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Service des Commissions - Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées

Communiqué à la presse du 19 janvier 1998

M. YVES MICHOT EXPOSE DEVANT LES SÉNATEURS LES DERNIERS RÉSULTATS ÉCONOMIQUES D'AÉROSPATIALE ET LES PERSPECTIVES DE L'INDUSTRIE AÉRONAUTIQUE EUROPÉENNE 


 
 
La commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées, présidée par M. Xavier de Villepin, président, a entendu le mercredi 14 janvier 1998 M. Yves Michot, président directeur général de la société Aérospatiale.

Après avoir rappelé les principales activités de la société Aérospatiale, M. Yves Michot a indiqué qu'elle réalisait 75 % de son chiffre d'affaires à l'exportation, les commandes du ministère français de la Défense n'ayant représenté que 13,5 % du chiffre d'affaires en 1997.

M. Yves Michot a considéré que l'année 1997 avait constitué pour Aérospatiale une excellente année, tant pour le chiffre d'affaires, estimé à 55 milliards de francs, soit 8 % de mieux qu'en 1996, que pour les prises de commandes qui ont atteint le niveau record de 80 milliards de francs, tandis que la réduction de l'endettement se poursuivait. Il a escompté une forte augmentation du résultat de la société en 1997, qui était de 812 millions de francs en 1996.

Le président directeur général d'Aérospatiale a ensuite évoqué les principaux événements ayant marqué la vie de la société en 1997.

En premier lieu, il a estimé que la commande de missiles Eryx, décidée par le ministre de la Défense, allait bien faciliter l'importante restructuration de la division missiles tactiques qui comportait la mutation vers l'établissement de Bourges de personnels travaillant en région parisienne sur le site de Châtillon.

Au titre des succès techniques de l'année 1997, il a cité le vol Ariane 502 et souligné la réussite de l'interception d'un Exocet par un missile Aster, ce qui constituait une "première" mondiale.

Abordant la restructuration d'Airbus, M. Yves Michot a rappelé l'objectif de la transformation du GIE (groupement d'intérêt économique) en société d'ici le 1er janvier 1999, en soulignant la complexité des problèmes à résoudre d'ici là. Il a considéré que la fusion entre Boeing et Mc Donnell Douglas, qui aboutissait à créer un groupe réalisant 50 milliards de dollars de chiffre d'affaires, contre 50 milliards de francs seulement pour Aérospatiale, constituait un nouveau défi. C'est pour cette raison, a-t-il poursuivi, que les chefs d'Etat et de gouvernement français, allemand et britannique ont demandé, le 9 décembre dernier, à Aérospatiale, à British Aerospace et à Dasa de préparer, d'ici le 31 mars 1998, un "projet clair et un échéancier détaillé" sur le regroupement des forces européennes. Il a alors évoqué les principales questions liées à un tel projet : le périmètre, en matière de pays participants et d'activités, du futur groupe, la composition de son actionnariat, et notamment la place des actionnaires publics, et son organisation.

M. Yves Michot a ensuite évoqué la nouvelle structure créée, dans le domaine des satellites, et à laquelle Aérospatiale apportera son activité satellites en devenant actionnaire de Thomson CSF.

En ce qui concerne les relations avec la société Dassault, il a précisé que l'idée de fusion, Dassault devenant filiale à 100 % d'Aérospatiale, semblait aujourd'hui abandonnée au profit d'un rapprochement, qui pourrait prendre la forme d'un transfert à Aérospatiale d'actions détenues par l'Etat dans Dassault, mais qu'aucune décision n'était prise à ce jour.

Enfin, M. Yves Michot a observé que la crise financière asiatique n'avait pas jusqu'ici touché les clients majeurs d'Aérospatiale dans la région, tels que les Philippines, le Japon et la Chine.

Après que M Xavier de Villepin, président, eut fait part de son inquiétude quant aux éventuelles incidences de la crise financière asiatique sur la Chine et le Japon, M. Yves Michot a répondu aux questions des commissaires.

M. Philippe Madrelle s'est inquiété de l'avenir de l'établissement d'Aérospatiale de St Médard en Jalles en Gironde, compte tenu des réductions du budget d'équipement militaire et de leurs incidences sur le programme de missile nucléaire M 51. Il s'est par ailleurs enquis des éventuels transferts de charges vers l'établissement d'Aquitaine de parts de l'activité civile d'Aérospatiale. Enfin, le sénateur s'est interrogé sur l'éventuelle substitution d'activités, dans les établissements concernés, après l'abandon par le Gouvernement du programme de vol spatial habité.

M. Serge Vinçon s'est inquiété pour sa part des risques liés à la diminution de l'activité missilaire dans le Cher. Ne conviendrait-il pas, a-t-il demandé, de réserver un crédit d'heures de fabrications aéronautiques au profit de l'établissement de Bourges ?

