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Burkini

15e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 0883G de M. Michel Savin (Isère - Les Républicains)

publiée dans le JO Sénat du 10/07/2019 - page 10922

M. Michel Savin. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'intérieur.

Dans l'agglomération grenobloise, depuis plusieurs semaines, des actes communautaires viennent chaque jour fracturer un peu plus notre contrat républicain.

À deux reprises, des femmes militantes, qui ont la volonté d'aller contre les interdits, ont fait le choix de défier l'autorité publique en venant se baigner en burkini dans les piscines municipales, ce qui est pourtant interdit par les règlements intérieurs.

Dans le même temps, nous avons appris qu'une école salafiste que le ministre de l'éducation nationale a décrite comme « inspirée par des idéologies radicales » est toujours ouverte. Elle devait pourtant fermer, mais cette décision est suspendue dans l'attente d'un procès qui ne se déroulera pas avant novembre prochain.

De telles situations illustrent une seule et même orientation qu'il faut dénoncer haut et fort : la fracturation communautaire de notre société, conjuguée à l'offensive d'une forme d'agression identitaire.

Face à de tels actes, c'est notre pacte républicain qui chaque jour s'abîme un peu plus.

Peut-on accepter que, tout l'été, la question du burkini se pose dans les piscines municipales ? Comment accepter qu'une école salafiste radicalisée puisse continuer d'accueillir des élèves lors de la prochaine rentrée ?

Les élus locaux sont dans l'attente d'une réponse claire et stricte de l'État, afin de faire respecter sur l'ensemble du territoire la laïcité et les principes républicains de notre démocratie. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains, ainsi que sur des travées du groupe Union Centriste.)



Réponse du Secrétariat d'État auprès du ministre de l'intérieur

publiée dans le JO Sénat du 10/07/2019 - page 10922

M. Laurent Nunez, secrétaire d'État auprès du ministre de l'intérieur. Monsieur le sénateur, vous évoquez une action menée par une association bien connue à Grenoble visant à se présenter dans une piscine municipale vêtue d'un burkini, tenue de bain interdite en application du règlement intérieur de cette piscine, comme c'est le cas dans la plupart des piscines publiques du territoire national, essentiellement pour des raisons relatives à l'hygiène et à la sécurité. Le maire est chargé de veiller à la bonne application de ces règles.

Toutefois, vous avez raison de le souligner, ne soyons pas naïfs, cette action est d'abord un acte militant à grand renfort de communications de presse. C'est aussi une provocation, pour voir jusqu'où vont les limites de notre République, jusqu'où nous sommes capables de résister.

Il nous faut résister face au communautarisme et au repli identitaire. Nous devons être droits dans nos bottes et solides dans nos valeurs. Je pense bien sûr au respect des libertés individuelles et de la liberté de culte, mais aussi à celui du principe de laïcité et de l'ordre public.

Face à ce type de comportements, partout dans les quartiers victimes de replis identitaires et de communautarisme, qui en souffrent, nous avons lancé dans le cadre du plan interministériel de prévention de la radicalisation de nombreuses actions de contrôle de lieux, d'individus et de structures associatives. Partout où ces contrôles sont effectués il y a des fermetures de lieux de culte ou de débits de boisson. Nous fermons également des écoles hors contrat. (M. Michel Savin le conteste.)

Si, monsieur le sénateur, ne hochez pas la tête ! Nous menons ces actions de manière extrêmement efficace et très déterminée, mon passé professionnel me permet de le dire.

Dans le cas que vous citez, le ministre de l'éducation nationale a fait injonction aux parents de ne pas inscrire leurs enfants dans l'école que vous avez évoquée, dans l'attente de l'appel qui sera rendu. Croyez-le bien, nous sommes déterminés à traiter ce dossier jusqu'au bout.

Par ailleurs, des actions éducatives sont menées…

M. le président. Il faut conclure !

M. Laurent Nunez, secrétaire d'État. … dans le cadre du plan que je viens d'évoquer. De nombreuses mesures sont prévues pour éduquer l'ensemble des enfants et des acteurs en matière de vivre ensemble,…

M. le président. Il faut conclure !

M. Laurent Nunez, secrétaire d'État. … valeur à laquelle nous sommes tant attachés.

Vous pouvez compter sur notre détermination pour éradiquer les phénomènes de repli communautaire.

M. le président. La parole est à M. Michel Savin, pour la réplique.

M. Michel Savin. Monsieur le secrétaire d'État, votre réponse n'est pas à la hauteur des enjeux. Vous nous répondez hygiène, alors que je vous parle laïcité et principe républicain.

L'ensemble de ces actes, nous le savons tous, n'a qu'un seul objectif : tester la République pour mieux la déstabiliser.

Votre réponse doit être sans ambiguïté et de la plus grande fermeté, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, malgré les propos que vous venez de tenir.

Nous sommes nombreux à appeler de nos vœux un débat sur la laïcité, afin de mieux la protéger et de la renforcer. Sans cela, vous laisserez perdurer, malheureusement avec une lâche complicité, un flou qui accentue les tensions dans notre pays. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)