C. Les conséquences sociales
S'agissant d'évaluer les conséquences sociales
des autoroutes de l'information, craintes et espoirs sont également
confrontés.
1.
Les craintes
Les craintes sont celles d'un isolement de l'individu, d'une
accentuation de la fracture sociale par le creusement des
inégalités et l'augmentation des exclusions.
a)
L'isolement des maniaques de l'ordinateur
Certains individus pourraient être tentés de ne développer des contacts que par les réseaux, au détriment de leurs relations réelles avec leurs proches. Or, le contact avec les affiliés d'un réseau peut avoir quelque chose de factice. Le dialogue est masqué, médiatisé par la machine, il perd sa spontanéité et se prête à la dissimulation, à la manipulation d'autrui. Des maniaques du Minitel existent.
La fréquentation des réseaux peut devenir une véritable drogue, retranchant les personnes qui s'y adonnent de leur communauté naturelle (famille, village, bureau ou atelier).
Ces communautés constituant des intermédiaires nécessaires entre l'individu et la société, l'insertion sociale de certaines personnes pourrait s'en trouver menacée.
L'image des "cybercafés", par exemple, procure un
sentiment de malaise : la convivialité des bistrots traditionnels a
disparu. Chacun, concentré sur son clavier, sa souris et son
écran, paraît ne plus faire attention à son voisin. Ce qui
est gagné en relations interindividuelles avec des personnes
éloignées, paraît perdu du point de vue des contact, de
nature communautaire, avec les proches.
b)
Une accentuation de la fracture sociale
Le danger d'un divorce entre ceux qui ont la chance
d'être branchés et les autres, a été souligné
à de multiples reprises. Sans éducation et sans accès
universel, les inforoutes pourraient accroître les
inégalités et les exclusions. La position inverse peut être
soutenue par les "infoptimistes" à l'encontre des
"infopessimistes".
Comme la langue d'Esope, c'est l'usage des inforoutes qui peut devenir la
meilleure ou la pire des choses.
2.
Les espoirs
a)
Un facteur d'intégration
Convenablement utilisées et rendues accessibles à tous, ce qui est aisé et peu onéreux, les nouvelles techniques, moyennant une aide appropriée, peuvent contribuer :
à rompre l'isolement de certaines catégories de population (personnes âgées, handicapés, habitants de zones rurales...),
à intégrer des jeunes de milieux défavorisés (banlieues...), placés à égalité avec leurs camarades plus privilégiés dans l'accès au savoir et à la culture et se voyant offrir un nouveau moyen d'expression.
Lors d'auditions organisées à l'occasion de ce
rapport, nombre d'exemples démontrent que l'utilisation collective et
conviviale des nouvelles techniques (télé-centre dans un district
rural du Bas-Rhin, centre de formation de la production Sophia Antipolis,
télé-centre dans un village d'Aquitaine,
télé-centre de Villars de Lans, etc.) s'apprend et s'impose vite.
D'autres correspondent à l'utilisation spontanée dans les
bibliothèques branchées, à la Cité des sciences et
de l'industrie. Enfin, la remarquable réussite des écoles
primaires en réseaux, par exemple dans le pays de Grasse, dans le
Vercors ou à Sienne et bien sûr en Californie, à New York,
dans l'Ontario, au Québec, etc., démontre la puissance
intégratrice dans l'enseignement.
b)
Un renforcement du civisme
Les collectivités locales peuvent mettre en place, à travers des réseaux locaux interactifs, des services facilitant le dialogue avec leurs électeurs (renseignements, consultations...) et encourageant ainsi le civisme.
Les nouvelles techniques d'information et de communication
recèlent un remarquable potentiel de modernisation de l'administration
et des services publics (simplification des procédures,
amélioration de l'efficacité des services pour un moindre
coût, élimination des tracasseries...), non seulement au niveau
local, mais aussi à l'échelle nationale.





