grande indépendance.
Tandis que ces questions de fond subsistent, un nouveau paysage médiatique s’installe. Il offre des perspectives immenses.

Tout un chacun -hormis dans quelques pays- peut désormais, d’un simple clic, transmettre instantanément des informations et des images dans le monde entier. Comment ne pas évoquer l’apport irremplaçable de cette faculté lors d’événements comme le printemps arabe ou les tragédies qui se déroulent en Syrie ? En même temps, la multiplication à l’infini de sources anonymes impose un devoir de vigilance.

Certes, il arrive parfois que des journalistes professionnels donnent des informations imprécises voire inexactes –je pense par exemple aux fausses révélations sur le charnier de Timisoara, en Roumanie- mais désormais, le risque est décuplé. L’approximation, la mise en cause diffamatoire, sinon la désinformation délibérée sont la contrepartie inévitable d’une avalanche d’informations immédiates d’origine non identifiée.

Comment faire respecter la déontologie des journalistes et le droit de la presse avec des émetteurs inconnus situés hors de nos frontières ?
Voilà qui s’avère difficile. Pour autant, cela ne signifie pas qu’on soit totalement impuissant, comme en témoignent les mesures adoptées au plan international pour combattre la pédophilie sur Internet. Mais des progrès s’imposent d’urgence en la matière.

Pour conclure sur ce point, je doute qu’il soit pertinent d’opposer frontalement médias traditionnels et TIC. D’un côté, il convient, comme y invite Gilles Finchelstein dans son livre « La dictature de l’urgence », de ne pas céder à un système où la précipitation finit par l’emporter sur toute autre considération. Mais en même temps, les possibilités actuelles de diffuser des informations dans des délais raccourcis s’imposent à tous.

Cela explique que tous les groupes de presse traditionnels se soient dotés de sites numériques, complémentaires de leur activité d’origine. Toutefois, en France, ces sites, pour partie financés par la publicité, apparaissent généralement déficitaires. Sans le soutien de leur maison mère, ils ne seraient pas viables. Leur modèle économique fait toujours débat.

Je ne voudrais pas achever mon propos sans évoquer la politique du Sénat pour communiquer et informer sur ses activités. Je le fais non sans fierté car nous avons pris une certaine avance sur la plupart de nos homologues étrangers.

Sur le Web, notre site Senat.fr, créé en décembre 1995, n’a cessé d’évoluer pour s’adapter aux innovations. En progression constante, il offre des informations riches et complètes sur le travail du Sénat et les activités des sénateurs. Forte de plus de 800 000 pages, sa base de documentation politique, juridique et institutionnelle a dépassé l’an dernier le cap du million de visites mensuelles.

Refondu à l’été 2010, le site s’est enrichi la même année d’une version mobile. La réactivité en ce domaine de la Haute Assemblée a été récompensée par une troisième place au classement des Trophées 2010 de la « edémocratie ».

Parallèlement, le Sénat s’est installé depuis trois ans sur les réseaux sociaux avec une page Facebook et deux comptes Twitter.

D’autre part, neuf blogs ont été ouverts depuis le début de l’année 2012.

A cela s’ajoutent un compte Dailymotion et une photothèque sur Flick’r. Dans quelques jours sera par ailleurs mis en ligne un nouvel « espace presse » sur le site Internet du Sénat qui permettra aux journalistes de retrouver en un lieu unique toutes les informations qui leur sont utiles sur l’actualité du Sénat.

Pour achever ce survol, un mot sur Public Sénat. Dotée de son propre site Internet et présente sur les réseaux sociaux, cette chaîne de télévision parlementaire a connu un essor spectaculaire avec la couverture TNT du territoire. Appréciée, réputée, elle a une audience cumulée supérieures à 25 millions de téléspectateurs par mois.

Elle entreprend aujourd’hui de se mettre à l’heure de la télévision connectée, ce qui lui permettra de favoriser encore davantage l’interactivité avec les téléspectateurs.

Comme vous pouvez le constater, le Sénat a pris ses dispositions pour s’inscrire dans le nouveau paysage médiatique. Cela ne tient pas au hasard. Les sénateurs et moi-même sommes profondément convaincus de la nécessité de toucher le plus grand nombre possible de citoyens. L’action législative de notre assemblée, ses missions de contrôle, son rôle de représentant des territoires valent bien ces efforts de communication. Et nous n’entendons pas nous arrêter en si bon chemin…

C’est pourquoi nous allons suivre avec intérêt les travaux de votre sommet parisien. J’espère que notre rencontre ce soir sera bénéfique pour tous et je vous remercie.