M. Xavier de Villepin, président, évoquant la déclaration commune des chefs d'Etat et de Gouvernement français, britannique et allemand incitant les sociétés aéronautiques de ces trois pays à se regrouper, a demandé au président d'Aérospatiale quelles pourraient être les formules retenues pour aboutir à un tel résultat.

M. Xavier de Villepin, président, a par ailleurs fait part de l'inquiétude de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat sur les perspectives budgétaires concernant la défense et a sollicité l'avis du président Michot sur ce point.

Répondant aux intervenants, le président Yves Michot a apporté les précisions suivantes :

- la réduction des crédits d'équipement du budget de la défense pour 1998 a été une mauvaise nouvelle pour l'établissement d'Aérospatiale de St Médard en Jalles, impliqué dans la réalisation du missile nucléaire M 51. La baisse de charge de travail qui en résultera en 1998 par rapport à 1997 sera, pour les établissements des Mureaux et de Gironde, d'environ 700.000 heures de travail. Il y aura donc des conséquences inévitables qu'Aérospatiale s'efforcera de gérer de la façon la moins douloureuse possible en recourant à diverses mesures : reprise de sous-traitance, réduction du nombre d'heures de travail, mobilité dans le groupe, transfert de charges de travail, aides au départ volontaire... Si le programme M 51 a bien été confirmé, il n'en était pas moins nécessaire d'en réviser tout à la fois les conditions techniques et l'organisation industrielle. Une simplification de cette dernière demeure en effet nécessaire pour être en mesure de se conformer à la contrainte budgétaire. M. Yves Michot a en outre rappelé qu'il avait déjà fait transférer des activités liées aux "bielles-carbone" du programme Airbus au profit de l'établissement d'Aquitaine ;

- M. Yves Michot a indiqué qu'il entendait poursuivre le transfert d'heures de travail liées à l'activité aéronautique civile au profit de l'établissement de Bourges afin de compenser la réduction de programmes militaires. Toutefois, l'hypothèse d'investissements civils durables au profit de l'établissement de Bourges, qui gardera en tout état de cause sa spécialisation dans le domaine des missiles, était difficile à mettre en oeuvre ;

- évoquant le projet de future société européenne, le président Yves Michot a indiqué à propos d'Airbus que la formule du "groupement d'intérêt économique" (GIE) a eu un rôle fondamental dans la réussite du programme Airbus, et qu'elle n'est cependant plus adaptée aujourd'hui. Le président d'Aérospatiale a relevé la difficulté que constituera la transformation d'Airbus en société : si l'actuel GIE, rassemblant quelque 2.500 personnes, avait aujourd'hui pour activité principale la vente et l'après-vente, la future société, avec un effectif d'environ 30.000 personnes, aura à gérer des problèmes tout à la fois industriels, techniques et financiers. S'agissant du projet de constitution d'une société européenne intégrée résultant du regroupement des trois sociétés aéronautiques française, britannique et allemande, M. Yves Michot a indiqué qu'elle pourrait prendre la forme d'une société, avec différentes branches d'activité (Airbus, hélicoptères, avions de combat, etc...) ;

- la révision des programmes engagée par le ministère de la défense entrait désormais dans sa deuxième phase, destinée à mesurer l'adéquation entre les programmes d'armement et les perspectives budgétaires. M. Yves Michot s'est dit inquiet quant à la possibilité de voir relevées en 1999 les dotations budgétaires au profit des programmes d'équipement de défense concernant Aérospatiale.

En réponse à M. Xavier de Villepin, président, M. Yves Michot a indiqué que le programme d'avion de transport futur bénéficiait de son caractère indispensable pour de nombreuses armées européennes à l'horizon 2005. Il a toutefois relevé que la dynamique de coopération entre les 8 pays parties faisait parfois défaut. Si le ministère français de la défense avait traduit son engagement en faveur de ce programme en passant avec Aérospatiale un contrat de prédéveloppement pour la part française, les perspectives initiées par l'Allemagne d'une coopération avec l'industriel russo-ukrainien Antonov compliquaient la donne. Cela étant, le président d'Aérospatiale a reconnu l'intérêt d'examiner l'option Antonov même si, a-t-il relevé, ses partenaires britannique et italien étaient très réservés sur le sujet. Le programme d'avion de transport futur était très important pour Aérospatiale. L'année 1998, si elle était l'occasion de crédibiliser ce programme, pourrait permettre en outre de déboucher ultérieurement sur une fructueuse coopération euro-américaine.

M. Yves Michot s'est enfin dit optimiste quant à l'avenir du programme nucléaire ASMP amélioré. Le gouvernement avait confirmé la commande du programme VESTA qui comportait deux applications complémentaires : un missile anti-navires supersonique et le missile air-sol moyenne portée amélioré (ASMP-A) destiné à remplacer l'actuel ASMP. Les commandes liées à ce programme devraient, d'après le président d'Aérospatiale, se concrétiser prochainement.